chroniques des elfes - intégraleQue l’on connaisse l’univers féérique de Jean-Louis Fetjaine depuis sa Trilogie des Elfes ou non, on apprécie de retrouver ou de rencontrer ses héros à la peau bleue et à l’allure féline.

Au cœur de la forêt d’Eliande, Arianwen , reine des elfes, règne sur le peuple des Hauts-Elfes dont elle est issue, mais son autorité s’étend à toutes les espèces elfes, des combattants féroces que sont les Elfes Verts au clan des Lasbelins. Le vent de l’hiver souffle précocement et les Elfes perçoivent un danger qui s’étend sur leur monde. Tout se précipite lorsque la jeune princesse Lliane et son groupe de chasseurs sont victimes d’une attaque de loups noirs géants tandis que d’autres elfes recueillent un jeune moine humain blessé, Maheolas. Bien qu’ils le soignent, ils gardent ce jeune homme prisonnier pour mieux l’interroger et cerner la nature des humains. Voilà de quoi attiser la curiosité de Lliane, seule rescapée de la féroce attaque, toujours curieuse de tout et détentrice d’un pouvoir qu’elle maîtrise mal. Lliane doit un jour succéder à sa mère mais pour le moment, bien qu’ayant passé les soixante années d’existence, elle ne vit encore que comme une enfant avide de connaissances et d’aventures. Et puisque leur plus ancien druide, le vénérable Gwydion, affirme que Maheolas jouera un rôle essentiel dans sa vie future, Lliane cherche plus que jamais à connaître le jeune étranger. Mais c’est sans compter sur l’intention des « adultes » de le tuer pour qu’il ne révèle jamais rien de leur royaume. Car les hommes sont l’ennemi… Ou l’étaient. Dans cet hiver qui s’installe, une horde de créatures, loups noirs, kobolds, gobelins et orcs, déferle sur les terres humaines et elfes, assoiffée de sang. Alors qu’une armée d’hommes dirigée par le prince Pellehun se laisse piéger dans un bastion ravagé, les clans elfes marchent en formation de combat en direction des Marches, frontière du pays de Celui-qui-ne-peut-être-nommé.
Les destins de Lliane et de Maheolas vont se lier à jamais dans l’horreur, annonçant le nouvel avènement des hommes sur le monde car cette guerre sera la dernière grande épreuve du peuple des elfes avant son déclin.

Réunissant les trois volumes des « Chroniques des Elfes », Lliane, L’Elfe des Terres Noires et Le Sang des Elfes, cette édition de poche parue chez Pocket en août est une franche bonne idée.
Il est évident à la lecture du premier volet, Lliane, que l’on en est encore à une sorte d’entrée en matière, où tous les personnages sont présentés, avancés et quelque peu placés dans la situation qui fera d’eux des personnages de premier plan. Ce n’est qu’avec les dernières pages que l’on entre enfin dans ce qui va être la plus rude épreuve de celle qui a donné son titre au premier tome. Parallèlement, les personnages qui fondent le clan des humains sont mieux mis en valeur. Tandis que les évènements frappant les elfes traînent un peu, les mouvements, réflexions et affrontements qu’endurent les hommes se succèdent sans autre temps mort que de changer de point de vue pour celui des elfes avant de revenir sur le terrain de la bataille qui oppose déjà les humains aux créatures des terres noires. Ce n’est qu’ensuite, dans l’Elfe des Terres Noires et Le Sang des Elfes, que Jean-Louis Fetjaine met pleinement en scène ses héros elfiques sans pour autant en oublier les humains, de sorte que l’ultime volet se clôt par un retournement de situation inattendu mais bien trouvé, mêlant elfes et hommes pour le meilleur et le pire de la légende arthurienne.
Nul doute que Jean-Louis Fetjaine a tenu à écrire ici une préquelle à sa Trilogie des Elfes et même à son Pas de Merlin en gardant ce qui fait sa plume dans la fantasy version française : un vocabulaire choisi, parfois pointu, des descriptions qui enveloppent le lecteur d’une dense masse verdoyante, odorante, hantée de créatures fascinantes et surtout une image des elfes bien à lui. Les elfes de Fetjaine sont plus proches de l’animal que de l’humain, bien plus même que chez Tolkien, tant ils sont possédés par l’esprit de mère Nature, félins dans leur rapport au corps, à ses sensations, à ses besoins, méfiants envers les autres espèces, protecteurs aveugles de la forêt, haineux des ces humains qui pourraient ne pas avoir le droit de vivre et surtout de fouler le même sol qu’eux. S’il y a fascination, elle ne peut être que des hommes envers les elfes et non l’inverse ou alors de manière exceptionnelle comme cela sera le cas pour Lliane, son père Morvryn et le druide Gwydion. Des inédits, il y en a pas mal dans ces Chroniques des Elfes. Certaines d’entre elles ne seront pas révélées ici pour laisser tout le plaisir de la découverte aux lecteurs futurs mais il faut citer l’introduction de nombreuses espèces des terres noires dont le nombre et la sauvagerie ravissent le lecteur, d’une épreuve d’endurance et de souffrance pour Lliane, d’une duplicité à plusieurs facettes chez Maheolas, personnage bien plus intéressant qu’on ne pourrait le penser au début. La manière dont Fetjaine entrelace et mêle des personnages si variés, si opposés, aux desseins captivants et destinés apparemment à ne jamais se croiser attise la soif de lecture : on veut en apprendre plus, on perçoit la promesse d’évènements dramatiques ou improbables et on savoure leur découverte.
Que l’on ait déjà lu La Trilogie des Elfes ou non, aucun risque de se perdre. Seul gros avantage à être un lecteur fidèle de Jean-Louis Fetjaine : on comprend mieux l’énigme que représente Lliane, héroïne de la première trilogie qui se déroule finalement des décennies après ces Chroniques des Elfes. Ce que furent ses derniers jours d’enfance et ses premiers moments de règne éclairent le mystère de beauté froide que l’auteur présentait dans sa Trilogie des Elfes, si prompte à briser les interdits tout en respectant son peuple. On entre aussi dans le drame qui repoussa la gloire des Elfes dans les ténèbres, laissant la place aux hommes.
La boucle est bouclée si l’on peut dire… et le lien est habile : Fetjaine distille ses indices savamment pour nous renvoyer à ses deux autres épisodes, Le Pas de Merlin et La Trilogie des Elfes.
Comme à chaque fois qu’il a édité une version poche de cet auteur, l’éditeur Pocket a su choisir un format pratique, une typographie agréable, n’a pas omis le lexique de début de tome et je dis franchement que la couverture de cette édition intégrale est une pure merveille comparée à ce que présentait l’éditeur Fleuve Noir pour la version grand format. Ma seule critique serait que le cartonné de la dite couverture est un peu trop fragile pour endurer le quotidien du livre de poche : être trimballé de sac en sac, de métro en train etc… Ce qui est dommage quand on est soigneux de ses livres, même de poche.

Les Chroniques des Elfes

Jean-Louis Fetjaine
Editions Pocket
13,90 euros