Entretien avec Lionel Davoust, auteur de Port d’Âmes

AVT_Lionel-Davoust_2987eMaginarock : Bonjour Lionel, et merci de prendre un peu de temps pour répondre à mes questions. Pourrais-tu d’abord te présenter à nos lecteurs et expliquer comment tu en es venu à l’écriture ?

Lionel Davoust : Je suis le type le plus monotâche du monde. En fait, l’écriture m’est venue quand j’étais tout môme ; je devais tout juste commencer de parler. Un jour, ma mère a laissé un message écrit à quelqu’un. La faculté de pouvoir transmettre un message à un tiers sans qu’on soit présent sur le moment m’a paru le super-pouvoir le plus formidable qui soit. J’ai tanné mes parents pour apprendre ce super-pouvoir, et plus de trente ans plus tard, je m’en sers toujours. C’est dire si je suis monotâche.

Dans l’intervalle, j’ai quand même fait pas mal d’autres choses. J’ai une formation de biologiste marin, et aujourd’hui je traduis de l’imaginaire de l’anglais en français, réalise de la musique électronique sous le nom Wildphinn (je viens de terminer la bande-originale d’un jeu vidéo indépendant, Psycho Starship Rampage) et je pars en volontariat écologique quand j’ai le temps (c’est-à-dire pas depuis un moment).

M. : Parlons maintenant de Port d’Âmes, ton dernier né. Quelle a été l’idée originelle se cachant derrière ce roman ? La magie du Transfert est absolument centrale dedans. Comment t’es venue cette idée ?

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L.D. : L’idée originelle était effectivement la magie du Transfert, qui permet de vendre la charge émotionnelle d’un souvenir à quelqu’un d’autre et de la lui faire éprouver dans toute sa force. L’étincelle m’est venue alors que j’écoutais en boucle une des plus belles chansons du métal goth, « Selling Out » du groupe Tristania, où des vers disent notamment « I’m running out of steps to walk / Of air to breathe / And words to talk. » Comment parvient-on à court « de mots à dire » ? J’ai alors imaginé que ces mots avaient été achetés par autrui. De là, j’avais mon idée ; et la construction ultérieure, tout le rituel magique du Transfert, s’est beaucoup fondée sur un détournement et un renversement pervers des codes de la psychanalyse : ici, c’est le client qui interroge son Vendeur pour l’aider à délimiter le souvenir qu’il est venu acheter, afin d’en recevoir une version pure, distillée par l’inconscient. Dérouler les conséquences de ce commerce – où se pratique-t-il ? Pourquoi ? m’a orienté pour la création de la ville d’Aniagrad, où se déroule le roman.

M. : Le personnage de Rhuys est quelqu’un de particulièrement attachant. Comment t’y es-tu pris pour le créer ? Les choses sont-elles venues spontanément au fil de l’écriture ou bien avais-tu un plan de personnage bien précis ?

L.D. : Il y a longtemps eu un panneau au-dessus de mon bureau : « Rhuys est positif ». J’ai une petite tendance à écrire des personnages un peu salauds, mais pour le héros de Port d’Âmes, je voulais vraiment quelqu’un de bien, et qui s’efforce de le rester même quand tout se retourne contre lui, même quand la laideur du monde l’en empêche. Je voulais que ce roman ait une forte composante initiatique, que son protagoniste découvre Aniagrad au même rythme que le lecteur, ce qui impliquait aussi une certaine ouverture d’esprit de sa part. De manière générale, je lui ai surtout donné des principes et un but. Ensuite, je l’ai regardé réagir et lutter pour conserver les deux, malgré toutes les épreuves que je lui ai fait traverser.

M. : Evanégyre est un projet énorme. D’où est sortie cette inspiration ? Et comment vois-tu la suite des évènements ? Est-ce qu’il y aura un point final à ce que tu souhaites faire dans cet univers ?

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L.D. : Je crois que tout passionné d’imaginaire, a fortiori tout auteur, rêve à un moment ou un autre à construire son monde, sur la trace des géants du genre. Mais, pour ma part, je voulais éviter un certain nombre de traits qui m’avaient peu satisfaits, en tant que lecteur – notamment quand le monde prend l’ascendant sur la narration. Le principal, pour moi, reste toujours l’histoire et donc les personnages qui la font, et la vivent. Bien sûr, leurs actions influent sur l’univers, mais cela vient toujours dans un second temps ; c’est la vie qui m’intéresse, pas les atlas ni les chronologies (je les ai dans mes notes, évidemment, mais je vois cela comme des documents de pur support et non la chair du monde). Mes inspirations sont à chercher partout où il y a des motifs que j’aime ; la fantasy est un genre tellement vaste, on dispose d’un arsenal narratif d’une telle envergure, et d’une planète entière ; pourquoi se limiter à une époque, à une région ? Dans Evanégyre, il y a du steampunk, des exosquelettes, des dragons, de la magie mémorielle, des robots géants, la marche de l’histoire, des dilemmes moraux, des renvois très déformés à des mythes célèbres… Le plaisir consiste à faire fonctionner tout cela. J’ai parfois davantage l’impression que je réalise un travail d’archéologue sur un monde parallèle que de l’inventer de toutes pièces, à vrai dire. « Il y a tel élément. Comment cela s’articule-t-il avec le reste ? Quelles conséquences cela entraîne-t-il ? »

