Entretien avec Jeanne Faivre d’Arcier, auteure de l’intégrale L’Opéra Macabre

jeanne faivre d'arcierA la sortie du Dernier Vampire, eMaginarock avait eu le plaisir de rencontrer Jeanne Faivre d’Arcier pour la première fois. A l’occasion de la réédition aux éditions Bragelonne de ses deux premiers romans, nous avons exprimé le désir de la revoir, pour une interview particulièrement enrichissante. eMaginarock la remercie chaleureusement pour cet échange qui fut très agréable et intéressant.

eMaginarock.fr : Vous avez choisi de rééditer avec Bragelonne Rouge Flamenco et La Déesse écarlate plus de 10 ans après leur première publication. Y a-t-il une raison particulière derrière ce choix ? Comment se sont passés les remaniements de texte, après tant d’années où vous avez évolué en tant qu’auteure ?

Jeanne Faivre d’Arcier : C’est un projet auquel nous pensions depuis 2004. Je souhaitais réaliser une trilogie et j’ai commencé à cette fin la rédaction du Dernier Vampire fin 2007. La question de l’ordre de publication s’est alors posée, et nous avons conclu que la nouveauté primait. Le remaniement des textes de Rouge Flamenco et La Déesse écarlate date de 2010, pour lesquels je me suis centrée sur leurs histoires exclusivement, sans penser au Dernier Vampire. Rouge Flamenco a été le plus modifié, avec notamment un véritable travail sur le style – c’est l’un de mes premiers romans. Nous avons également modifié des scènes se déroulant en Allemagne, du fait d’allusions au nazisme. La Déesse écarlate a quant à lui été moins modifié, car plus abouti. Etant une perfectionniste dans l’âme, j’ai trouvé très pertinent et intéressant de réaliser toutes ces améliorations.

M.net : Carmilla et Mâra se retrouvent dans Le Dernier Vampire, très malades et dégradées. La lecture de ces deux romans nous permet-elle de mieux comprendre leurs réactions face au monde contemporain ?

J. F. d’A. : Non car elles apparaissent dans Le Dernier Vampire dans un mode ironique. Elles sont complètement décaties et viennent supplier à l’aide. C’est une dérision de leur histoire. Si jamais elles réapparaissent dans un roman futur, c’est qu’elles auront trouvé un moyen de retrouver leur splendeur.

M.net : Rouge Flamenco et La Déesse écarlate se déroulent à travers le monde. Avez-vous voyagé, réalisé des recherches sur les cultures pour écrire ces romans ? Quelle a été votre inspiration ?

J.F. d’A. : Pour Rouge Flamenco, les scènes actuelles se déroulent à Paris, New York et le Nord de l’Europe. Mais il y a aussi des scènes durant la monarchie de Juillet, la Belle Epoque. Certains moments se passent en Algérie durant la conquête française et j’ai fait certaines recherches dessus. On retrouve Carmilla à Séville, à l’époque de Carmen ; à Berlin entre les deux guerres avec la montée du nazisme. C’est donc un mélange dans le temps et l’espace. J’ai aussi beaucoup lu de la littérature du XIXe siècle, ce qui m’a aidée.
La Déesse écarlate se passe en Inde à la fois durant la haute époque bouddhiste, au moment où les Moghols ont dominé et à notre époque. Il y a donc eu un profond travail de recherche historique et sur les mythes hindouistes. Ils ont un contenu extrêmement religieux bien sûr, mais peuvent aussi être lus de manière humoristique. Et j’ai joué avec ce côté humoristique. Par exemple, j’ai utilisé le Prince des Démons et les fils du Soleil qui se transforment en goutte de sang la nuit. Je les ai détournés pour expliquer la création des vampires par le Prince des Démons, qui boivent donc du sang et ont pour ennemie la lumière du jour. En fait, Mâra est une variation de la déesse Kâlî dans l’hindouisme. J’ai également fait deux voyages en Inde, au Nord et au Sud, étape indispensable pour la véracité de l’écriture.

M.net: Pouvez-vous nous dire un mot sur Carmilla et Mâra ? Quelles sont leurs caractéristiques et quelle est l’inspiration derrière ces personnages ?

J. F. d’A. : Carmilla est un parallèle avec l’auteur irlandais Sheridan Le Fanu, qui a écrit sur une femme vampire homosexuelle. Son prénom n’a pas été choisi par hasard, car elle représente la femme fatale par excellence, Carmen. J’ai une très forte attirance pour les arts de la scène et cela a  donc été une évidence que mon personnage danse le flamenco. Carmilla est aussi une guerrière moderne, qui fait un voyage initiatique pour se venger de son créateur qui l’a abandonnée. Son parcours suit un chemin très personnel.
L’histoire derrière Mâra est un peu plus complexe et provient à l’origine du roman La Crucifixion en rose de Miller, qui raconte sa vie d’auteur avec pour compagne une femme versatile, capricieuse, que je pensais s’appeler dans mon esprit Mâra. Bien plus tard, je me suis rendu compte que non, et que Mâra signifie le tueur, le boucher en hindi. J’ai voulu ce personnage très mystérieux, insaisissable, indomptable et magique à l’image de l’Inde. Elle est très différente de Carmilla.

 M.net : Après cette trilogie, pensez-vous à écrire une suite au Dernier Vampire ?

 J.F. d’A. : J’avais commencé à imaginer une suite mais que je ne vais finalement pas écrire car elle est très proche du Dernier Vampire. Cela ferait une redondance. En revanche, je suis au tout début de la réflexion sur un roman traitant toujours des vampires, mais cette fois-ci à Venise au XVIe siècle.

 M.net : Savez-vous déjà si vous serez présente aux salons de l’année prochaine ?

 J.F. d’A.Je n’ai pas encore de visibilité comme l’intégrale vient tout juste d’être publiée, mais je sais que je serai au salon de la jeunesse de Montreuil.

 M.net : Avez-vous un dernier mot à nous livrer ?

 J.F. d’A. : Je suis très contente que cette trilogie soit enfin publiée car ce fut un parcours très long. Je suis également ravie de la magnifique couverture faite par Anne-Claire Payet.

Merci encore à Jeanne Faivre d’Arcier et rendez-vous très vite pour la chronique de l’Opéra Macabre !

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