Ciel profond [500]Avec Ciel Profond, Patrick Lee propose le troisième volet du cycle de la Brèche et des aventures de Travis Chase et de Page Campbell, dont nous nous étions fait précédemment l’écho. Si Ciel Profond peut, en étant attentif, se lire indépendamment des autres volumes, il permettra également aux lecteurs, et ceci dès les tout premiers chapitres, de retrouver ce mélange de thriller, de mystère et d’action qui faisait tout le charme de L’Entité 0247 et du Pays fantôme.

Un missile tiré du sol américain raye de la carte la Maison Blanche et tue le président des États Unis. Un indice, un seul, est laissé par le criminel. « Voir Scalaire » : deux mots désignant une opération ultra-secrète menée par Tangent, une opération à tel point secrète que ni Travis Chase ni Page Campbell n’en avaient entendu parler, une opération dont toute trace a été effacée. Impossible, donc, d’en savoir plus. Impossible ? A voir. Car les deux agents ont plus d’un tour dans leur sac, et l’utilisation judicieuse des artefacts issus de la Brèche pourrait bien leur donner un coup d’avance. Que les artisans de l’opération Scalaire, comme ils le découvrent bientôt, aient tous été assassinés le même jour que le Président ne suffira pas à limiter leurs investigations. Bientôt, ils comprennent qu’il va se passer quelque chose de capital en 2016, mais il semble qu’il ne reste plus que vingt-quatre heures pour trouver cette information, après quoi elle sera définitivement perdue. Qu’était donc cette opération nommée Scalaire ? Qu’est-ce donc que le projet Mathusalem ? Et pourquoi Travis Chase, qui ignore tout de ces deux projets, est-il à la fois au coeur de l’affaire et la principale cible à abattre ?

On retrouve rapidement dans Ciel profond  les caractéristiques de Patrick Lee : un talent unique pour inventer des artefacts comme la science-fiction n’en a pas encore produits – dont un « furet » que l’on n’est pas près d’oublier –un  goût pour les aventures de personnages lancés à travers l’éventail sans fin des possibles, une façon d’instaurer un doute permanent sur la réalité et ses déclinaisons improbables, et, surtout, une manière de ficeler le tout pour en faire – paranoïa, complots, trahisons et coups-bas – un thriller sans temps mort.

Car, de l’action, Ciel Profond n’en manque pas. Si l’on ne trouve pas dans ses pages de scène dantesque comme le mémorable assaut du 7, Theaterstrasse de L’Entité 0247 ou l’incendie urbain géant du Pays fantôme, on a droit à l’attaque d’un complexe ultra-secret par un bombardier B 52, à plusieurs affrontements entre la petite équipe de Travis Chase et une légion d’hommes de main surarmés, à un règlement de comptes dans le légendaire Air Force One, sans compter diverses escarmouches à droite et à gauche. Tout comme dans les précédentes aventures de Chase et Campbell, le rythme est là, et ne souffre d’aucune faiblesse.

On se demandait, après les deux premiers volumes, comment Patrick Lee allait pouvoir continuer à innover, à captiver, à surprendre. Alors qu’il aurait pu sombrer dans la surenchère, son choix a été plus subtil. En tissant une intrigue tendue sans être frénétique, en reprenant sans trop en rajouter des éléments des aventures précédentes pour les expliquer, en apportant des éléments astucieux sans tomber dans le piège d’une trop grande complexité, il offre à ses lecteurs un troisième volume dans la droite ligne de ses prédécesseurs, prenant, facile à lire, difficile à lâcher, mais n’excluant aucunement la réflexion.

Restait, on s’en doute, le problème de la fin. Comment refermer une intrigue méticuleusement tissée sans perdre de cohérence, sans décevoir, sans frustrer ?  Là aussi, Patrick Lee s’en sort avec les honneurs. Car d’une part il ouvre son récit sur les abîmes du temps et de l’espace, laisse deviner d’autres énigmes tout en conservant intact le mystère de la Brèche et des artefacts, d’autre part, et loin de toute pyrotechnie finale, il recentre son récit sur une problématique strictement humaine, un problème éthique considérable laissé entre les mains de Travis Chase et de ses compagnons, et dont dépend la destinée future des hommes. Un beau point d’orgue pour cette série d’aventures tendues, même si l’on conserve l’espoir de retrouver Chase et Campbell à travers d’autres romans. Le prochain opus de Patrick Lee, qui semble-t-il ne reprendra les protagonistes de la trilogie de la Brèche, devrait sortir en langue originale début 2014. Gageons que les éditions l’Atalante, qui ont fait découvrir Patrick Lee au public français, vont regarder de près cette publication future.

A lire également sur eMaginarock :

La chronique de  L’Entité 0247

http://www.emaginarock.fr/patrick-lee-lentite-0247/

La chronique  du  Pays fantôme

http://www.emaginarock.fr/patrick-lee-le-pays-fantome/

On  notera que l’illustrateur David Demaret avait initialement proposé pour Ciel profond une illustration dans la veine post-apocalyptique, comme celle qu’il avait faite pour Le Pays fantôme. Elle n’a pas été retenue mais on peut la trouver sur son site à l’adresse suivante :

http://moonxels.blogspot.fr/

Patrick Lee
Ciel Profond
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Patrick Couton
Couverture : David Demaret
Editions l’Atalante

19 €