L’Exorciste au Commencement

images (1)Temps ancien, dans un désert africain, un champ de bataille sanglant jonché de cadavres visités par des nuées de corbeaux voraces. Entre les corps, un prêtre erre, égaré, blessé, choqué. Malgré son désarroi, il s’arrête face au corps mutilé d’un autre homme d’Eglise et cherche quelque chose dans une de ses mains, une minuscule idole de pierre qu’il lui prend avant de se relever et de poursuivre sa route.
20e siècle. Les horreurs de la Seconde Guerre Mondiale sont encore brûlantes dans les esprits. Comme de nombreux hollandais, le père Lancaster Merrin a souffert durant cette époque troublée sous le joug nazi. Désireux d’oublier cette épreuve qui lui a fait renoncer à la prêtrise, il s’est reconverti archéologue en Egypte. C’est là qu’un collectionneur d’antiquités le retrouve et lui confie pour mission d’aller en Afrique, dans la province Kenyane du Turkana afin de travailler sur un site de fouilles prometteur. L’équipe sur place a déjà trouvé les vestiges d’une église byzantine enfouie, elle pourrait avoir un lien avec une minuscule idole de pierre… Merrin accepte mais une fois sur place, les incohérences historiques l’intriguent. De même, les évènements qui se succèdent avec les victimes, poussent Merrin à s’interroger sur les véritables origines de cette mystérieuse église qui semble avoir été bâtie la veille et renferme une statue de Christ en croix vandalisée, placée tête en bas. Les murmures montent et se multiplient, le lieu serait maudit. Mais la foi malmenée de Merrin pourra-t-elle le protéger alors qu’il est toujours la proie de souvenirs trop douloureux ?

Encore un film inspiré par le succès phénoménal du premier Exorciste vous direz-vous… C’était également mon opinion et du fait que je n’ai jamais apprécié ni tremblé devant ce, pourtant, monument du genre, je n’étais guère enthousiaste en m’installant pour regarder L’Exorciste au Commencement. Malgré tout, il y avait deux éléments positifs à mes yeux : la présence au casting de Stellan Skarsgard et de James D’Arcy ainsi qu’une histoire qui se place à une époque intéressante pour la genèse du personnage de l’exorciste.
La bande annonce est odieuse, ne vous y fiez pas car L’Exorciste au Commencement est un bon film, peut-être meilleur que le premier car il n’appartient pas à la même famille en dépit de son titre… Le fantastique est là, certes, la thématique maléfique et le nom du personnage phare du prêtre sauveur aussi mais l’analogie s’arrête là.
Renny Harlin a favorisé un scénario et une mise en scène jouant sur le suspense psychologique et le thriller, l’affrontement final entre démon possédant un corps et le prêtre ne venant qu’en toute fin du film. Cette optique, bien que commercialement risquée par rapport au public visé (les fans du premier film), donne de la profondeur à l’ensemble du film mais aussi au personnage du Père Merrin dont on découvre les premiers pas en matière de lutte contre les forces du mal au corps à corps. Œuvre conjointe de Caleb Carr (auteur de thrillers justement), Alexi Hawley et William Wisher Jr., ce scénario amène lentement le spectateur dans les méandres d’une toile bien ficelée, se resserrant autour du Père Merrin et d’une poignée de personnages secondaires avec un dosage subtile de suspense et de scènes inquiétantes, un peu gores mais sans plus. La base de travail est donc l’école du sous-entendu, de la suggestion, des lumières vacillantes ou s’éteignant sans prévenir, des bruits dans la nuit, des animaux à triste réputation (ici des hyènes), d’un cimetière fleuri de croix identiques non loin de l’église maudite, d’un pèlerinage que le héros doit faire seul jusqu’à affronter le démon qui lit dans son cœur, exploite ses peurs et ses souvenirs d’horreur. Crescendo, en rythme avec les faits de violence, de mort, cette mise en scène est efficace. Le cheminement du Père Merrin est le film plus que la possession démoniaque d’un lieu ou d’un être vivant. En cela, le récit tient la route et présente plus d’intérêt que nombre de films du genre et, pour moi, que son illustre prédécesseur (n’en déplaise aux fans ^ ^).

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Le jeu de Stellan Skarsgard (Père Merrin) est convaincant, on voit un être qui souffre de ses doutes, de ses fautes, qui peine à avancer, à trouver une autre voie et plus encore alors que cette foi qu’il a perdu semble être son seul recours. Crédibilisant le récit et offrant au personnage principal des face à face qui construisent son évolution, James D’Arcy (Père Francis) et Izabella Scorupco (Sarah) campent un prêtre en activité envoyé par le Vatican, cachant bien des secrets, et une femme médecin égarée dans ce recoin d’Afrique, fuyant elle-même ses propres démons, bref, des personnages secondaires crédibles, interprétés avec énergie. Le Père Francis est, pour Merrin, un rappel continue de son ancienne vie, de ce qu’il tente d’oublier mais qui s’impose peu à peu comme unique solution, sorte de voix de la raison, tandis que Sarah l’invite à suivre la nouvelle vie qu’il s’est choisie, sans regarder sur son passé car c’est aussi ce qu’elle tente de faire.

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Les décors et la photographie mettent en valeur une atmosphère pesante, mystérieuse, un environnement où tout peut arriver que ce soit sur le site de fouilles, dans l’église découverte, dans le village de natifs Turkana ou dans les bâtiments qui abritent l’hôpital et où logent les protagonistes. Le désert charrie toutes les impressions liées aux secrets et faits inexpliqués, sous la chaleur écrasante, le vent de sable, l’obscurité nocturne qui invite les maléfices…

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Pourtant, L’Exorciste au Commencement fut un échec commercial et supporta même le titre de pire suite de l’année 2004. A l’évidence, le public visé attendait un scénario plus conforme au premier film, le fait même que le titre revendique cette attente lui porta un lourd préjudice. Cet opus n’est pas une suite ni un remake, il propose une autre lecture du film de genre, plus proche d’un thriller que d’un pur film d’horreur, il ne peut pas plaire aux fans de l’Exorciste, raison pour laquelle il plait aux non fans dont je fais partie. Lorsqu’il est regardé avec recul et sans son étiquette, trop lourde, de préquelle, L’Exorciste au Commencement est un bon film dont la qualité est constante jusqu’à la dernière image.

L’Exorciste au Commencement
Réalisateur : Renny Harlin
Production : Morgan Creek Productions
Scénario : William Wisher Jr., Caleb Carr, Alexi Hawely d’après le roman de William Peter Blatty
Décors : Riz Ortolani
Photographie : Vittorio Storaro
Avec : Stellan Skarsgard, Izabella Scorupco, James D’Arcy, Remy, Sweeney, Julian Wadham, Andrew French, Alan Ford…
Sortie France : 17 novembre 2004

3 thoughts on “L’Exorciste au Commencement

  1. N’étant pas du tout orienté vers ce type de films, je suis tombé par hasard sur cette critique bien renseignée et agréable à suivre, et je me retrouve en quelques minutes devant.
    Un très bon article, merci à toi 😀

    1. Hey!! Merci à toi pour m’avoir lue, laissé ce commentaire et surtout avoir vu de film que j’aime particulièrement. A bientôt sur notre site !!

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