tarvelcharognetangoComment ne pas remercier Julien Heylbroeck, Schweinhund et, bien sûr, Robert Darvel de ressusciter au travers de cette collection Trash chez Trash Editions la merveilleuse collection Gore du Fleuve Noir ? J’en ai lu, bien avant d’avoir l’âge requis pour le faire. Que de souvenirs avec des titres aussi évocateurs que Les horreurs de Sophie, La cervelle contre les murs ou Bruit crissant du scalpel sur les os et des noms d’auteurs si étranges, derrière lesquels se cachaient souvent des hommes et des femmes connus pour des œuvres plus cadrées. Non, vraiment, la collection Gore m’a rassuré quand j’ai découvert qu’on pouvait tout écrire. Peu importe si le public doit se limiter, comme l’annonce la collection Trash, aux seuls adultes consentants. Nous retrouvons l’esprit Gore avec le logo de la collection Trash qui reprend le graphisme de son aînée. De même, la superbe représentation de cette jambe arrachée dont on imagine que l’os visible suinte encore d’une moelle épaisse et chaude et que nous devons à Vitta van der Vulvy – improbable mais charmant – est tout à fait dans l’esprit Gore.

Cessons de ressasser le passé et parlons Trash, une belle collection horrifique dont je vais évoquer le dixième volume qui s’intitule Charogne Tango et que nous devons à l’auteur prolifique et littérairement protéiforme qu’est Brice Tarvel. Il relève le défi Trash pour la deuxième fois après Silence rouge. Ici nous nous trouvons plongés dans l’univers de Gonzalo. Nous découvrons d’abord sa famille, ses origines et revivons la mort assez particulière de son père, il y a bien longtemps de cela. Il aime tuer, mais a jusqu’à maintenant repoussé l’échéance. Jusqu’à ce soir, où c’est le grand soir.

Sa première victime, pour de vrai, devient vite un fardeau. Assez souvent les tueurs dans ces séries font des erreurs qui pourraient les faire arrêter par la police. Mais ils ont également souvent de la chance et peuvent poursuivre leur œuvre. La chance pour Gonzalo sera assez inattendue, mais il va vite se sentir démuni face à bien plus tordu, sanguinaire et blasé que lui. Il va alors se trouver pris dans une spirale dont il essayera de temps à autre de s’échapper.

Nous aurons ici notre lot d’éviscérations, de sexe et de mutilations diverses. La violence engendre une violence toujours plus grande, plus crue. Nous ne pouvons pas ne pas éprouver d’empathie pour le monstrueux Gonzalo qui se retrouve face à quelque chose qui le dépasse. Son destin de tueur qui s’annonçait prometteur lui échappe, même s’il peut exprimer partiellement son art, sans en éprouver le plaisir. Brice Tarvel donne à son héros une réelle profondeur en nous restituant ses sentiments, dans l’adversité.

Le style est fluide et il n’est pas laissé de repos au lecteur qui lit l’ouvrage d’une traite comme un road tripes – c’est volontaire – à cent à l’heure. Les scènes se suivent et l’action se poursuit, sans trêve, jusqu’à un final qu’on devine assez aisément, car souvent convenu dans ce genre. L’auteur, facétieux, n’hésite pas à accélérer le train, sans faire dans la démesure. De plus, il arrive à caser, de ci de là, de bons mots de la langue française trop peu usités, mais encore faut-il arriver à les placer. Il y arrive pour notre plus grand ravissement. Un roman pour adultes, mais Dieu que c’est bon un peu de sang frais dans une littérature aseptisée qui, à force d’avoir peur de choquer, risque de devenir insipide. Merci à Trash Editions et merci à Brice Tarvel pour cette lecture qui m’a rappelé bien des souvenirs de lecteur, une bonne saignée de jouvence.

Charogne Tango
Brice Tarvel
Couverture Vitta van der Vulvy
Trash Editions
Collection Trash
2014

6,00 €