Entretien avec Jacques Martel, auteur de Loups sombres

Le dernier roman sorti de l’esprit de Jacques Martel, Loups sombres, est un excellent livre de fantastique teinté de fantasy, le tout placé dans une Conquête de l’Ouest que l’on ne retrouve que rarement dans la fantasy actuelle. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de lui poser quelques questions à ce sujet.

Bonjour Jacques, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Tout d’abord comment vas-tu ?

Très bien, dans cette période étrange. Vivant en province dans un endroit peu peuplé, j’ai la chance de moins ressentir que les citadins les contraintes liées à la distanciation sociale. Festivals et concerts me manquent, mais ça va.

Loups sombres est ton dernier roman, sorti aux Editions Léha. Après des incursions dans la fantasy historique antique, puis la SF, te voici à l’époque de la ruée vers l’Ouest, avec un roman fantastique. D’où t’es venue la première idée de ce roman ?

Les Loups Sombres sont apparus la première fois dans mon roman « Sacrifice du Guerrier », dans un contexte de fantasy antique. Depuis, l’idée d’y consacrer un roman était restée tapie dans un coin de mon esprit.

Au tout début, le récit devait se situer lors des premiers temps de la colonisation lointaine, dans un monde en ruine. Des groupes de désespérés tentaient de rejoindre le centre de l’Afrique, d’où partaient les nefs à destination de mondes lointains, avec, selon les rumeurs, de la place pour tout le monde. L’idée de conquête, de grands espaces, de personnes isolées loin des grands regroupements humains était liée à l’ambiance que je voulais créer. Et surtout, il me fallait une frontière ; le moment où lieux et mentalités changent.

Puis, après quelques essais qui m’ont laissé insatisfait, ainsi que la relecture du Dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper, l’idée de la ruée vers l’Ouest s’est imposée. J’y retrouvais tous les éléments que je voulais, avec des personnages rudes et une imagerie qui collait à l’ambiance que j’avais en tête.

Au fil des pages on comprend vite que le roman va nous parler d’ogres, notamment par le biais de l’insertion dans le fil du récit d’autres petites histoires « mythiques » se déroulant à différentes époques. Ces historiettes t’ont-elles permis de renouer avec tes amours antiques ?

J’avoue ; j’en ai profité. J’ai joint l’utile à l’agréable. Mais c’était également indispensable pour définir la mentalité des Loups Sombres, qui reste la même au fil des âges, alors que les temps et les hommes, eux, changent. Une fois encore, des sortes de frontières, que les Loups franchissent sans changer. Ou du moins, sans penser qu’ils changent.

Comment t’es venu le personnage de Diane ? T’es-tu inspiré de quelqu’un en particulier ?

Diane devait être à la frontière (on n’y échappe pas…) de deux période de son existence. Pour elle et ses proches, comme pour tous les colons, le Nouveau Monde est un espoir de liberté, la possibilité de vivre comme elle le voudrait, loin de l’oppression et des contraintes imposées par les gouvernements du Vieux Continent.

Pour l’état d’esprit de Diane et la perception qu’elle possède de l’être humain, je me suis inspiré d’une amie proche, « la Meilleure », que je remercie d’ailleurs en début de roman. Je n’ai pas eu grand chose à changer, juste à lui ajouter un couteau…

Au final ce roman est beaucoup plus sombre qu’il n’y paraît, était-ce une volonté de ta part, ou bien ces ténèbres se sont-elles imposées à toi ?

L’existence des colons du Nouveau Monde était dure. Entre les guerres que se livraient les états via leurs colonies, les conflits avec les habitants d’origine des terres, les conflits entre colons, la maladie et le fait de tout avoir à construire, la vie n’était pas toujours facile. Ajoutons à cela le mode de vie des Loups Sombres — la lutte pour la survie, être la proie ou le prédateur —, le récit ne pouvait qu’être sombre.

Comment s’est passé le travail sur la couverture ? As-tu été consulté, l’illustrateur a-t-il eu la possibilité de lire le livre ou bien l’as-tu briefé ?

Tout d’abord, je dois dire que je suis heureux que Thierry Ségur se soit chargé de l’illustration. C’est un dessinateur que j’avais connu avec Krôc le Bo dans Casus Belli, puis la Légende des Contrées Oubliées. Une légende pour moi !

Lhéa m’a demandé ce que j’imaginais comme couverture. J’ai répondu que je voyais bien Diane en premier plan, avec l’Ouest sauvage derrière, et la caravane. Et aussi, pourquoi pas, les Loups Sombres au travers des âges, pour bien illustrer le contenu du roman.  « Je crois qu’il va falloir faire des arbitrage… » a été la réponse de Jean-Philippe Mocci. Mais Thierry a réussi à tout caser, et a même ajouté une Louve et ses petits, en hauteur, sous le soleil. Le bonheur !

Pour le personnage de Diane, j’ai fourni une description de « la Meilleure », ainsi que des illustrations de coureurs de bois de l’époque, pour les vêtements. Trois variations mineures à partir de l’ébauche de départ ont suffit pour finaliser la couv.

Lorsque j’ai reçu la version définitive, je me suis dit : c’est Diane ! Telle que je la voyais. Avec son regard noir empli de défiance. J’ai ressenti même joie que pour le premier tome de Sacrifice du Guerrier avec le dessin du Roi Solitaire — couv réalisée par le talentueux Julien Delval. Dans ces deux cas, je me suis dis que les illustrateurs avaient dû croiser les personnages !

Quel est ton personnage préféré de ce roman ?

Difficile… Je dirais qu’après Diane, Tante Esmër et Oncle Brisebane me tiennent particulièrement à cœur.

As-tu déjà une idée de ce vers quoi tu souhaites t’aventurer ensuite ? Un petit spoil à nous offrir ?

Je suis en train de travailler sur un roman post apocalyptique — sans virus ni zombie. Cinquante ans après la chute, une vieille femme qui aidé à la reconstruction, devenue une légende vivante sous le nom de Mère-Grand, a enfin pris sa retraite — anonymement — au sein d’une communauté paisible. Un problème la force à reprendre la route pour aider la communauté. «Un dernier voyage », songe-t-elle, sereine, « une dernière danse ». Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu. Son passé la rattrape, dans un monde pour lequel elle n’est peut-être plus faite. Encore une histoire de frontière…

Combien d’heures par jour consacres-tu à l’écriture ?

Lorsque je suis en période « d’activité alimentaire », je consacre une à deux heures par jour à l’écriture. En dehors de cette période, six à huit heures.

Tu commences à avoir une belle bibliographie depuis le temps. Quels conseils donnerais-tu à un auteur souhaitant se lancer ?

Lance-toi ! N’hésite pas. Ecris. Ne te demande pas si tu seras édité ou pas ; écris. Si tu n’achèves pas le texte, il ne sera pas édité, c’est certain. Alors, ne rumine pas, écris ! Retravaille le texte jusqu’à ce que tu penses que tu ne peux pas faire mieux — l’éditeur t’expliquera ensuite que tu pouvais faire mieux, et comment, mais c’est une autre histoire. Ensuite, envoie le texte et, en attendant les réponses, travaille sur le prochain…

Merci Jacques pour toutes tes réponses et à bientôt au détour d’un prochain roman !

Thomas Riquet

Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *