Titans Of Creation – Testament

Testament fait partie de la vague des groupes de thrash metal mythiques apparus dans les années 80 tels que Metallica, Megadeth, Slayer, Anthrax et autre Exodus pour ne citer que les plus célèbres d’entre eux car ils sont légion. Et même si la popularité du groupe n’a jamais vraiment pu atteindre les sommets des mastodontes du genre, il n’en demeure pas moins que Testament a publié quelques-uns des plus beaux écrins dans le style. Ainsi au fil du temps, The Legacy (1987) ou The New Order (1988) sont-ils devenus des incontournables. Dans les années 90, le thrash perd de sa superbe (un certain mouvement grunge dégomme tout sur son passage) et les albums se vendent moins bien. Miné par d’incessants changements de line up et de gros soucis de santé chez certains membres du groupe, Testament connaît dans les années 2000 un important passage à vide. En 2008, 9 ans après leur dernier album studio en date, les thrashers sortent de l’ombre et publient enfin un nouvel opus intitulé The Formation Of Damnation. Dès lors, Testament connaît une seconde jeunesse et enchaîne les albums de qualité. Titans Of Creation, paru le 3 avril, est la 13ème offrande du groupe.

Dès Children Of The Next Level, le ton est donné. On retrouve illico le son et les mélodies caractéristiques des guitares de nos Californiens. Bien qu’ayant également écouté les productions récentes du groupe, Titans Of Creation m’a tout de suite replongé dans l’ambiance de leurs albums des années 80. Il y a un « je ne sais quoi » qui m’y a fait songer. Les mélodies des guitares y sont très certainement pour quelque chose avec bien souvent cette petite originalité qui fait le « son Testament ». Il faut écouter pour comprendre. Bref, Children Of The Next Level tape très fort d’entrée de jeu. Le tempo est rapide et maître Gene Hoglan (batterie) sait y faire pour alterner les débits et donner une force et des mouvements successifs incroyables au morceau. Le chant de Chuck Billy est quant à lui toujours aussi convainquant (quand on sait que le bougre est revenu d’un cancer en 2001…). WW III qui suit confirme mon sentiment : le Testament 80’s revient et démolit tout sur son passage ! Dès l’intro caractérisée par un gros riff de guitare assassin, on se dit qu’on va prendre cher. On n’est pas déçus ! Rythmiques énormes, basse vrombissante, batterie foudroyante et ce chant monstrueux de Chuck Billy. WW III ou bien : « Boum ! Dans ta face ! » Le morceau n’est pas plus rapide que son prédecesseur mais donne une fausse impression d’extrême vitesse tant les rythmiques sont thrashy avec un gros débit de riffs, sans parler du jeu de batterie de Gene Hoglan qui colle aux guitares et à la basse au beat de grosse caisse près. C’est du bon gros thrash qui tache ça mes amis ! Au bout du deuxième titre, on se dit qu’il y en a 10 autres derrière et que s’ils sont tous aussi efficaces, on va passer un sale moment ! Ah ! Ah ! Personnellement, ça me fait tellement plaisir d’écouter du Testament dont on a le sentiment de n’écouter que le 3ème album alors que le groupe en a sorti 10 autres depuis ! Et comme si les 2 premiers titres n’étaient pas suffisamment efficaces pour commencer, Dream Deceiver déboule dans nos oreilles. Et de manière tout à fait inattendue, le refrain dénoterait presque avec le reste du morceau de par son côté catchy dans la ligne de mélodie du chant. Assez surprenant au départ, l’ensemble se révèle diablement efficace au fil des écoutes. Chers lecteurs (et accessoirement amateurs de thrash metal), il faut ABSOLUMENT avoir écouté l’intro de Dream Deceiver : elle est tout simplement MONSTRUEUSE d’efficacité. Des nuques risquent fortement de se briser en live ! L’outro est d’ailleurs calquée sur le même modèle. Je reviens un instant sur le jeu des guitares de ce nouvel opus. Force est de constater que les années passent et que la paire de gratteux Alex Skolnick / Eric Peterson demeure toujours aussi affûtée. Les rythmiques sont saisissantes d’efficacité et les solos loin d’être en reste. À ce titre, celui de Dream Deceiver est un petit bijou du genre. Bref, les 3 premiers morceaux sont d’ores et déjà du pur bonheur pour tout amateur de gros son qui se respecte. Mais alors que dire du prochain ?! NIGHT OF THE WITCH !!! Retenez-bien ce titre mes amis car alors là ça fait très, très mal ! Un des meilleurs de Testament tout album confondu. Comment décrire avec de simples mots ce à quoi des oreilles peuvent se délecter ? Le morceau de thrash metal ultime ! Tout y est : des riffs de grands malades, un chant dévastateur, un pré-refrain et un refrain qui tuent… Bref, n’en jetez plus ! C’est réellement ce que Testament peut nous donner de meilleur. Night Of The Witch aurait pu sortir sur un album du groupe dans les années 80. J’insiste mais il y a vraiment un genre de retour aux sources qui émane de Titans Of Creation. Night Of The Witch est caractérisée par des couplets « plus thrash, tu meurs » et des gros refrains bien heavy. Le contraste est d’autant plus efficace et saisissant. On adore ! Avec City Of Angels, le groupe a l’intelligence de venir varier les ambiances. Les musiciens ont levé le pied. Les couplets demeurent thrashy (quel gros chant bien méchant de Chuck Billy !) alors que les refrains se veulent plus mélodiques. On apprécie également le jeu de basse de Steve DiGiorgio qui bénéficie d’un peu plus d’espace pour s’exprimer. Bien entendu, tout ceci est relatif. Il ne s’agit pas non plus d’une comptine pour enfants. Mais City Of Angels, quoique sombre dans ses aspérités, est un morceau plus nuancé que ses prédecesseurs. L’auditeur se complaît donc dans cette petite bouffée d’oxygène après 4 titres bien rentre-dedans. Et Ishtar’s Gate enfonce un peu plus le clou. Après une intro aux ambiances franchement orientales, le titre prend une tournure plus thrash à l’entame du premier couplet puis du refrain. À mi-morceau, les ambiances orientales refont surface juste avant l’arrivée des deux solos. À l’instar de City Of Angels, Ishtar’s Gate nous livre donc un thrash nettement moins agressif et caractérisé par une réelle recherche d’originalité dans les ambiances. L’intro de Symptoms m’a fait penser à celle de Tailgunner d’un certain… Iron Maiden. Surprenant, non ? Ah ! Ah ! Cette sensation est bien vite balayée par l’assommante machine à faire du thrash qu’est Testament. Heavy à souhait, le titre n’est malgré tout pas le plus original de l’album, la faute à un refrain un peu trop classique dans son approche. Avec False Prophets, Testament ressort l’artillerie lourde. Mais l’effet de surprise des premiers titres est déjà passé. Ceci dit, le morceau est très entraînant. Quel jeu de double grosse caisse de Gene Hoglan ! De nouveau, l’auditeur passe un excellent moment. Impossible de ne pas avoir envie de taper du pied ou de se démettre la nuque sur un tel titre ! L’intro de The Healers avec son riff très rock frappe à la porte de nos tympans et nous nous en réjouissons : elle sonne du feu de dieu ! Après les 2 intermèdes que formaient City Of Angels et Ishtar’s Gate, Testament a lentement mais sûrement remis un petit coup de pied sur la pédale d’accélérateur. Rapidement, The Healers devient plus thrash et la double grosse caisse de Gene Hoglan rugit à nouveau. Le break se fait plus heavy avant un redémarrage en trombe puis un retour du riff principal. Un excellent morceau !

