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Predator – John McTiernan

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L’unité d’élite du sergent Dutch est envoyée à la recherche d’un scientifique disparu dans la jungle amazonienne. Mais ce qui devait être une simple mission de récupération tourne vite à une chasse. Pas celle que l’on pourrait croire, cependant : les hommes de Dutch sont traqués par une mystérieuse créature…

 

Le cinéma d’action des années 80 est connu pour ses punchlines bien couillues, ses gros biscoteaux qui cognent sur tout ce qui bouge, et ses stars comme Sylvester Stallone et bien sûr Arnold Schwarzenegger. Un brin de nostalgie nous envahit forcément en découvrant l’affiche de Predator. Et quand on y voit le titre, le pitch et la gueule inimitable de Schwarzy gros flingue en main, on peut s’attendre à un gros film bodybuildé comme on en a vu passer des wagons entiers – et dont le plus beau porte-drapeau fut sans doute Commando.

Toutefois, Predator se situe un peu à part dans ce paysage plein de testostérone : d’abord parce qu’il s’agit d’un film fantastique à petit budget – d’accord ce n’est pas un gage de qualité, ensuite parce qu’on trouve aux commandes du projet un certain John McTiernan. Et si le bonhomme est alors à peine connu, il va réussir par ce film à s’imposer comme l’un des plus efficaces réalisateurs de film d’action hollywoodien avant de se lancer dans son chef d’œuvre d’actioner : Piège de Cristal.

 

« S’il peut saigner, on peut le tuer. »

 

Predator a connu quelques embuches au cours de sa genèse. Aux demandes toujours plus pressantes des studios 20th Century Fox s’ajoutaient les conditions particulièrement difficiles de tournage et la défection d’acteurs (Jean Claude Van Damme, initialement prévu pour incarner le Predator, a quitté le plateau quelques jours après son arrivée). Une partie de l’équipe a attrapé la dysenterie au Mexique,  Schwarzenegger a choisi le milieu du tournage pour se marier, enfin McTiernan a fait une grave chute pendant le tournage d’une scène dans un arbre. Un beau marathon, en quelque sorte, qui accouchera pourtant d’un film accrocheur.

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On y retrouve au casting Arnold accompagné de quelques « gueules » tout aussi musclées parmi lesquels Carl Weathers (Apollo Creed dans les Rocky). Autant dire qu’avec la galerie de portraits du casting, on peut s’attendre aisément au déluge d’exhibition de gros biceps, aux punchlines  teintées d’un brin d’autodérision (le « toc-toc » de Schwarzy), aux clichés tous plus énormes les uns que les autres et à la grosse mitraille où on dézingue du russe par camions entiers. Jusque-là, rien d’extraordinaire, le début du film est conforme aux attentes suscitées par l’ensemble.

Pourtant, dès ses premières minutes, le film se démarque par la découverte des corps atrocement mutilés de la première équipe envoyée sauver le professeur. Malgré une certaine luminosité dans cette forêt tropicale dense, quelque chose ou quelqu’un observe les hommes de Dutch. Predator, arrivé à moitié, change alors totalement de voie, expédie l’intrigue du professeur pour se transformer peu à peu en un film de survie. Des hommes traqués vont affronter un à un le chasseur ultime que la nature leur oppose.

 

« Aiguise-moi ça.»

 

Ce virage significatif s’effectue sans heurts grâce au talent de John McTiernan qui, avec son équipe, va peu à peu plonger le film dans une course contre la montre pour la survie des héros. Et d’abord par le traitement même de la jungle, un univers qui revient assez souvent dans la filmographie du réalisateur. À chaque seconde, l’obscurité va entourer nos héros jusqu’à une deuxième partie apocalyptique dans la nuit noire où Schwarzy défiera le Predator. Le thème de la jungle inhospitalière est récurrent chez le réalisateur : cette imagerie se retrouvera dans Basic où là encore des soldats se battront pour leur survie dans la nuit. Même notre cher John McClane tentera de survivre dans une jungle, urbaine cette fois-ci (Une Journée en Enfer). Le traitement est à chaque fois le même : des plans larges où les héros sont perdus dans l’immensité de la nature/de la ville, et des plans bien plus serrés, oppressant, pour les scènes d’action. L’idée sera également reprise dans le deuxième Predator avec talent.

