Entretien avec Guillaume, Mathieu, Morgan et François de Abduction

Le nouvel album d’Abduction sort le 29 avril et, en tant que grand fan de leur musique, après le succès de Une Ombre régit les Ombres et A l’heure du Crépuscule. J’ai donc pris le temps d’envoyer un mail au groupe pour leur poser quelques questions sur ce concept album, Jehanne, qui m’a tout simplement subjugué, le groupe prenant en maturité et en complexité musicale.

Bonjour, c’est la troisième fois que l’on se croise sur eMaginarock, votre troisième album, troisième interview. Bon dites-moi vite fait qui vous êtes car je ne pense pas que vous ayez chacun changé de rôle.

Guillaume : Bonjour ! Nous sommes toujours le même groupe, même line-up. Nous pratiquons toujours un style black metal mélodique, qui se veut épique et mélancolique. Nous sommes toujours passionnés par l’Histoire de France et les atmosphères nostalgiques.

Jehanne est le nouvel album du groupe. Tout d’abord pourquoi un concept album, vu que le groupe en lui-même tient du concept ? Et pourquoi Jeanne d’Arc ?

Le groupe tient du concept dans le sens où nous nous efforçons de créer des ambiances qui évoquent la fugacité du temps qui passe et renvoient à un fort sentiment de nostalgie, tout en exaltant notre patrimoine historique. Consacrer un album entier à une figure qui renvoie à une époque aussi fortement romancée et fantasmée que le Moyen-Age nous semble donc cohérent. Jeanne d’Arc est personnellement la figure historique qui m’a toujours le plus fasciné depuis l’enfance, je suis profondément attaché à son histoire, sa personnalité… Et les réactions suite à la révélation du sujet de l’album nous confirment que nous sommes loin d’être les seuls à être subjugués ! Se plonger dans son épopée en concevant cet album fut un voyage fascinant, duquel nous n’avons d’ailleurs pas très envie de revenir tant il s’est avéré fort en émotions !

Est-ce que sur cet album vous avez changé votre manière de travailler ?

François : Oui et non. Avant même que nous ne commencions à enregistrer « A L’Heure Du Crépuscule », nous savions déjà que notre troisième album serait consacré à Jeanne d’Arc. Lorsque Guillaume trouvait des riffs ou des mélodies particulièrement épiques ou tragiques, il les mettait donc de côté pour Jehanne. Une fois que nous avons disposé d’assez de matière et que Guillaume et Mathieu (Taverne, basse, qui prend en charge l’essentiel de l’écriture des textes) se sont mis d’accord sur un arc narratif, il a fallu sélectionner les riffs et les assembler afin de s’assurer qu’ils collent au mieux à l’histoire racontée. Le fait de travailler sur un concept album a poussé le groupe à se montrer encore plus rigoureux que de coutume dans son approche de la composition. C’est d’ailleurs l’une des choses que je préfère sur l’album ; au-delà des paroles, la musique en elle-même « raconte » quelque chose. La deuxième chanson de l’album « Par Ce Coeur Les Lys Fleurissent », par exemple, est basée sur la libération de la ville d’Orléans par Jeanne en 1429. Si l’on retrouve cette alternance des chants et des atmosphères propre à la musique d’Abduction, le morceau possède un allant, une puissance, un côté conquérant qui illustrent les faits que nous évoquons. Rien à voir avec l’atmosphère tragique et plus solennelle de « Aux Marches De Lorraine », conclusion qui s’attarde sur les derniers moments de la vie terrestre de Jeanne, avant le bûcher. Par ailleurs, notre manière de travailler évolue progressivement de disque en disque car nous nous connaissons de mieux en mieux sur le plan musical. Ainsi, j’ai pu apporter davantage de suggestions quant aux mélodies de chant et aux harmonies vocales, et même accompagné Guillaume dans l’écriture de l’une des deux brèves lignes de violoncelle présentes sur l’album. L’identité d’Abduction en tant que véritable groupe s’affirme de plus en plus à chaque nouvelle sortie, et cela me ravit.

Morgan : Pour cet album, nous avons pu prendre le temps de retravailler les compositions en studio. Durant l’enregistrement du chant notamment, des idées ont germé avec de nouvelles lignes de guitares ou encore des parties de batterie retravaillées pour s’ajuster au chant de François et certaines intonations. Ca a été un travail vraiment fantastique et une expérience inoubliable, toujours avec le soutien de Déhà qui nous a encore une fois poussé dans nos retranchements.

Comment avez-vous travaillé sur le livre qui accompagne le CD ? Et pourquoi justement sortir ce livre ?

Guillaume : Nous avons pensé ce livre comme un complément à l’album, pour ceux que le concept intéresse le plus. Il n’est évidemment pas indispensable pour écouter Jehanne, mais je considère que l’expérience « ultime » consiste à écouter l’album tout en parcourant le livre durant le déroulement de chaque morceau. Ainsi, toutes les références sont expliquées et détaillées, et cela permet aussi de comprendre pourquoi nous avons découpé les morceaux de cette manière, et ce qu’il se passe précisément durant chaque segment de l’épopée. Nous avons écrit les textes de Jehanne sur la base de nombreuses lectures et documentations au fil des années, et c’est ensuite en partant des textes de l’album que nous avons détaillé chaque morceau afin de retracer le parcours de Jehanne, pour aboutir à un livre de 52 pages qui résume son épopée de manière simple et – nous l’espérons -complète, mais qui -nous l’espérons d’autant plus – pourra donner envie aux auditeurs de creuser le sujet !

Qui a réalisé le visuel de l’album ? Comment avez-vous travaillé avec lui/elle ?

Il s’agit d’un tableau du peintre Paul de La Boulaye (1849 – 1926). Il s’intitule « Sainte Jeanne d’Arc » et a été exécuté en 1909. Cette vision de Jehanne nous parle beaucoup et colle selon nous à merveille à la musique que nous avons composé pour ce concept. Nous avons disposé de la pochette très tôt dans le processus, ce qui nous a permis de l’utiliser comme support visuel, aussi bien lorsque nous écrivions que lorsque nous enregistrions.

Qu’est-ce que vous avez de prévu comme clips pour soutenir la sortie de l’album ?

François : Un ami proche du groupe nous a déjà fait des suggestions très intéressantes à ce sujet, mais nous ne savons pas encore s’il sera possible de concrétiser ses idées. Comme souvent, c’est une question de temps, de moyens… Le sujet nous tient tellement à cœur que nous tenons à faire les choses bien. Je ne peux donc répondre à cette question pour l’instant… Cela dépendra des opportunités qui se présenteront.

A quand une date sur Paris, que je puisse enfin vous voir ? Et plus sérieusement quelles sont les prochaines dates prévues pour le groupe ?

Guillaume : Il n’y a toujours rien de prévu de ce côté car nous sommes toujours face au même problème : nous vivons tous en des endroits éloignés et certains d’entre nous sont très occupés, ce qui pose de nombreux problèmes d’organisation pour répéter convenablement ensemble. Néanmoins, l’épreuve des planches nous attire toujours plus et nous n’avons pas abandonné l’envie de nous y frotter car nous sommes persuadés que nous pourrions donner une seconde vie à nos morceaux sur scène. Nous allons tâcher de répéter autant que possible dès cette année, si tout se passe comme nous l’espérons.

Merci pour toutes ces réponses et à bientôt !

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