ergo boxAnnonçant la vague d’une nouvelle qualité de séries d’animation au Japon, Ergo Proxy a posé de nouvelles bases visuelles, esthétiques, graphiques et scénaristique. Rejoignant Neon Genesis Evangelion au panthéon nippon des séries d’anticipation à thématiques philosophiques, elle est devenue l’exemple à suivre.

Le futur. Au cœur de la cité de Romdo, la vie paraît paisible, abritée des malheurs du monde extérieur, de son air vicié et bien gardée par des unités d’élites. Nombre d’immigrants venus pour être enfin en sécurité font des pieds et des mains pour obtenir le très convoité statut de concitoyen. Mais la sécurité promise a un prix : les autorités en place encouragent la surconsommation, contrôlent les naissances pour éviter toute surpopulation de ce faux eldorado et briment ses habitants pour mieux les asservir. Des robots, nommés Autoreiv, remplissent toutes les tâches subalternes et sont parfois le seul compagnon de certains humains d’où leur surnom d’Entourage. Leur conception est assurée sans faille néanmoins leur fonction d’obéissance peut être parasitée par le virus Cogito. Véritable parasite électronique, le Cogito prend possession du moindre circuit et réveille une forme de conscience chez les Autoreiv. Ils se mettent alors à penser par et pour eux-mêmes et se révoltent contre leurs propriétaires, leurs créateurs. Pour contrer au plus vite les dégâts qu’ils pourraient causer, de la simple casse à l’agression et au meurtre, la Sûreté emploie des agents dont le rôle est de surveiller des individus Autoreiv dont les actions les rendent suspects d’abriter le Cogito. En cas de tentative de fuite ou de réveil prouvé, ces agents éliminent leur cible. C’est ce que fait Re-I Mayer.

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Bien qu’elle soit la petite fille du très puissant maire de Romdo, elle est un agent très doué, trop sans doute car la manière dont elle s’obstine à prendre seule les décisions et agir comme bon lui semble sans en référer à ses supérieurs déplaît. Re-I Mayer est une énigme au milieu des siens car elle est la première à refuser ce qui fait le quotidien de Romdo, le contrôle absolu. Un soir, alors qu’elle est chez elle, Re-I Mayer est agressée par une créature dont elle ne distingue pas la forme exacte. Au milieu du chaos que devient son appartement, Re-I n’a que le temps de voir une seconde créature intervenir et mettre la première en fuite avant de perdre conscience. A son réveil, elle a beau interroger l’enregistreur automatique du système de protection de son logement, rien n’apparaît. Même son Entourage nie les faits. Sceptique, Re-I décide d’enquêter discrètement. Un nom va peu à peu émerger de ses recherches, celui de Vincent Law, un immigrant qui court désespérément après le statut de concitoyen et qui paraît lié au mystérieux agresseur de Re-I. Elle décide de le surveiller mais réalise très vite qu’il est déjà poursuivit par la Sûreté… Re-I va devoir agir vite si elle veut obtenir des réponses car seul Vincent Law semble à même de lui révéler ce qu’est la créature mystérieuse qu’elle a vu, celle que les autorités cherchent à capturer et appellent Proxy.

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Produit en 2006 par le studio Manglobe, Ergo Proxy a tout de suite été classé comme un petit bijou d’ovni dans l’univers de l’animation nippone. D’abord parce que la technique de réalisation, sous le commandement talentueux de Shugô Murase allie la 2D et la 3D, idée originale et, osons le dire, un rien révolutionnaire pour une série animée. Il en ressort une grande fluidité dans les mouvements des personnages, une qualité supérieure dans le traitement des décors qui sont parfois relégués au troisième plan dans les séries d’animation. Dans Ergo Proxy, on peut apprécier la présence de l’environnement immédiat et plus large encore, définissant une cité futuriste, munie de hautes tours élancées, de sous-sols inquiétants, de routes, de rues pleines et vides à la fois tant elles sont hantées de vies qui se meuvent dans une ronde tellement commune qu’elles en perdent leur âme, de verrières qui encensent les lieux publics et les habitations, d’une lumière douce et peut-être trop discrète, d’espaces verts maîtrisés au millimètre près. Le travail sur l’aspect des protagonistes est plus fin que ce que l’on trouve alors dans la sphère animation.

