Toute résistance serait futile – Jenny Colgan

Résistance [500 x 500]Connie Mac Adair, jeune mathématicienne émérite, décroche un contrat qui devrait lui permettre de se consacrer toute entière à ses recherches. Mais les dés, elle ne va pas tarder à le découvrir, sont légèrement pipés : contrat secret défense, centre de recherches dont on ne peut pas vraiment sortir. Elle y travaille en compagnie de Sé, Arnold, Evelyn, Luke Beith, Ranjit et autres mathématiciens de haut vol. Elle en a déjà rencontré quelques-uns à des congrès, elle a entendu parler des travaux des autres. Leur mission : déchiffrer un signal venu de l’espace, qui prouve l’existence d’une véritable intelligence dans le cosmos. Connie approche de la solution. Et elle ne tarde pas à tomber sous le charme de Luke Beith, qui apparaît comme un véritable extra-terrestre. Non pas parce qu’il correspond à la perfection à l’archétype du savant distrait, mais parce qu’il n’a pas de téléphone portable et qu’il n’a jamais mangé de pizza.

Mais le professeur Hirati, qui chapeaute le petit groupe, est bientôt assassiné. De plus, son cadavre a subi des modifications impossibles. Un véritable extra-terrestre serait-il déjà sur place ? Et Luke ne serait-il pas véritablement l’ET à l’origine de toute cette histoire ? Nigel, agent du MI 5 chargé de surveiller tout ce petit monde, s’en arrache les cheveux. Et ne parviendra pas à empêcher Luke et Connie de s’enfuir. Leur but, pourchassés par toutes les polices de la terre, n’est rien d’autre que de filer en ligne droite de l’Angleterre à la Biélorussie. Et aussi de sauver le monde, que les extra-terrestres menacent de détruire. Mais avec un ET dans l’équipe, on devrait pouvoir venir à bout de toutes les menaces.

Une pointe de romance, une pointe de récit policier caricaturé au goût des lectrices (« Une femme qui s’enfuit de son propre chef avec un homme qui lui plaît emporte toujours son nécessaire d’épilation », déclare, sentencieux, le Sherlock Holmes de service), une touche de science-fiction, une menace d’apocalypse, un road movie et quelques rebondissements attendus ou non, constituent les ingrédients de ce récit accessible à toutes.

Les facettes soi-disant scientifiques de ce roman publié sous le bandeau « L’univers parle deux langues, les mathématiques et l’amour »  n’effraieront en effet personne : malgré les remerciements à des spécialistes de mathématiques placés en introduction, les aspects mathématiques ne font rien d’autre que dégringoler à rebours une droite d’équation x=y des entiers positifs en direction de son point d’origine, c’est à dire vers le zéro. Toute personne sachant lire (même mal, car il n’y a pas besoin d’un vocabulaire très étendu pour arriver au bout de ce roman) en sait assez en mathématiques pour suivre une intrigue vraiment pas très compliquée. Même une blonde peut suivre, c’est dire. C’est d’ailleurs une blonde qui souffle au policier la solution de son problème… mais sans le vouloir et en proférant une idiotie, donc l’honneur des blondes est sauf.

Les quatre cents pages – écrites gros et consistant surtout en dialogues – s’avalent donc à toute vitesse et sans difficulté aucune. Le ton léger, l’absence de style concourent à faire de « Toute résistance serait futile » un ouvrage non pas futile, mais assez superficiel. L’on pourrait donc dire, à ce stade, que « Toute résistance serait futile » est fait pour être lu sur la plage, entre  deux applications de crème solaire ou deux coups de fil entre copines. Mais, une fois arrivée la happy end fort romantique – et parfaitement prévisible – que toutes attendaient, Jenny Colgan redistribue les cartes en faisant repartir les négociations avec les extra-terrestres pour un tour de manège, en installant des éléments de drame qui ont comme un soupçon, en moins fort, de ce tragique que l’on peut ressentir à la lecture de « L’homme tombé du ciel » de Walter Tevis, et en décrivant les trajectoires ultérieures de plusieurs personnages, secondaires ou de premier plan, à la manière des grands romans classiques. Une toute dernière partie qui donne au roman, in extremis, un peu de corps, un peu de cette densité, un peu de cette émotion qui jusqu’alors lui faisaient défaut.

Toute résistance serait futile

Jenny Colgan

Traduction de Emmanuelle Casse Castric

Couverture : Pietari Posti

Editions Milady

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