Le scénario de cette nouvelle série est l’œuvre de Stéphane Betbeder (Dogma, Inlandsis, Deep…) tandis que Stéphane Bervas, dont c’est la première apparition, a pris le dessin en main. Cette bande dessinée est la troisième à paraître dans la collection Soleil Anticipation chez Soleil Prod. Avec 2021, les auteurs nous proposent une vision flippante et innovante d’un avenir dédié à la guérilla urbaine. La présentation de l’éditeur termine de nous mettre l’eau à la bouche :

Quatre enfants soldats sont envoyés dans le territoire autonome de Détroit, Michigan. Leurs armes : des pouvoirs surnaturels limités, dont chaque utilisation les fait vieillir prématurément.
Leur mission avant de mourir de vieillesse : trouver et exécuter Ike Mercy, le leader insaisissable de la ville insurgée.

Ces quatre enfants aux pouvoirs surprenants, mais que pour ma part j’ai eu du mal à identifier, sont dirigés à distance par l’homme qui se fait appeler Father. Tout comme Ike Mercy, il dispose de pouvoirs psy qui lui permettent de diriger à distance sa jeune troupe. Dans ce futur, les Etats-Unis ont perdu leur souveraineté sur la ville de Detroit et Ike Mercy dirige la cité en droguant la population. La rébellion couve cependant dans les rues. Lorsque les Américains décident d’envoyer les enfants, ils n’ont semble-t-il pas encore pris la mesure de cette rébellion qui pourra, de l’intérieur, les aider à reconquérir la ville.

Les combats sont sanglants, mais restent relativement soft, bien plus que nombre de mangas qui passent sous mes yeux ces derniers temps. Les graphismes sont ultra réalistes et il convient d’associer Massimo Rocca, le coloriste, à ce rendu qui est assez stressant et adapté à la situation. L’idée de ces pouvoirs qui ont un prix est très intéressante. Le seul inconvénient est de savoir quel est l’intérêt des Etats-Unis à reprendre, avec ces mutants hautement technologiques, une ville en perdition. Certes, c’est l’intégrité du territoire national qui est menacée et il convient de faire un exemple pour que d’autres n’aient pas la même idée de sécession, mais je trouve que nous n’avons pas un éclairage suffisant de ce qui s’est passé avant ce premier volume. Il va sans dire qu’il y a certainement un vieux contentieux entre Father et Mercy, mais lequel ? Mystère.

De même, bien qu’ayant des pouvoirs adaptés à la situation, on a le sentiment que cette opération se déroule dans la plus grande confusion, voire improvisation. On en connaît l’objectif, mais c’est tout. Les imprévus dans une trame narrative en font sa richesse en termes de rebondissements et de personnages secondaires, mais ici je n’ai pas ressenti de construction, comme si la mission dont il est question n’avait pas été étudiée et préparée dans ses moindres détails par les militaires qui la dirigent. C’est très surprenant pour moi qui suis habitué à lire des histoires avec des scénarios souvent trop tortueux.

Je ne doute pas que l’univers de Stéphane Betbeder soit cohérent, mais je n’en ai pas saisi toute la trame dans ce premier volume. Il est normal qu’un auteur en garde sous le pied pour les volumes à venir, mais il faut lâcher un minimum d’informations pour que le public en redemande. On entrevoit bien que Mercy et Father se connaissent depuis longtemps, on est curieux de savoir qui est cet étrange enfant qui est utilisé en fin de volume, la relation de Mercy et de sa sœur est troublante et on aimera voir cela de plus près. J’ai un sentiment d’incomplétude avec ce volume qui, à mon sens, privilégie l’action au détriment de l’initiation à l’univers. C’est un avis tout personnel. Je trouve l’idée originale, avec une tension narrative réelle et des graphismes adaptés, mais l’absence de suffisamment d’informations dans ce premier volume me dérange. Le format n’est certainement pas aisé pour les auteurs afin de combiner le tout, mais je pense que ce sera corrigé dans les prochains volumes.

Les enfants perdus – 2021 T1
Scénario : Stéphane Betbeder
Dessin : Stéphane Bervas
Couleurs : Massimo Rocca
Editions Soleil Prod
Collection Soleil Anticipation
2012
13,95 €