projet-sinSeul ou avec Douglas Preston, Lincoln Child écrit depuis longtemps des thrillers destinés à un large public, avec souvent des composantes empruntant aux littératures de genre. « Projet Sin », qui met en scène l’investigateur Jeremy Logan, porteur d’un don d’empathie à la limite du surnaturel,  ainsi que des avancées inquiétantes de la science, entre à son tour dans cette catégorie.

Jeremy Logan est énigmologue. En d’autre termes, investigateur et chasseur de fantômes. Dix ans auparavant, il a travaillé à l’institut Lux avant d’en être évincé sur pressions de certains collègues qui jugeaient ses travaux trop peu scientifiques. Il y est rappelé par son directeur pour mener l’enquête sur un suicide épouvantable survenu entre ses murs.

L’institut Lux : un « think tank » regroupant plus de deux cents chercheurs et autres membres du personnel dans une demeure de Rhode Island construite par un magnat dans les années 1880. Une gigantesque folie architecturale de style édouardien, à laquelle le magnat a intégré non seulement un monastère français démonté pierre par pierre et remonté à l’identique, mais aussi des menhir entourés d’un cromlech. Un luxe extravagant et des couloirs sans fin, dont le fameux Lady’s walk, que l’on dit hanté par un fantôme, ainsi qu’une aile ouest fermée depuis les années soixante-dix. Une aile ouest à la réhabilitation de laquelle était affecté l’informaticien en fin de carrière qui vient de mettre fin à ses jours.

Le titre original  du roman, « The forgotten room », était, sans en révéler trop, bien plus évocateur que le titre français. C’est en effet dans une chambre murée, dissimulée, que se trouve la clef de l’énigme – la clef non seulement  du décès sur lequel Logan enquête, mais aussi  de bien d’autres mystères. Une pièce dans laquelle se trouve un étrange dispositif élaboré dans les années trente et que l’Institut, effrayé par ses possibilités, à préféré mettre en sommeil prolongé.  « Le projet S est une boîte de Pandore », déclare un des personnages. L’enquête menée par Jérémy Logan conduira en effet à bien des surprises.

Une demeure mystérieuse, un peu de surnaturel, une pointe d’anticipation à l’ancienne, une structure de thriller : malgré ces éléments prometteurs, les lecteurs les plus exigeants resteront sur leur faim.  Le roman peine en effet à se différencier du thriller standard, industriel,  conç pour passer un bon moment, mais aussi pour être oublié après avoir été lu. Linéaire, simpliste, manichéenne, parfois involontairement caricaturale, l’intrigue peine à convaincre. Le final, qui se veut dantesque, dans un orage tel qu’est décrété l’état d’urgence, aurait pu être échevelé mais sombre dans une surenchère de péripéties qui sont loin d’être crédibles. Et surtout, l’écriture n’emporte jamais le lecteur. Monocorde, traitant tout élément sur le même ton, sans jamais gagner en intensité, elle donne l’impression que jamais Lincoln Child ne cherche vraiment à marquer le lecteur. Alors que cette immense bâtisse était propice à l’instauration d’ambiances particulières, alors que la chambre perdue devrait générer une véritable inquiétude, cela n’est jamais le cas. Jeremy Logan a-t-il un pressentiment ? La chose est traitée en deux lignes et le personnage fait demi-tour sans plus d’explications. Les passages où il fait preuve de son don d’empathe sont expédiés aussi rapidement que les autres. Comme si l’auteur cherchait simplement à avancer, sans jamais prendre le temps de s’intéresser à son récit ou à ses personnages.

Ces limites tiennent au rythme que l’auteur s’impose : cinquante-deux chapitres suffisamment courts pour éviter que l’attention du lecteur ne faiblisse. Plus encore que des chapitres, ce sont des séquences. Le roman suit les codes et découpages du métrage hollywoodien ou du feuilleton télévisé (jusqu’au chapitre introductif destiné à présenter le personnage, a posteriori inutile et en total décalage avec l’ensemble), préfère le rythme à la densité, privilégie les rebondissement plutôt que la cohérence. Mais reconnaissons à ce volume des qualités : il apprendra au lecteur ce que sont l’obfuscation, les colonnes salomoniques, les forces ecténiques, l’intervalle du diable, et attirera les plus curieux vers la biographie du compositeur  Charles Valentin Alkan. Quant à ceux qui s’insurgent dès qu’un passage est dense, écrit, fouillé, travaillé, ceux qui veulent avant tout une histoire qui va vite, ils trouveront  avec « Projet Sin » un roman facile à lire, sans aucun temps mort, qui devrait les tenir en haleine.

Lincoln Child

Projet Sin

Traduit de l’américain par Fabienne Gondrand

Couverture : Nicolas Galy

Editions J’ai Lu