Renaissance – Christian Volckman

 

2054. Dans un Paris futuriste, la jeune scientifique Ilona est enlevée dans une ruelle sombre. Le capitaine Karas, figure bien connue de la police et expert en affaire d’enlèvement, se voit confier cette enquête. Sous la pression d’Avalon, la société où travaillait la disparue, il va mener son enquête en compagnie de ses amis et collègues. Mais il ne se rend pas compte où il met les pieds : des secrets, enfouis depuis des années, pourraient à nouveau émerger. Et parmi eux, le protocole Renaissance…

La France aime cultiver sa différence artistique, il n’y a aucun doute. Le cinéma ne fait pas exception, et encore moins le film d’animation. Depuis une dizaine d’années, divers projets sont nés, mais n’ont pas toujours su capter l’attention du public. Au même titre que ce Renaissance, on peut citer, sur la même période, le Immortel d’Enki Bilal.  Si, comme pour les grands studios américains, la production nationale qui capitalise sur des genres balisés – la comédie en grande majorité – et moins risqués, elle peut parfois se tourner vers la science-fiction. Renaissance en est le parfait exemple. Réalisé en Noir et Blanc, le film d’animation de Christian Volckman prend le pari audacieux de jouer sur un double tableau référentiel : la SF et le film noir.

Le film a connu une genèse longue de six ans. Projet ambitieux, il est basé sur le rendu 3D d’un monde en Noir et Blanc. Les environnements sont entièrement crées, alors que les personnages sont animés sur la base de la Capture de Mouvement (Motion Capture). L’argent a donc été le nerf de la guerre et Volckman a eu beaucoup de difficultés à faire aboutir son projet, qui a coûté finalement 15 Millions d’€uros. Mais quand on voit le résultat à l’écran, on ne peut que le remercier d’avoir persisté.

En effet, Renaissance est une véritable réussite technique, même dix ans après sa sortie. Le film nous plonge dès immédiatement dans Paris des années 2050. Les concepteurs ont totalement repensé la ville en terme de science-fiction, mais ont gardé les lieux les plus connus pour qu’une personne connaissant la capitale retrouve des éléments qui lui sont familiers.

La transformation est plus que réussie, et le plan d’ouverture qui nous plonge dans cet environnement futuriste nous le confirme immédiatement.

Je ne suis pas technicien. Pour ce genre d’effet, je fonctionne au ressenti. Et l’approche générale de Volckman et de son équipe est pour moi la bonne. Ils ont tout joué sur les ombres, les reflets, préférant souligner quelques détails parfois au détriment du décor que l’on ressent un peu comme statique. Cela se remarque moins dans les scènes clés comme celle du musée, où le héros entouré de statues du Penseur de Rodin tente de sauver un enfant victime d’une prise d’otage. Renaissance mise beaucoup sur son ambiance pour emporter le spectateur.

Un monde inspiré de l’univers visuel de Blade Runner (1982, Ridley Scott), fondateur d’une partie de notre vision des mondes de science-fiction. Un univers sombre, sale, avec des tours gigantesques, des personnages désabusés, des grandes entreprises qui contrôlent tout avec leurs gigantesques panneaux lumineux et tant d’autres détails mis bout à bout.

L’influence cinéma se mêle au monde de la BD quand on s’arrête plus particulièrement sur la réalisation. Peu dynamique en général, elle joue surtout sur les cadres fixes qui n’auraient rien à envier à des cases de bandes dessinés classiques. Cela permet bien évidemment de mettre en avant le travail technique, notamment sur les reflets. Ce relatif manque de mobilité est rattrapé par un montage bien découpé, comme en témoigne les excellentes scènes d’actions : poursuites en voitures, fusillades, fuite finale, c’est très dynamique et surtout parfaitement lisible.

Dommage qu’il n’y est pas plus. Passé la première demi-heure et la digestion du style graphique particulier, la réalisation globale ne nous fait pas oublier le rythme en dent de scie du film. Le scénario aurait pu alors intervenir pour tout rattraper. Ce n’est malheureusement pas le cas.

En effet, le scénario est le gros point noir de Renaissance. Il est signé de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière, qui ont connu le succès depuis avec Le Prénom. L’histoire globale n’est pas à pointer du doigt : si son déroulement est classique, il respecte les codes du genre, aussi bien côté polar que SF. Il tourne autour de la disparition de la jeune d’Ilona et des recherches qu’elle menait pour la société Avalon. Là dessus viennent se greffer le chef de multinationale louche, le professeur qui a peu à peu perdu la raison, et le flic buté prêt à risquer sa carrière et sa vie pour remplir sa mission. Rien d’original donc. L’ensemble fonctionne selon une série de clichés inhérents à ce genre de films.

Là où le bat blesse, c’est dans l’écriture détaillée. Prenons les dialogues par exemple : ils sont mal tournés, n’ont que peu d’intérêts et enchaînent les lieux communs avec une régularité rare. Le doublage en souffre : malgré des voix plutôt bien choisies, elles ne parviennent pas à donner une réelle consistance aux personnages. De plus, on remarque vite que le film n’a pas été prévu en VF à l’origine : en effet, Renaissance est  prévu pour une distribution internationale, et des fonds luxembourgeois ou anglais ont servi à financer l’aventure. Il a donc été “tourné” en anglais, avec notamment la voix de Daniel Craig pour Karas et Jonathan Pryce ou Ian Holm en personnages secondaires. Visuellement, le décalage voix/personnage est parfois évident. Dommage.

Le seul personnage a vraiment ressortir de l’ensemble est le Docteur Muller, cliché ambulant du professeur au lourd passé. Son personnage est en effet le seul a voir subi un léger effort d’écriture. Il sort de son cliché pour devenir un personnage intéressant, touchant, offrant un autre niveau de lecture à l’histoire. La sous-intrigue concernant sa famille, qui devient dans le dernier quart un point central du scénario, est bien menée et surprend enfin alors que tout semblait cousu de fil blanc.

Conclusion

On regrette l’absence totale d’ambition dans l’écriture du scénario de Renaissance. Car l’équipe de Christian Volckman tenait vraiment là les moyens de réaliser un petit chef d’œuvre de polar noir de SF. On se retrouve seulement avec un bon film, impressionnant graphiquement, plutôt bien mené, mais assez désespérant dans son incapacité à transcender les clichés dans lesquels il s’embourbe. L’initiative est louable, elle semble toutefois appelée à rester lettre morte car le réalisateur n’a plus tourné de long-métrages depuis cette expérience qui fut un échec au box-office.

Renaissance

Réalisé par Christian Volckman

Avec les voix de Patrick Floersheim, Marc Alfos, Laura Blanc, Virginie Mery et Bruno Choël

Disponible en DVD et Bluray

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