fille automateJe ne suis pas forcément le public pour les romans de science-fiction, ayant un peu de mal avec l’aspect catastrophiste des romans d’anticipation. Mais suite à des conseils, je me suis penché sur ce roman et je ne l’ai pas regretté. Alors oui, l’avenir vu par Paolo Bacigalupi n’est pas rose, mais l’histoire qu’il nous propose est tellement surprenante qu’il ne faut pas passer à côté.

La couverture est un peu trop sobre à mon goût, même si au vu du roman, il était difficile de faire mieux tant tout va se passer dans le feutré d’un futur fort peu réjouissant. Mais l’histoire qui va nous être proposée ici va surprendre plus d’un lecteur, tout en restant dans les canons de l’anticipation : surprenant…

A la fin du XXIe siècle, après un krach énergétique, la calorie est devenue l’unité la plus recherchée. Anderson Lake travaille en Thaïlande pour une multinationale agroalimentaire. Il rencontre Emiko, une fille automate qui n’est pas humaine mais un être artificiel programmé pour satisfaire les désirs des hommes d’affaires de Kyoto.

Ce roman, comme beaucoup d’autres romans d’anticipation, part d’un postulat inquiétant et aussi réaliste que possible. Ici, un problème énergétique touche le monde entier et surtout les manipulations génétiques incontrôlées sur les végétaux ont créé des espèces dangereuses, des virus infectant les végétaux,… Donc soyons clairs, la situation n’est pas brillante et Anderson Lake évolue dans ce monde où la géopolitique mondiale s’est inversée… Il tente de survivre au milieu d’une population qui ne veut pas de lui, d’une société au sein de laquelle il se sent inadapté mais il finit par rencontrer la belle Emiko, automate d’origine japonaise. S’ensuit une aventure qui commence de façon lente, presque languissante avant de prendre un rythme effréné dans sa seconde partie.

Revenons un instant sur la fameuse automate Emiko. La scène où le lecteur la découvre, et où elle est narratrice, est totalement poignante puisqu’elle se retrouve l’objet sexuel d’une femme sans vergogne mais surtout devant un public avide. Cette séance de torture sexuelle, si elle est décrite sans démesure, est toutefois totalement dérangeante et donne une excellente vision de ce que peut être la vie d’Emiko, ce que sont ses sentiments. Et là en l’occurrence, Paolo Bacigalupi réussit son pari de la rendre plus humaine qu’un humain tout en conservant son aspect automate à tout moment. Cela ne paraît pas très complexe de base mais en fait, cela peut s’avérer très compliqué assez rapidement…

La traduction est de bonne qualité et le style rapide et synthétique de l’auteur est parfaitement à sa place dans ce récit.

La Fille automate est donc un des rares romans de science-fiction a avoir su me convaincre ces derniers temps. Après un début relativement poussif, l’ensemble prend son envol et j’ai vraiment été épaté par la maîtrise que l’auteur a de son roman. Auréolé de multiples prix, ce roman les mérite sans nul doute, et je ne peux que vous conseiller de le découvrir…

La Fille automate
Paolo Bacigalupi
J’ai Lu

8 €