Face au dragon – Isabelle Bauthian

 

Polyxène est une jeune femme qui arrive très vite aux bonnes conclusions. Pourtant, confrontée à une île qui défie la science, entourée d’adolescents qui prétendent appartenir à des époques différentes, il lui faudra toute la capacité d’abstraction dont elle est capable. 
Surtout quand le seul moyen de quitter sa prison est a priori de tuer un dragon et que sa seule arme est son intelligence…

J’ai tout simplement adoré ce roman.

L’univers décrit m’a au départ fait un peu peur : il rappelle ces huis clos effrayants où des adolescents se retrouvent face à une nature hostile ; il y a un peu du Labyrinthe et de Hunger Games dans Face au dragon, et je craignais un déjà-vu mal exploité. Il n’en est rien : l’auteure redessine ici parfaitement le classique du genre, avec un suspense et une originalité qui m’ont embarquée de bout en bout.

Le style m’a plu tout autant et sert parfaitement le roman.

Car, contrairement à la majorité de ce type d’histoires, le but principal des protagonistes n’est pas de s’enfuir de cet univers clos.

Face au dragon n’est pas simplement un roman d’aventures : il explore avant tout avec beaucoup de justesse et de finesse les questionnements de l’adolescence et la quête identitaire qui en découle souvent.

Poly, le personnage que l’on suit, est une jeune fille atypique, rejetée par ses pairs. Elle présente d’ailleurs un nombre non négligeable de caractéristiques autistiques, sans que le diagnostic soit jamais posé. C’est à mon sens une bonne chose, car cela permet de ne pas restreindre sa personnalité à une liste de symptômes. Ce ne sont pas sa couleur de peau ou ses particularités de raisonnement qui la définissent : Poly est ce qu’elle est, tout simplement. Cette anti-héroïne se montre dès le départ extrêmement attachante et crédible ; j’ai suivi ses pérégrinations physiques et mentales avec plaisir.

La science est l’une des autres thématiques explorées par ce roman, et l’histoire retranscrit bien ce que doit être, à mon sens, une bonne démarche scientifique : s’interroger, tester, en tirer des conclusions et revoir ses idées reçues si besoin.

Cet aspect du livre m’a également particulièrement plu de par l’intelligence avec laquelle il est abordé et la prudence dont les personnages font preuve face au monde qui les entoure. En conséquence, les animaux non-humains n’y sont pas vus comme inférieurs mais simplement comme des êtres différents dont nous ne pouvons dire dans quelle mesure ils nous ressemble ou pas tant que cela n’a pas été étudié.

Le but principal de ce livre, en définitive, n’est pas de décrire les aventures de quelques personnages balancés par erreur dans un univers qui leur échappe mais bien de révéler le meilleur en chacun d’entre eux.

Les cinq protagonistes apprennent, au fil du temps, à cohabiter malgré leurs différences, à connaître les limites et les talents de chacun, à les apprivoiser pour mieux les utiliser. Ces cinq personnages sont d’ailleurs tous psychologiquement crédibles et attachants, et même si certains semblent au départ d’un abord un peu rude, tous se révèlent au fur et à mesure dans la complexité de leur personnalité.

Parce que l’union fait la force, et que la diversité crée la richesse : le message de tolérance porté par le livre m’a beaucoup plu.

Je craignais que la fin de Face au dragon ne soit pas à la hauteur de mes attentes, et je dois reconnaître avoir été un peu déçue, car je l’ai trouvée un peu trop facile. Cela n’a cependant rien enlevé à mon plaisir de le lire.

J’ai donc beaucoup aimé Face au dragon, un roman que j’ai trouvé particulièrement original et juste. Inclassable, quelque part entre le fantastique, la fantasy et l’anticipation, son univers n’est qu’un décors qui se passe d’explications, puisque sa seule fonction est de révéler à chaque personnage qu’il est unique, et que la force du groupe se nourrira de cet unicité.

 

Face au dragon

Isabelle Bauthian

Sillex

2018

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