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The Haunting of Hill House – Mike Flanagan

Une famille devient célèbre après leur fuite la maison la plus hantée des Etats-Unis. Leurs fantômes personnels resurgissent alors qu’ils sont tous établis dans leurs vies respectives.

The haunting of hill house est une série de 10 épisodes créée et réalisée par Mike Flanagan (réalisateur de Ouija, par exemple), adaptée du roman de Shirley Jackson (le roman est paru sous le titre français Maison Hantée, et serait l’un des meilleurs romans fantastiques du 20ème siècle, selon le grand Stephen King). A l’instar des films également adaptés du même roman (la maison du diable et son remake hantise), la série surfe sur un flash forward permanent, servie par une photographie qui a de quoi laisser admiratif, tellement elle est léchée et travaillée. Tout est beau, c’est une évidence. Michael Fimognari (directeur de la photographie), ne laisse rien au hasard, selon l’un des acteurs de la série. Cela se voit, cette production est parfaitement maîtrisée de bout en bout. Les effets ont été réalisés pour une grande partie sur le plateau directement, les décors ayant été construits comme une vraie maison (cela a probablement grandement aidé à la fluidité générale de la série). L’épisode 6 a d’ailleurs été réalisé en plan séquence (suite d’images filmées en continu sans arrêter la caméra (en un seul plan) et restituée telle quelle), ce qui a permis d’ancrer cette série encore un peu plus dans un quotidien banal, tout en montrant les esprits qui cohabitent, ou observent l’air de rien, les vivants.

Cette prouesse a été soulignée unanimement par la critique et le public, et a élevé encore un peu plus cette série au rang de série déjà culte.

Netflix a réitéré le genre horrifique (après le très brouillon Hemlock Grove et le carton Stranger things), et cette fois ils ont tapé dans le mille sans passer par la case « mode » 80s. Merci d’avoir produit cette petite pépite.

1992. Hugh et Olivia Crain s’installent avec leurs 5 enfants dans le magnifique manoir à retaper : Hill House. Peu après leur arrivée, Steven, Shirley, Theodora (Theo), Luke et Eleanor (Nell), voient des fantômes, qui finissent par terroriser toute la famille. Olivia meurt, paniquant encore un peu plus Hugh et les enfants qui s’enfuient de leur foyer. 26 ans plus tard, en octobre 2018, la famille se retrouve réunie après une nouvelle tragédie, les forçant à affronter leurs démons intérieurs.

Steven, l’aîné des enfants Crain, est devenu écrivain. Il a écrit un livre sur les fantômes que voyaient ses frères et sœurs, et il ne semble pas y croire du tout. A vrai dire, il cherche une preuve que ces événements aient été réels. Shirley, est quant à elle, devenue croque-mort. Le deuil de sa mère les a tous profondément affectés et elle a décidé de s’occuper de la mort. Theo est une pédo-psychologue, elle essaye de comprendre les traumatismes dont sa fratrie et elle ont été victimes. Luke est le jumeau de Nell, et il développe une addiction à la drogue dont il n’arrive pas à se défaire. Nell, quant à elle, a conservé de graves séquelles de son séjour à Hill House. Elle a beaucoup de mal à se sortir la tête de l’eau.

Parlons un peu des acteurs. Il y a beaucoup d’acteurs dans cette série puisque les personnages principaux sont tous en double. Le père, Hugh Crain, constructeur, est incarné successivement par Henry Thomas (l’inoubliable Elliott de E.T.) jeune, et Timothy Hutton (acteur producteur, très prolifique) vieux. Ce rôle est essentiel puisqu’il pose les bases de la famille. Hugh sera par contre absent dans le temps présent, ne réapparaissant que pour replonger ses enfants les plus stables dans les affres du souvenir de leur défunte mère. Le rôle d’Olivia Crain jeune, la mère de famille architecte, est magnifiquement incarné par Carla Gugino (la sculpturale Lucille dans Sin City). Elle sera la première victime de la famille Crain dans le manoir. Olivia est une femme empathique, spirite même. Elle ressent la maison. Son exemple va beaucoup influencer ses enfants, et sa bienveillance rejaillira sur les siens. Les enfants sont quant à eux extraordinaires. Parlons d’abord de Steven, l’aîné, le grand frère attentif et aimant. C’est un véritable relais de son père pendant toute la période heureuse de l’enfance, joué par le jeune Paxton Singleton, puis par Michiel Huisman (le guerrier Daario Naharis dans la saison 4 de Game of Thrones), dans le présent. Ce personnage est, en fait, l’ancre dans la réalité. Il fait face au présent coûte que coûte. Petit, il seconde son père, gérant ses frères et sœurs, en attendant la relève adulte. C’est aussi lui le moins affecté par la maison. Il restera très proche de la famille, adulte, essayant de subvenir à ses besoins quand le père se retrouve démissionnaire luttant contre lui-même. Shirley est l’aînée des filles. Seconde dans la fratrie, elle est la grande sœur. Elle s’occupe des uns et des autres tout en n’interférant pas avec son grand frère qui reste l’autorité. Jeune, elle est campée par Lulu Wilson, adulte, elle sera jouée par Elizabeth Reaser (Esmée Cullen dans Twilight). Elle et son mari gèrent une morgue et hébergent la 3ème sœur : Theodora. Shirley dit qu’elle doit s’occuper des morts et porte ainsi le poids du deuil familial. Elle refuse de laisser les morts sans soins ni sépulture correcte. La 3ème, est la très jolie Theodora, dite Theo. Vrai garçon manqué jeune (joué par Mckenna Grace, la jeune Juliet dans Amytiville : the awakening), elle découvre des dons de médium, comme sa mère, et devient pédopsychologue (version adulte jouée par : Kate Siegel, l’épouse de Flanagan qui la révèle au monde dans Pas un bruit) afin d’aider les enfants à surmonter les traumatismes. Elle voit certains esprits et est résolument introvertie. Ce personnage est tellement proche physiquement de Shirley que j’ai confondu les deux sœurs pendant quelques instants, c’en était troublant !