Place à la basse de Steve DiGiorgio sur l’intro de Code Of Hammurabi, rapidement rejointe par les guitares. La mélodie est très plaisante. Un petit air oriental flotte sur Code Of Hammurabi malgré le côté indéniablement thrash metal du titre. Testament est un groupe qui affectionne ce genre de mélodies soit dit en passant. Indéniablement, les morceaux les plus explosifs de Titans Of Creation ont été placés dans le premier tiers de l’album. Même si la seconde moitié du disque demeure fort plaisante, le côté gros thrash qui tache s’est quelque peu estompé au profit de titres privilégiant l’aspect mélodique du groupe. Mais peu avant la fin de l’album, Curse Of Osiris remet les pendules à l’heure. Et de quelle manière ! Pédale au plancher, Testament hypnothise son auditeur et ose même s’aventurer sur un terrain carrément death metal sur les refrains ! Durant un instant, le chant de Chuck Billy prend la tournure d’un autre Chuck : Schuldiner ! Faut-il le rappeler mais la section rythmique officiant sur ce Titans Of Creation est aussi celle qui a oeuvré durant un temps aux côtés du feu leader de Death dans les années 90. Une référence ! Curse Of Osiris prend donc les allures d’une claque dans la gueule de l’auditeur et sans masochisme aucun, du genre de celle qu’on redemande ! De manière très étrange, Testament décide de conclure Titans Of Creation par un instrumental très court aux allures de B.O. de peplum égyptien. Guitares, basse et batterie nous convient à un bref voyage aux allures de marche militaire antique bientôt enveloppée d’une mélodie de synthé puis de choeurs grandiloquents, le tout dans une atmosphère à la Cecil B. DeMille. Surprenant mais cohérent au vu des thèmes abordés durant l’album. Son titre ? Catacombs !

Les années passent et Testament n’en finit pas de nous surprendre depuis sa renaissance en 2008. Le groupe aurait pu s’enliser dans un thrash metal daté et manquant d’inspiration mais c’est bien tout le contraire qui se produit ! Les Californiens n’ont jamais aussi bien sonné depuis les années 80. Les compos sont solides et ce Titans Of Creation à la production en béton ne fait qu’ajouter une pierre de plus au nouvel édifice du groupe érigé depuis la fin des années 2000. Aux côtés des poids lourds que sont Metallica, Megadeth, Slayer ou Anthrax, Testament n’a absolument rien à leur envier d’un point de vue purement artistique et figure parmi les plus fervents ténors de la scène thrash metal américaine et thrash metal tout court.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *