Le fini des mers – Gardner Dozois

Gardner Dozois est disparu l’an passé. Grand promoteur de la science-fiction aux États-Unis, il est l’auteur de trois romans, dont deux en co-écriture, notamment avec son ami George R. R. Martin. Il est surtout un nouvelliste de grand talent qui a su affiner son art au fil des ans. Ainsi Le fini des mers est une de ses novellas les plus troublantes que la Collection Une heure lumière a su mettre en valeur.

Traduit par Pierre Paul Durastanti et illustré de main de maître par Aurélien Police, tous les atouts étaient réunis pour éclairer ce texte qui, partant d’un postulat assez classique en science-fiction, l’arrivée d’extraterrestres, amène le lecteur à se poser la question de la vanité d’une société humaine face à l’univers.

Ainsi, tout commence lorsque quatre vaisseaux se posent aux États-Unis et au Vénézuéla. Dès leur arrivée, tous s’interrogent sur le choix des lieux qui ne correspondent à aucune logique pour l’humanité. Loin des centres de décision, loin des principaux axes de communication, rien n’est logique dans les lieux retenus.

Bien sûr, il y a l’angoisse de ce premier contact, de qui sera celui qui va être le premier à rencontrer cette nouvelle race et comment cela va se passer. Mais rien ne va se dérouler comme attendu ou espéré. Malgré le fait que ce texte ait été écrit au début des années 70, il est d’une actualité perturbante.

Ainsi les humains se révèlent hystériques au contact de ces choses inconnues venues de l’espace. Les sociétés humaines sont dirigées par des IA, alors qu’on en parle de plus en plus sérieusement de nos jours. Mais ces IA sont empreintes de nos pensées humaines et la plupart de leurs décisions se tournent vers l’attente de ce qui va se produire. Tout est veulerie dans cette humanité, pas si futuriste que cela.

Et puis, il y a Tommy, le préado qui n’est pas à l’aise dans cette école où l’institutrice le terrorise. A la maison, il n’est guère mieux loti. C’est dans la nature qu’il se sent le mieux. Malgré son âge, il doit cacher à ses quelques amis qu’il a un imaginaire débordant et voit encore les créatures fantastiques qui peuplent le monde et qui sont invisibles au monde des adultes. Peut-être, est-ce l’enfance qui est la clé de cette histoire ?

Souvent amusant, ce texte est avant tout une confrontation entre la réalité humaine et l’ultime réalité. La traduction du titre vient d’une poésie de Charles Baudelaire, Le voyage, dont une des strophes se termine par « Et nous allons, suivant le rythme de la lame, Berçant notre infini sur le fini des mers : ». De la lassitude qui pousse les explorateurs à toujours aller plus loin à la finitude de notre monde qui nous empêche de penser une réalité autre, ce texte est un bijou qui remet l’humanité à sa place. Qui est finalement bien peu de choses.

Le fini des mers
Gardner Dozois
Couverture Aurélien Police
Traduction par Pierre Paul Durastanti
Le Bélial’
Collection Une heure lumière
2018

8,90 €

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