L’Empreinte du démon – Sianim – Patricia Briggs

Lorsqu’un mystérieux assassin s’attaque à la noblesse des Bois du Sud, lord Kerim fait appel aux services de Sham, voleuse et sorcière, pour le démasquer. En se faisant passer pour la maîtresse de Kerim, la magicienne mène l’enquête derrière les hautes murailles du château de Finisterre. Mais son adversaire fait preuve d’une habileté démoniaque…

Pour vaincre, Sham a besoin d’alliés, mais comment distinguer les faux amis des vrais traîtres ?

Un résumé fort alléchant pour un roman relativement court – un format poche de moins de 400 pages – qui promet une enquête au cœur d’un monde fantasy, entre magie et intrigues de cour. Et la promesse est tenue : l’univers est riche, l’action bien présente, les rebondissements intéressants et bien pensés, mais le tout est, de mon point de vue, très sous-exploité. Si j’ai passé un moment très agréable en compagnie de ce roman et que je n’hésite pas à en présenter les bons côtés, il m’en reste a posteriori un goût de trop peu.

L’entrée en matière a été un peu difficile de mon côté. L’Empreinte du Démon semble être le 4ème tome de Sianim et bien qu’il ne m’ait manqué aucun élément de compréhension pour suivre l’intrigue, l’univers m’était complètement inconnu. Les descriptions permettant de le mettre en place m’ont paru lourdes et maladroites pour tout ce qui concerne la géographie, mais trop légère pour bien appréhender la magie et la façon dont elle est pratiquée. Peut-être est-ce mieux présenté dans les tomes précédents, ou peut-être est-ce dû au fait que la magie est cachée par les natifs de Bois du Sud à leurs envahisseurs et persécuteurs Cybelliens ? Rien de bloquant toutefois, si ce n’est le style qui m’a paru assez inégale dans le traitement de ces sujets. De la même manière, je n’ai pas réussi à apprécier Sham dès le début, à cause d’une présentation qui accentuait à l’excès certains aspects de son caractère. Tout est fait pour en faire une héroïne badasse, ce qui donne un résultat exagéré qui m’a fait lever les yeux au ciel à plusieurs reprises. Tout comme certains dialogues qui se veulent très spirituels et subtiles et qui ne sont finalement que de très lourds échanges de provocations.

Cependant, après une petite cinquantaine de pages, tout cela se lisse miraculeusement, et je me suis retrouvée prise par l’intrigue et séduite par les personnages. Le duo formé par le seigneur du château et la jeune voleuse du ghetto fonctionne parfaitement, les traits d’humour font sourire et on suit l’enquête avec grand intérêt.

C’est à ce moment là que surgit le problème du trop peu. Nous rencontrons une multitude de personnages secondaires, voire tertiaires, qui n’ont aucune importance si ce n’est celle d’être des coupables potentiels. Ils auraient pu être bien plus étoffés et mis en relief, afin que le lecteur ressente la difficulté pour l’enquêtrice de trouver un meurtrier dans une botte de traîtres. Les conditions géopolitiques qui sont évoquées auraient permis de créer des suspects désignés et davantage de rebondissements si elles avaient été exploitées. De la même manière, le développement temporel de l’enquête paraît trop rapide : de longues ellipses au début nous font perdre de vue l’avancée – plutôt la non-avancée – de l’enquête, alors que tout se précipite presque trop facilement à la fin. Le temps n’ayant pas de conséquence que sur l’intrigue, les relations entre les personnages sont également impactées par ce phénomène : la confiance se tisse un peu vite pour des personnages très méfiants, l’affinité qui apparaît avec évidence vient également trop rapidement à mon goût. Les pouvoirs des créatures rencontrées sont également peu explorés, même si tout est très bien expliqué.

C’est un point que j’accorde volontiers à ce roman : les détails sur la partie fantasy du monde sont donnés avec beaucoup de naturel, passé le début que j’évoquais précédemment. Le procédé utilisé est simple mais efficace : Sham, magicienne pratiquante, éduquée dans une culture centrée autour de la magie et de ses créatures, doit sortir lord Kerim, cybellien et donc sceptique, de son ignorance. Ça passe par des explications claires et simples, ainsi que par des légendes et contes issus de la culture des Bois du Sud. Sans être particulièrement innovante, la magie et les créatures présentées ici sont également efficaces pour soutenir l’intrigue et l’univers.

Les personnages principaux, que je compte au nombre de quatre, sont les seuls éléments à être bien développés, dans leur caractère et leur historique. En revanche, pas d’originalité à chercher de ce côté là non plus, ni dans leur personnalité, ni dans la manière dont ils sont rendus attachants. La jeune héroïne agit par vengeance après avoir perdu son maître, dernier membre vivant de son entourage proche qui a été massacré pendant l’invasion. Le seigneur de ces terres, et donc représentant des envahisseurs, est un grand guerrier, accompagné d’une légende à sa mesure, mais affaibli et cloué dans un fauteuil par un mal mystérieux. Et on ajoute à cela le majordome de longue date loyal à l’extrême et une jeune recrue qui doit tout à la générosité du seigneur. Une petite équipe que l’on prend plaisir à suivre.

J’ai beaucoup apprécié l’enquête en elle-même, bien que les solutions m’ont semblé parfois un peu trop simples. C’est cette intrigue sur fond de meurtres qui rend cette histoire si addictive et pousse à avaler les pages. Le dénouement est bien trouvé et j’ai aimé le cheminement de Sham pour y parvenir.

Je n’en ai pas eu assez. Voilà ma conclusion. C’est sûrement parce que j’ai aimé tous les éléments que je suis un peu déçue. Tout y est pour donner un superbe roman de fantasy, mais trop peu de choses sont exploitées et réellement creusées. Je ne crois pas qu’il y ait une suite, elle n’est d’ailleurs pas nécessaire du point de vue de l’histoire, mais j’aurai aimé suivre davantage ces personnages et découvrir un peu plus de cet univers avec eux. Une lecture agréable, simple et efficace pour qui recherche de la fantasy courte et sans prise de tête.

L’Empreinte du Démon – Sianim
Patricia Briggs
Bragelonne
2019

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