Le maître mot est « découpage ». Si Predator réussit une telle progression dans son intensité dramatique, c’est grâce au montage étonnement lisible de bout en bout, au sens du cadrage de McT toujours prompt à iconiser ses mâles musclés comme à les rendre infiniment petits au milieu d’une jungle qui sert de terrain de jeu à une créature incroyable.

 

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L’autre point important, c’est le montage alterné construit autour de la vision thermique du Predator : elle situe le chasseur par rapport à ses proies, intrigue, puis effraie. Un gros travail sur les sons émanant de l’E.T. aide beaucoup à créer une ambiance autour de ce Predator, à lui donner une certaine identité, une réelle existence. La créature tient son design original de Stan Winston,  papa d’autres créatures majeures de la SF (le Terminator, certains dinosaures de Jurassic Park, la reine d’Aliens). L’indéniable réussite de son allure, à la fois menaçante et mystérieuse, en fait une menace crédible.

« T’as pas une gueule de porte-bonheur !»

Le spectateur se surprend, dans l’ultime partie, à assister à un total renversement des valeurs du film. Dans ce dernier tiers, il voit les invincibles héros de l’armée américaine avec leur matériel high-tech de destruction massive battus à plate couture par le seul Predator, créature implacable. Dutch voit un à un ses amis se faire éliminer sans pouvoir rien y faire. Pas une seule seconde il n’est question d’héroïsme, tout juste évoque-t-on l’honneur des combattants qui est au centre de la vertu guerrière des Predators.

Alors Schwarzy se retrouve à son tour à combattre pour sauver sa peau. Je trouve le choix de l’acteur particulièrement judicieux : en 1987, il est dans l’esprit collectif Conan et le Terminator, deux personnages redoutables et particulièrement increvables dans leur genre. Mais même cette fois, l’implacable guerrier ne peut rien contre le Predator et, chose rarissime, a peur.

Comme souvent dans cette situation, l’homme fait alors a ses instincts primaires : voilà Dutch en train d’échafauder des pièges pour combattre le Predator, se doter d’armes de fortune, et espérer que cela suffira à l’arrêter. Un côté primal, presque tribal transpire alors de la fin du film où le héros, recouvert de boue et armé de bâtons, va tenter de faire face à la plus impressionnante des technologies, le chasseur ultime.

Cet aspect est renforcé par l’utilisation de la musique d’Alan Silvestri que l’on a clairement connu plus enjoué. Avare de thématique, le compositeur nous propose une avalanche de percussions en tout genre. Il reprend surtout la méthode de Bernard Hermann dans l’utilisation très tendue des cordes et vents, pour instaurer une tension à couper au couteau en parfaite adéquation avec la réalisation de John McTiernan.

 

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Le film souffre et profite également des habitudes scénaristiques inhérentes au genre fantastique depuis Alien de Ridley Scott dont Predator est un cousin. Alors que la SF cinéma d’aujourd’hui tend à tout nous surexpliquer, les deux films se nourrissent du mystère suscité par la créature centrale de leur intrigue. Predator 2 se montrera lui aussi bien avare en explications tout en étendant la mythologie de la créature, ce qui expliquera le succès certain de ces chasseurs mystérieux et honorables. Bien entendu, les produits dérivés sont passés par là, et les très dispensables Aliens vs Predator n’ont pas fait beaucoup de bien aux représentations cinématographiques des deux espèces. Mais ceci est une autre histoire.

 

Conclusion

 

Predator n’est pas seulement des films de science-fiction, c’est une production tendue, où l’aspect fantastique – je ne vais écrire horreur, n’exagérons pas – imprègne une ambiance toute particulière.  Il est sans doute moins oppressant qu’Alien, mais c’est aussi le reflet de l’époque dans laquelle les deux films sont sortis : Ridley Scott avait inventé un nouveau concept à la fin des années 70, alors que John McTiernan devait composer avec les buddy movies et autres productions d’action-fleuve des années 80.

 

Predator
Réalisé par John McTiernan
Scénaristes : Jim et John Thomas
Avec Carl Weathers, Arnold Schwarzenegger, Bill Duke, Shane Black
20th Century Fox
DVD et Blu-ray disponibles

Eldricht Tales

A propos de Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Ecologies Etrangères), Malpertuis (Malpertuis VI) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy débarque en Mars 2018.

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