La suite des événements est déjà tracée : je vais très bientôt commencer le travail sur une trilogie dans cet univers, indépendante du reste comme toujours, que je définis pour l’instant comme de la « fantasy post-apocalyptique ». Ce sera toujours chez Critic.

Y aura-t-il un jour un point final ? Une planète et plusieurs millénaires d’histoire, c’est vaste. Je ne sais pas si je tomberai jamais à court de récits à raconter. Prenons plutôt la question à l’envers : tant que je n’aurai pas raconté de l’intérieur les grandes périodes historiques charnières et leurs causes réelles, lesquelles forment l’ossature chronologique du monde, les principaux « secrets » dans le fond de la trame, alors je trouverai le projet incomplet et cela m’inquiétera. Mais, même après, j’aurai toujours de la matière. Tant que, quelque part, il y a un personnage intéressant avec quelque chose à perdre, il y a potentiellement un récit.

M. : Comment se passe la promotion de Port d’Âmes ? Tu es content des premiers retours ?

L.D. : Très content ! Les critiques sont excellentes dans l’ensemble et le livre suscite un intérêt sans précédent (pour moi) sur les réseaux sociaux. Il arrive parfois qu’il surprenne – certains lecteurs auraient voulu d’autres récits dans la lignée de La Volonté du Dragon et de La Route de la Conquête. Je m’y attendais, et c’est précisément pour cette raison que je ne voulais pas – pour l’instant – poursuivre dans cette voie : Evanégyre est bien plus vaste que les mille ans de l’ère impériale effleurés par La Route et La Volonté. Ce n’est pas qu’un monde en guerre soumis au projet colonial de l’Empire d’Asreth, il y a bien d’autres périodes, d’atmosphères – et de l’amour, aussi ! Je ne veux pas tomber dans la « formule qui marche », mais prendre des risques créatifs, proposer des choses différentes, de manière à faire vivre la planète. La trilogie à venir, d’ailleurs, sera encore différente des trois livres publiés jusqu’ici. Je cherche à ouvrir Evanégyre au maximum afin que tou.te.s puissent y trouver un récit qui lui parle.

M. : Et où est-ce que tes lecteurs pourront se faire dédicacer leur exemplaire prochainement ? Quelles seront les foules en délire qui t’acclameront et scanderont ton nom ? 😀

L.D. : Maman, on avait dit que tu arrêtais de chauffer les salles, ça devient gênant, maintenant… 😉

Ahem. Pour les prochaines dates à venir, comme pas mal de choses s’organisent en permanence, le plus sûr est d’aller jeter un œil à http://lioneldavoust.com/agenda

C’est là que se trouvent toutes les dernières infos du Port d’Âmes World Tour. Enfin, world. J’me comprends, hein.

M. : Un dernier message pour tous les wannabee auteur qui voudraient devenir aussi bons que toi ?

L.D. : Devenez meilleurs encore. Sérieusement, il y a des tas de bons auteurs, certains qui vous parlent, d’autres non. Trouvez votre truc à vous. Votre truc qui vous ressemble et que personne d’autre n’a. Cultivez-le et faites-en quelque chose de fantastique, d’unique, d’énorme. Ne cherchez pas à devenir aussi bon que quelqu’un. Devenez meilleurs que ça. Faites progresser la littérature. Allez chercher votre vérité, bossez-la, peaufinez-la, rendez-la magnifique et servez-la au monde. Et ensuite, là, n’oubliez pas de me réserver 1% de tous vos droits d’auteur, hein. Ce sera la moindre des choses pour m’avoir mis sur la paille, bande de saligauds !

M. : Merci beaucoup Lionel pour ton temps et à très bientôt !

L. D. : Merci à vous et à bientôt !

3 thoughts on “Entretien avec Lionel Davoust, auteur de Port d’Âmes

  1. Bonjour et un grand merci pour cette interview de Lionel que j’ai découvert il y a peu de temps. Je n’ai qu’un seul regret concernant « Port d’âmes » qui me semble très alléchant, tant par le récit que par le mélange des Genres, c’est qu’il ne soit pas disponible en numérique (j’ai l’habitude du kindle) !! Est-ce que c’est prévu dans un futur proche ? Merci et belle journée. Marjorie

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