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La tour sombre – Nikolaj Arcel (spoilers tomes 1 – 3)

Roland de Gilead, le dernier pistolero, cherche à assouvir sa vengeance et se lance à la poursuite de Walter, l’homme en noir. Tuer ce dernier lui permettra aussi de protéger la mythique Tour sombre, gage de l’équilibre entre tous les univers. Il sera, dans sa quête, aidé par Jake Chambers, un adolescent originaire de la « Terre-clef », dont les rêves et les dessins sont peuplés de nombreuses visions de Roland, de l’homme en noir et de la tour…

J’avais lu, avant d’aller voir le film, les trois premiers tomes de la série La tour sombre (, et enfin ici!). Ces romans ne m’avaient pas spécialement plu : je les avais trouvés dans l’ensemble trop imprécis sur la véritable nature de la tour et les raisons qui poussent le héros à s’y rendre, et manquant parfois un peu d’action.

J’espérais que le film pourrait au moins m’éclairer un peu et rendrait l’ensemble plus dynamique, ce qui n’a malheureusement pas été le cas.

Tout d’abord le scénario ne m’a pas vraiment permis d’en savoir plus sur la Tour sombre, ni sur les motivations des protagonistes, et s’il compte effectivement un certain nombre de scènes de bagarres, cela ne m’a pas empêché de m’ennuyer pour autant.

De plus, ce film accumule les clichés hollywoodiens de bout en bout, ne laissant que peu de place aux points positifs.

On retrouve tout d’abord ce fameux cliché du sauveur / héros blanc mâle, bien que le casting essaye de nous faire croire l’inverse.

La production a en effet pris le parti de choisir I. Elba, un acteur noir, pour jouer le rôle du pistolero, probablement pour montrer qu’à Hollywood les gens sont cools et pas racistes. Ce choix a surpris un certain nombre de fans, les descriptions du livre étant assez claires quant au physique de son héros qui, d’une façon assez comique, ressemble d’ailleurs beaucoup au physique de M. McConaughey. Mais après tout pourquoi pas : la couleur de peau importe peu.

Ce que j’ai trouvé assez pervers en revanche, c’est cette volonté manifeste de nous faire croire qu’un héros noir digne de ce nom avait enfin trouvé sa place à l’écran, alors qu’il s’opère dans le scénario un glissement subtil, mais non moins présent du personnage principal, qui n’est plus le pistolero, contrairement à ce qu’on peut lire dans les romans, mais Jake Chambers, qui lui est bel et bien… blanc. C’est en effet son histoire que l’on suit tout au long du film, le pistolero étant relégué au rang de personnage secondaire : l’importance des rôles entre Roland et Jake a été échangée. Étrange coïncidence que ce choix d’un acteur noir pour jouer celui qui devait justement être le héros aille de pair avec le fait que ce héros soit relégué au second plan, au profit d’un personnage secondaire qui lui est blanc…

Le deuxième cliché que l’on retrouve est celui d’un monde manichéen façon super héros, avec des gentils tout mignons et des méchants pas sympas du tout.

Le livre a le mérite de proposer des personnages complexes, qui y sont pour beaucoup dans l’intérêt que peut susciter l’histoire : ni le pistolero ni l’homme en noir, ces deux hommes que le film fait s’affronter, ne sont clairement relégués dans des rôles de gentils ou de méchants. Le pistolero est froid, rigide et obsédé par son but : atteindre la tour, un but qui va plus d’une fois à l’encontre de ses sentiments pour Jake, dont la présence, si elle humanise Roland, le retarde aussi dans sa quête. Les relations entre eux sont complexes, Roland préférant par exemple dans le premier tome poursuivre son but plutôt que sauver Jake, provoquant la mort de l’adolescent. Or dans le film cette contradiction ne se retrouve pas puisque Jake lui permet d’assouvir sa vengeance vis-à-vis de l’homme en noir, il n’a donc aucune raison de le trahir : comme c’est pratique ! Cette vengeance de ceux qu’il a aimés ne correspond d’ailleurs pas du tout au Roland du livre : cette émotion me semble bien trop impulsive pour l’esprit calculateur du pistolero, et le fait passer pour un héros tout mignon, triste d’avoir perdu sa famille.

L’homme en noir, dans le roman, porte lui aussi sa part de complexité, en tout cas au cours des premiers tomes. Si ses relations n’ont pas toujours été bonnes avec Roland, il n’est pas exclusivement mauvais et apporte même au pistolero certaines connaissances importantes. Or dans le film, il est d’emblée présenté comme un méchant qui ne pense qu’à faire le mal pour faire le mal, sans qu’on comprenne ses véritables motivations.

Le troisième cliché de ce film réside dans sa misogynie : Hollywood réussit une fois de plus à nous faire passer pour des greluches pleutres et décérébrées.

C’est simple : les seuls personnages féminins qui apparaissent (et ils sont très, très secondaires) passent leur temps à geindre et à pleurer. Ou alors elles sont droguées. Ou mortes. Inutile de préciser que les mâles, eux, sont forts aussi bien physiquement qu’intellectuellement et ne se laissent pas abattre pour quelques cadavres en plus. Merci Hollywood pour ce grand moment sexiste.

Restent quelques scènes de bagarre sympas (surtout le combat final), avec de jolis effets spéciaux, et l’humour glacial de l’homme en noir qui prête au moins à sourire. Autant dire, pas grand-chose.

La Tour Sombre est donc une bonne daube hollywoodienne comme les États-Unis savent parfaitement les faire, avec tout ce qu’il faut de clichés : de grosses bagarres, un héros blanc, des gentils gentils, des méchants méchants et des femmes… ah bah non, pas de femmes en fait.

Le tout est servi avec une musique insipide et pompeuse au possible, qui n’arrange rien.

La Tour Sombre

de Nikolaj Arcel

avec  Idris Elba, Matthew McConaughey, Tom Taylor

Sony Pictures

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