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La forêt sombre – Liu Cixin

Quatre siècles, c’est le temps qu’il reste à l’humanité avant l’arrivée des Trisolariens. Ces derniers ont laissé clairement à penser qu’ils allaient éradiquer jusqu’à la dernière trace de vie sur la Terre. Ils sont déjà présents, d’une certaine façon, au travers des intellectrons. Ces dispositifs utilisent les propriétés extrêmes de la physique pour apparaître à proximité de la Terre et y espionner tout ce qui peut s’y dire ou s’y faire. Certes, il y a des collaborateurs qui sont prêts à trahir l’humanité et qui communiquent au travers des intellectrons, mais la réalité est bien plus complexe.

Avec ce deuxième volume de la trilogie du Problème à trois corps, Liu Cixin nous propose de nous concentrer sur les humains pour l’essentiel du récit. Là où le jeu vidéo, l’histoire chinoise contemporaine et la physique quantique étaient au cœur du premier volume, avec La forêt sombre c’est la philosophie, la sociologie, mais aussi une bonne dose de vision poétique qui donnent à ce roman une saveur bien particulière, même si on peut lui trouver parfois quelques longueurs.

La population terrienne se divise essentiellement en trois factions. Il y a d’abord ceux qui ont fait des Trisolariens des dieux, leur vouent un culte et sont prêts à tout pour les aider à parvenir à leurs fins. Il y a aussi les évasionnistes qui, étrangement, semblent plus criminalisés que les collaborateurs. Pourtant leur seul objectif est de bâtir des vaisseaux spatiaux pour fuir le plus loin possible de la Terre. Le défaitisme est plus grave pour le moral de l’humanité que de savoir qu’il y a des traitres qui agissent.

Enfin, il y a la dernière faction, celle des résistants. Et plus particulièrement les scientifiques, militaires, politiciens et artistes qui, même s’ils ne partagent pas la même vision de l’avenir, vont mettre en place les Colmateurs. Quatre hommes désignés pour leur ruse, leur capacité à dissimuler leurs fins et donc aptes à ne pas laisser les intellectrons des Trisolariens deviner comment la Terre va leur résister.

Bien sûr, l’essentiel des héros sont des Chinois et ils vont rivaliser avec les Nord-Américans et les Européens. Là, n’est pas le problème, mais que dire de l’absence des femmes dans quasiment tous les premiers rôles ? Elles sont là, mais relèvent juste d’un arrière-monde, un monde heureux, alors que c’est aux hommes d’aller au combat et d’assurer l’avenir de l’humanité. Une approche machiste ? Je ne saurais dire, car je méconnais le poids de la culture chinoise dans cette écriture.

Même si nous sommes dans le space opera de haut vol, le propos est souvent intimiste, notamment au travers des stratégies tortueuses, des réflexions souvent profondes des Colmateurs ainsi que de certains de leurs alliés. Il y a certes de l’action dans ce roman, mais les pensées sur le rôle de l’humain, du défaitisme, de la connaissance, sur fond d’une belle poésie donnent un goût d’essai plus que de roman. Le final est tellement inattendu que je ne sais comment Liu Cixin a pu écrire un troisième tome pour clôturer cette trilogie. Rien que pour cela, la curiosité doit être au cœur de cette lecture pour l’apprécier pleinement.

La forêt sombre
Liu Cixin
Couverture illustrée par Stephan Martiniere
Traduction par Gwennaël Gaffric
Actes Sud
Collection Exofictions
2017
23,80 €

Eldricht Tales

A propos de Chris

Chris a toujours apprécié les littératures de l’imaginaire, mais il lit également d’autres genres pour son plus grand plaisir. Il préfère le terme de critique à celui de chronique qui lui semble toujours trop consensuel. Non qu’il dise systématiquement du mal des auteurs, mais quand il tient une bonne daube ou une resucée maladroite alors il laisse la plume glisser dans de bien sombres humeurs. Comme tout lecteur passionné – ça lui arrive parfois – il n’aime rien tant que de devenir festivalier et d’aller à la rencontre des auteurs. Chris participe de temps à autre à des appels à texte et s’intéresse depuis peu à la photographie, histoire d’apprendre à cerner l’essentiel d’une situation comme d’un lieu. Enfin, il aime plus que tout le transgenre et espère avec une certaine impatience pouvoir être à l’origine de la découverte d’un auteur qui aurait l’audace d’écrire un roman policier avec des sorcières, des mutants et bien entendu quelques créatures extraterrestres aux mœurs exotiques, à défaut d’être douteuses.

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