Agharta – Le temps des Selkies – Arnauld Pontier

pontieraghartaLe 7 juillet dernier est sorti l’anthologie Dimension Système Solaire chez Rivière Blanche. Son anthologiste, Arnauld Pontier, a une vie et un esprit bien remplis, et je vous invite vivement à le rencontrer lors d’un salon ou d’une séance de dédicace. Il est en outre l’auteur de nombreux textes dont celui que j’ai la chance d’évoquer ici : Agharta – Le temps des Selkies.

Le premier contact avec cet ouvrage s’opère au travers de l’illustration de Michel Borderie. Particulièrement réussie, elle ne manquera pas de vous faire penser à une illustration SF des années 50. En effet, deux humains y sont représentés avec une créature tridactyle en scaphandre entre eux. Leurs combinaisons super moulantes – comme il se doit – sont bleue pour l’homme et rouge pour la représentante de la gent féminine. Sait-on jamais si les extraterrestres qu’ils viendraient à croiser avaient une plus grande capacité de différenciation par les couleurs que par les formes. Hormis ce clin d’œil, les détails nous rappellent qu’il s’agit bien d’une image actuelle et la tenue de la créature permet de dissimuler son apparence, afin d’intriguer suffisamment le lecteur pour qu’il aille voir ce qui se cache derrière la couverture.

L’Agharta dont il est question dans le titre est une cité souterraine, voire pour certains une civilisation qui s’est développée dans les entrailles de la Terre. Tout comme l’Atlantide ou Mû, ce mythe a traversé de nombreuses civilisations – essentiellement asiatiques – et a connu son heure de gloire dans la littérature de la fin du XIXe siècle. Hasard ou non, toujours est-il que la revue Nature a mentionné récemment la possibilité d’un océan sous la croûte terrestre. Non, Jules Verne n’est pas mort et la réalité dépasse souvent la fiction, et l’Agharta ne serait peut-être plus un mythe si l’on venait à découvrir des sources de vie dans cet océan comme on en a déjà trouvé dans des milieux bien plus hostiles. Mais revenons à ce roman.

Ami lecteur, n’aie pas peur en parcourant les premières pages. L’auteur est précis et, tout comme Stendhal pouvait être épuisant avec ses descriptions des tentures décorant les salons de ses héroïnes, Arnault Pontier nous apporte une profusion de détails en matière de glaciologie, communication ou météorologie. C’est une phase nécessaire pour situer l’action et contextualiser le vécu et l’expérience des principaux personnages, mais cela passe, somme toute, assez vite. Après on peut s’attacher à l’aventure qui va les réunir.

Tout commence sur le continent antarctique quand le glaciologue David Bryne débarque pour tester un nouvel engin de forage plus performant que ses prédécesseurs. Il retrouvera dans la base une équipe qui va être confrontée à ses côtés à une rencontre avec une civilisation inattendue qui ne leur propose rien de moins que de les aider à sauver l’humanité. Ils en ignorent cependant le prix à payer. Et même si ce type de récit est plutôt classique sur bien des points, le traitement de l’auteur est original et ne manque pas de retournements de situation.

J’ai tout d’abord considéré comme grandiloquente la quatrième de couverture qui nous présente ce roman comme « une exploration de notre condition humaine, une réflexion sur la tolérance, et une aventure épique », mais maintenant que la lecture est achevée, je ne suis pas loin de le penser. En fait, cet ouvrage était finaliste du prix Rosny aîné et cela s’explique assez aisément. De trop nombreux auteurs français sont timorés et s’inhibent quand il s’agit de recourir aux grands moyens en SF de peur de faire de la mauvaise littérature, car notre tradition, notre culture sont littéraires avant d’être de grand spectacle.

Ici, Arnauld Pontier se montre sans complexe et il a bien raison. Celui que je tiens pour un des plus grands nouvellistes, un certain Jean-Claude Dunyach, nous a donné ce conseil, lors d’un atelier d’écriture auquel j’ai assisté il y a quelques années : « La littérature vous offre un pouvoir inestimable : un budget effets spéciaux illimité. » Et cela l’auteur l’a bien compris en nous montrant la fin du monde et en nous emmenant dans l’espace. Et malgré toute cette immensité galactique, il réussit à rester à dimension humaine en nous montrant tel un documentariste cette humanité en perte de sa terre, puis en quête d’un nouveau sanctuaire. Certes, cela n’empêchera pas l’homme de faire les erreurs qui sont propres à son atavisme, mais il se relève toujours et c’est bien l’homme debout qui est admirable ici. Je remercie cet auteur français d’avoir osé un space opera, où je me suis parfois égaré, mais qui m’a étourdi par toutes les dimensions qui y sont déployées.

Agharta – Le temps des Selkies
Arnauld Pontier
Couverture illustrée par Michel Borderie
Editions Asgard
Collection Espace compris
2013

21,00 €

1 Comment

  1. Heureux que mon texte ait pu te faire rêver ; je me suis beaucoup amusé en l’écrivant, retranscrivant sur le papier l’écran de mon imagination, sans, effectivement, me donner de limite budgétaire pour les effets spéciaux ! Je n’ai pas eu le Prix Rosny Ainé, finalement, mais avoir été finaliste à été un grand bonheur pour cette première incursion, ou presque, en SF… J’espère que mon prochain roman retiendra également ton attention critique. Longue vie à Mythologica, malgré les difficultés actuelles.

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