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Un monumental ruban de pierre se dresse en sentinelle au bord des brumes éternelles. Les hommes leur ont donné un nom : la Dernière Terre. Dans la cité-capitale des Cinq Territoires, Cahir, jeune homme frêle, maladif, aux mœurs et aux allures bien éloignées des codes stricts qui font loi autour de lui, subsiste envers et contre la réprobation générale. Il est issu des Giddires, un peuple rejeté, au ban de la paix politique qui unit les autres contrées. Malgré cela, entre intelligence et ingénuité, il parvient à se rapprocher de certains locaux, dont Ghent, fils du Haut-Capitaine à la tête des forces militaires des Basses-Terres.

Au fil de ces jours paisibles, s’il advenait un événement capable de bouleverser tous les dogmes établis, quel poids l’existence de Cahir aurait-elle dans la balance des certitudes ?

Ghent et Cahir sont deux Arpenteurs, soldats qui patrouillent sur le mur frontière avec la Dernière Terre. Voilà des années que les Arpenteurs ne sont plus que des figurants et que la paix règne, personne n’a jamais passé ces murs… pour l’instant. Pour autant, l’entente n’est pas parfaite entre tous les Arpenteurs, Cahir est un jeune garçon rebelle, réfractaire à toutes les mœurs qui l’entourent. Il porte ses cheveux long, ses habits sont souvent débraillés, son uniforme perpétuellement recouvert par un long et épais manteau noir. Il tutoie tout le monde, se moque des convenances et n’hésite pas à saluer les gens avec les codes de son propre pays : en touchant leur main. En voilà trop pour la population qui l’entoure et celle-ci le rejette, voyant en lui un sauvageon issu d’une contrée trop lointaine pour être respectable. Mais Cahir n’est pas seul, son collègue Ghent, en fils bien élevé, en jeune homme parfait, fait son possible pour être juste avec lui, si seulement tout était aussi simple…

L’enfant Merehdian est une vraie plongée dans l’univers de Magali Villeneuve, dont l’écriture, plutôt fluide, rend la lecture agréable. L’atout sans aucun doute majeur de ce roman est le point de vue des personnages. Chaque chapitre est l’occasion de plonger dans les méandres de l’esprit de chacun d’entre eux, que ceux-ci soient principaux ou pas. Par ce procédé, on peut réellement apprécier le détail et la finesse avec lesquels chaque personnage a été imaginé. Chacun son esprit, chacun sa manière de penser, de voir les choses, chacun son caractère. Ces différentes visions permettent de vraiment appréhender l’histoire, ses tenants et aboutissants ainsi que les personnes à qui l’on a à faire.

Quelques petits défauts toutefois, mais rien de bien grave rassurez-vous. Tout d’abord la lourdeur de certaines phrases, même si la plume de l’auteur est plutôt fluide : certaines phrases sont clairement alourdies par un abus d’adjectifs, certes très descriptifs, mais un peu pesants. Autre petit reproche : le couple Ghent-Essaig (jeune homme sérieux, posé et son compère beaucoup plus frivole, humoristique) est, premièrement, un (trop) grand classique dans la littérature et, deuxièmement, un peu trop identique à la situation d’un autre couple : Feor-Ved, personnages secondaires pour l’instant, mais qui semblent être placés dans la même dynamique. Enfin, dernier détail qui chagrine quand même un peu : le mur mystérieux qui dissimule une Terre qui serait hostile… Un peu trop de déjà vu à mon goût.

Mais encore une fois je chipote et que cela ne vous empêche certainement pas de vous plonger dans les Cinq-Territoires. Une lecture agréable et qui mérite largement les tomes à suivre. Ce tome 1 sert clairement à établir la situation dans laquelle nous allons évoluer, nous l’espérons, dans les cinq tomes suivants sans pour autant avoir de longueurs ou de lassitude, l’alternance des personnages aidant beaucoup. Il est vrai qu’une fois le livre refermé, on s’aperçoit qu’il ne s’est pas passé grand-chose mais que le peu a glissé tout seul et que nous attendons la suite avec impatience.

Bref, un livre qui s’avale, même si l’on peut reprocher quelques erreurs mais qui ne gâchent certainement pas le plaisir de lecture.

Et puis est-il vraiment utile de faire remarquer la petite merveille qu’est la couverture signée Alexandre Dainche ainsi que le livret (si vous avez la chance de l’avoir) rassemblant les différentes interprétations des personnages et lieux de La Dernière Terre illustrés par quelques « petits » noms du monde des illustrateurs : Jérémy Fleury, David Gilson, Marc Simonetti, Cent Alantar, Jacques Lamontagne, Camille Raveau, Alexis Flamand ?

 

L’enfant Merehdian
La Dernière Terre T1
Magalie Villeneuve
Couverture : Alexandre Dainche
L’Homme Sans Nom

21,90 €