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Que ce soit leurs caractéristiques physiques qui sont identitaires, l’expressivité réaliste des visages, l’idée futuriste qui s’attache au look de Re-I, à l’allure de Vincent qui change alors que l’histoire dévoile sa véritable nature, l’apparence des Autoreiv, celle du mystérieux ennemi Proxy et surtout la manière dont l’ensemble des personnages, importants ou simples figurants bougent relèvent d’une virtuosité qui rapproche cette animation du réel. Il y a même une confrontation entre les protagonistes qui défendent une quête de vérité ou cherchent à l’étouffer et les seconds rôles qui, de par leur anonymat physique, accentuent l’idée de complot, le malaise général quant à la manière dont est géré le monde trop parfait de Romdo.

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Ensuite vient le génie du scénariste Dai Satô. Certes, les codes de la SF mettant en scène une lutte de conscience au cœur de l’esprit synthétisé, robotisé, humanoïde, sont connus et repris ici. Mais ce n’est qu’une base qui est travaillée avec subtilité. Les trois premiers épisodes posent le décor, les héros, le fil conducteur de l’histoire. Le spectateur prend la mesure des enjeux à mesure qu’il s’attache aux pas de Re-I puis de Vincent. Avec eux, il parcourt Romdo depuis ses rues accueillantes jusque dans ses immeubles abandonnées ou ses sous-sols peu avenants, il observe l’attitude changeante de certains Autoreiv jusqu’au choc partagé avec l’héroïne de la révolte absolue : le Proxy massacre humains et robots sans discernement, sauf peut-être quand il est face à face avec Re-I. Mais pourquoi ? Et cette question qui hante Re-I imprègne l’esprit du spectateur qui ne peut se détacher de la suite des 23 épisodes avant d’avoir obtenu lui aussi des réponses.

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La fragrance inspiratrice d’Isaac Asimov, Ghost in The Shell ou même Blade Runner flotte derrière cette série mais avec un point vue encore différent, une enquête autre car elle mêle l’éveil de la conscience des robots, leur volonté de liberté, à une remise en question des humains, de leur mode vie décalé et castrateur. Les robots ne deviennent-ils pas le reflet de leurs créateurs ? Et leur besoin de liberté n’imite t-il pas celui auquel les hommes aspirent au plus profond d’eux-mêmes, quittes à s’exposer au pire ?
Enfin, les génériques de début et de fin d’épisodes, loin des grands élans musicaux propres à la japanimation de l’époque, lançait une nouvelle mode, celle de chansons d’artistes pop/rock qui écrivaient et chantaient non pour la série mais pour leurs albums et se voyaient sollicités pour que telle ou telle chanson soit utilisée pour une série animée. Monoral avec son titre Kiri illustre donc l’opening tandis que le très connu et minéral Android Paranoid de Radiohead met en valeur l’ending. Une combinaison sonore et artistique idéale, les textes s’alliant au propos de la série, et qui fait oublier la maigre présence d’une bande musicale interne aux épisodes.

En conclusion : même si l’on est sceptique, peu fan ou non réceptif aux séries animées, on ne peut qu’apprécier Ergo Proxy car elle peut se vanter de présenter une agréable complémentarité entre l’héritage occidental de la SF et une interprétation mêlée de culture japonaise. Et puis, encore aujourd’hui, peu de séries sont dotées d’une telle qualité d’ensemble.

Opening sur Youtube

Ergo Proxy
Studio Manglobe
Réalisateur en chef : Shugô Murase
Scénariste : Dai Satô
Année de sortie : 2006
23 épisodes
Editeur France : Dynamics