Le Coin des fous, Histoires horribles – Jean Richepin

Au menu de ce recueil de nouvelles : un professeur dément, deux vieilles à moustaches, un perroquet pluriséculaire, un paradis créé par deux sorcières noires, quelques aliénés, deux portraits qui ne peuvent pas se voir en peinture, une Ondine prisonnière d’un miroir, d’effroyables secrets, et bien d’autres diableries tout aussi poivrées.  Le Coin des fous (1921) porte bien son titre. Il oscille, en effet, entre folie et fantastique. À cet égard, le livre est un pur spécimen fin de siècle. C’est un réservoir de nouvelles à chute, et une mine à frissons…

Je ne suis pas extrêmement friande de nouvelles, mais après la découverte fracassante de Marches Nocturnes de Franck Ferric, je me suis prise d’affection pour les nouvelles fantastiques en tout cas. Ici, on se retrouve avec des nouvelles plus étranges que fantastiques; plus bizarres que merveilleuses, mais toutes, sans exception, empreintes d’une poésie et d’un lyrisme rares.

La préface très intelligente de Gérald Duchemin nous permet de découvrir en quelques lignes cet auteur méconnu du grand public et peu reconnu par ses pairs. Richepin ou un autre Toulouse-Lautrec un peu délirant et décalé.

L’auteur m’a semblé obsédé par l’idée du regard. Se regarder dans un miroir et y découvrir une ondine, découvrir son âme noire dans un miroir, un peintre qui ne sait pas peindre les yeux… Beaucoup des nouvelles de ce recueil portent sur la façon de regarder les autres. Me vois-je vraiment tel que je suis dans le miroir? Les autres voient-ils mon âme en me regardant dans les yeux? L’essence même d’une personne se situe-t-elle dans le regard?

Les étranges histoires de Richepin ne sont pas toutes fantastiques, mais la bizarrerie qui s’en dégage joue le même rôle qu’un conte merveilleux. Sorte de cabinet des curiosités, l’auteur nous propose des personnages hauts en couleur tout droit sortis d’un conte de fées, mais également bien ancrés dans une réalité désagréable, poisseuse, sombre voire misérable.

Certaines sont réellement bouleversantes comme « L’horloge » ou encore « L’homme-peste ». Les personnages mis en avant par Richepin sont tous à la fois torturés et passionnés par la Vie. À l’inverse, les deux ou trois histoires les moins captivantes restent compliquées à comprendre comme « Le legs » ou « Le cabri » avec un vocabulaire qui n’est pas facile à aborder et des idées tellement farfelues qu’on a du mal à adhérer.

Au final, Le Coin des fous est un savant mélange d’étrangetés, de malformations, de bizarreries et folies humaines avec une bonne dose de poésie et d’humour. Un ouvrage enrichissant et captivant, à découvrir absolument pour plonger dans les méandres de l’étrangeté…

Le Coin des fous – Histoires horribles

Jean Richepin

Préface « Des gueux aux fêlés » de Gerald Duchemin

Éditions Le Chat Rouge

20€

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