chihiroLa renommée artistique du Studio Ghibli a passé les frontières du petit archipel nippon et chaque nouveau film semble fait pour sublimer plus encore l’art de son créateur Hayao Miyazaki. Remportant un succès en salle plus important que celui de Titanic aux USA (en 2001), mais aussi de prestigieux prix tels que celui de Meilleur film de l’année au Japon, le Lion d’Or du Festival de Berlin et 3 Oscars (Meilleur film d’animation, Meilleure musique de film, Meilleure chanson), Le voyage de Chihiro est encore à ce jour le film d’animation le plus extraordinaire du mythique studio.

Chihiro est une boudeuse… A 10 ans, elle ne cesse de se plaindre sur la banquette arrière de la voiture familiale en route vers un nouveau lieu de vie car elle a dû quitter son école et ses amis pour emménager bien plus loin. La petite fille est bien décidée à montrer sa désapprobation même lorsque ses parents s’égarent et tombent sur un petit chemin pittoresque qu’ils souhaitent explorer. Cette petite pause est bienvenue pour la famille qui s’aventure et découvre les vestiges d’un parc à thème abandonné. Le couple décide de visiter les lieux et fait halte devant une gargotte qui n’est pas si déserte : plusieurs plats appétissants n’attendent que d’être mangés! Ni une ni deux, père et mère se mettent donc à table, engloutissent goulûment la nourriture tandis que Chihiro décide de continuer seule à explorer cet étrange décor. Personne à l’horizon, elle se laisse mener par les ruelles bordées de maisons japonaises à l’ancienne jusqu’à une sorte de palais gigantesque. Soudain, alors que le soleil décline, elle est surprise par un garçon. Sans explications, il lui ordonne de partir avant le coucher du soleil. Chihiro retourne sur ses pas pour constater que des lumières illuminent soudain la petite ville, que des ombres fantomatiques et inquiétantes surgissent tout autour d’elle. La fillette court alors à la recherche de ses parents. Quand elle les trouve enfin, ils sont devenus des cochons! Terrifiée, Chiriro s’enfuit mais réalise qu’elle est prisonnière des lieux coupés du monde par une vaste étendue d’eau venue de nulle part. Pire, elle voit ses membres devenir translucides. Alors qu’elle pleure dans un coin le mystérieux garçon, Haku, la rejoint et lui explique tout : elle se trouve dans le royaume de la sorcière Yubaba, le Palais des Bains est sa demeure. Si elle ne veut pas disparaître, elle doit faire en sorte que la sorcière accepte qu’elle travaille pour elle. Car Yubaba transforme tous les êtres inutiles à son monde en animaux qui sont ensuite… cuisinés! Chihiro va connaître un quotidien difficile, fait de dur labeur et de rencontres fascinantes peuplées de divinités et de magie. Mais si elle veut sauver son existence et celle de ses parents, elle n’a pas le choix…

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Le Voyage de Chihiro est un conte comme seul Miyazaki sait les écrire et les raconter. Encore une fois, le réalisateur a choisi le monde de l’enfance pour son film, non seulement grâce à cette petite héroïne à la fois attachante et trop gâtée mais aussi parce que l’univers même qui lui sert de décor rappelle sans nulle hésitation les rêves et cauchemars qui peuplent l’esprit des enfants.

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Chihiro est assez différente des précédentes héroïnes de Miyazaki, elle n’est pas charismatique, elle n’est pas forcément très jolie, elle a un sale caractère au début de son aventure. Mais elle n’en est que plus attachante, réaliste, et son évolution face à cette terrible épreuve apporte une belle dose de suspense et attise la sympathie. Car Chihiro se révèle à elle-même : elle devient courageuse, généreuse et s’oublie un peu pour s’intéresser aux autres et, au besoin, les aider. Ce personnage de fiction incarne le premier message de Miyazaki comme quoi on grandit pour soi mais aussi par et pour les autres, que grandir est un rude combat qui force à quitter le doux cocon d’insouciance pour les réalités. Tour à tour touchante, amusante, attendrissante et drôle, Chihiro transforme la vie de ses compagnons de vie à mesure qu’elle assume son nouveau quotidien. Et son voyage devient celui de tous, y compris des spectateurs. Si la sorcière Yubaba est effrayante, elle porte les autres paraboles de Miyazaki. Elle enseigne le soin qu’il faut apporter aux divinités de tous poils, du point de vue japonais traditionnel entendez des entités de la Nature, tant souillées par les humains et leurs activités qu’elles doivent régulièrement venir au Palais des Bains. Son avidité est ce qui la perdra. Contrairement à Chihiro qui ne veut que lever le sort qui l’emprisonne avec ses parents, la sorcière ne recherche que les richesses (les parents de la fillette n’ont-ils pas volé son bien en se servant sans être invité s?) et emprisonne des centaines d’êtres vivants de tous genres par pur appât du gain. Maux habilement dénoncés par un autre personnage, privé de parole (ou presque), sorte d’esprit fantôme qui attire ses proies avec de l’or et ne cessera d’insister auprès de la fillette pour qu’elle accepte ses cadeaux, en vain, au point qu’il laissera exploser une crise de folie mettant à sac les bains et donc le commerce de Yubaba. Non, Chihiro apprend et nous apprend que seuls comptent les sentiments, le lien qui nous unit aux autres, cet amour pour lequel on est prêt à tout affronter. Elle livre son combat avec ses faibles forces et prouve que la persévérance est récompensée si l’on est sincère.

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Mais toute cette superbe scénaristique digne des meilleures fables tomberait à plat sans le grandiose travail fait sur l’animation. Le studio Ghibli ne ménage jamais son art mais dans ce film, il le sublime : profusion de personnages au design facétieux, inquiétant, très nippon et universel à la fois, soin du détail, travail sur les lumières (l’histoire alterne entre scènes de nuit et de pleine journée), les couleurs, la fluidité de l’action à laquelle succèdent de paisibles moments de pure poésie imagée emportée par les accords de Joe Hisaishi, compositeur qui sait mieux que tout autre comment mettre son art au service de l’imaginaire Miyazaki. Pour ne rien gâcher, la traduction et la doublage VF sont sans reproche.

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Le Voyage de Chihiro est un rêve éveillé pour tous les âges, tous les publics, il se regarde comme on écouterait un conte, celui que nous lisait tranquillement un être cher lorsque, tout petit encore, on se blottissait dans son lit, prêt pour une nouvelle nuit peuplée de rêves et de nouveaux voyages!

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Bande annonce VF ici

Le Voyage de Chihiro

Réalisateur : Hayao Miyazaki

Musique : Joe Hisaishi

Studio Ghibli

Sortie en salles françaises : 10 avril 2002