Et enfin, nous avons les jumeaux. Je ne sais que dire pour exprimer mon admiration pour les jeunes interprètes de Luke et Nell, qui sont tellement parfaits en enfants que j’ai été presque déçue de leur version adulte. En effet, la jeune Violet Mc Graw n’a que 5 ans et parfois nous comprenons que l’actrice elle-même avait du mal à saisir toute la portée de ce qui arrivait, pourtant cela reste criant de vérité et à aucun moment il n’y a de faux pas. Sa version adulte, est la très jolie Victoria Pedretti, une jeune femme, qui j’en suis convaincue, saura vous émouvoir et vous accrocher de son regard désespéré. Son frère jumeau, Luke, est fantasque et poète. C’est un enfant (Julian Hilliard, est tout à fait formidable) créatif et craintif, il se cache souvent derrière Steven, et essaye de survivre (déjà) en étant enfant. Adulte (Olivier Jackson-Cohen, le seul british de la bande, que vous avez peut être vu dans la série Dracula sur NBC) il sera drogué, ne sachant comment se défaire de la peur et de toutes les visions qui continuent de l’assaillir. Sa façon de survivre le lancera dans les méandres de l’addiction.

La série tout entière est un gigantesque méli-mélo de passé et de présent. Tout est fait pour nous garder dans l’ambiance, Flanagan alterne sans cesse entre les scènes de jour et de nuit, la nuit faisant partie intégrante de la vie de famille. Nous découvrons rapidement les différents caractères des enfants, et les caractéristiques de la maison. Car oui, la maison est un personnage à part entière dans cette série atypique, en particulier, la chambre rouge. Personnellement je trouve qu’il y a un vrai tour de force ici, pour nous montrer, sans jumpscares inutiles, les fantômes et les différentes histoires suivies dans le passé, puis le présent, tout en restant cohérent avec les personnages et leurs interactions, à l’instar de leur localisation. Vous remarquerez peut-être la luminosité particulière appliquée au passé, comme un filtre photo, tout en gardant la lumière justement. Le présent est quand à lui beaucoup plus sombre, même en plein jour, la caméra nous entraînant un peu plus dans l’obsession de certains et les désillusions des autres. La réalité présente est beaucoup plus crue et cruelle que leur passé défunt. La mort d’Olivia a laissé un grand vide.

L’épisode central (le 6, qui n’est pas vraiment central puisqu’il n’y a que 10 épisodes), est, selon moi, celui qui réunit et qui divise pour de bon, la famille et les personnages. Quelque part, on compte les points, et on retrouve le thème premier de la série qui n’est pas la famille, mais le deuil. Il y a quelque chose de troublant dans cette vision de la famille et de la vie. L’éternel recommencement est parfaitement représenté, jusque dans les fantômes. Vous noterez l’hommage sous-jacent à Six feet under, qui semble quelque peu planer sur cette production. Il semblerait que Flanagan ne soit pas un grand fan de gore et c’est tant mieux. Il nous montre le quotidien et observe la psychologie de ses personnages, à la manière de Stephen King, pour faire naître un sentiment de peur latent qui n’a au final rien à voir avec de l’horreur classique. Tout n’est que question de détails…

Vous verrez sans doute quelque chose en rapport avec la chambre rouge. A chaque fois que quelqu’un passe dans la chambre rouge, quelque chose dans leur fantasme, devient rouge. Luke, porte des converses puis tout à coup, elles sont rouges. Des détails, qui font beaucoup parler les fans d’ailleurs, et qui peuvent donner une autre lecture de la fin de la série. Vous vous ferez votre propre idée, mais sachez qu’elle peut être vue de différentes manières. Qu’on l’aime, ou pas, elle peut se justifier et vous verrez que certains détails sembleront beaucoup plus logiques et même évidents au second visionnage. Flanagan est-il fan du Sixièmes Sens ? Je me suis posée la question.

En attendant, courez voir cette production d’une beauté totale, servie par des acteurs justes et parfaitement coordonnés. C’est une vraie réussite, originale et hors du temps. Le genre de série qu’on n’oublie pas et qu’on redoute de voir continuer tant l’histoire est aboutie.

The Haunting of Hill House

créée et réalisée par Mike Flanagan

d’après le roman de Shirley Jackson

avec : Henry Thomas, Carla Gugino, Timothy Hutton, Michiel Huisman

Netflix

Eldricht Tales

A propos de 13

13, blackD, true evil darkness... appelez moi comme vous voulez. Whatever. L'image, aaaaaahhh l'image. Tellement belle, tellement infinie, tellement omniprésente, tellement incroyable, pourtant si mystérieuse. Ma passion, (avec le jeu et la lecture faut pas déconner!) la plus dévorante. Je pourrai philosopher sur ce sujet pendant des heures! Néanmoins, je vais vous épargner cette très douloureuse expérience (si, si je vous assure, lire une personne sans âge -la version polie d'ancêtre- déblatérer sur telle ou telle chose, c'est pas franchement un cadeau !), et passer directement à la distribution de bons points. Ceux qui sont pas sages, fessée cul nu devant tout le monde. Allez bisous, à tout vite.

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