3 questions à Georges Biaux, auteur de La Voie des Immortels

J’ai vraiment adoré le premier tome de la série La Voie des Immortels de Georges Biaux, sorti chez Elder Craft, et j’ai profité de l’occasion pour lui poser quelques questions autour de son travail d’auteur…

Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans l’écriture d’un roman ? Et comment t’es venu l’idée de La Voie des Immortels et de ces nécromanciens ?

Mes premières tentatives de romans remontent à mes 14 ans, donc je crois que j’ai toujours voulu écrire. En fait, quand une forme d’expression artistique me plait, j’ai à chaque fois l’envie de m’y essayer, et j’adore les histoires et la narration au sens large, donc c’était assez naturel d’essayer d’en écrire.

Et pour ce qui est des nécromanciens, j’avais envie d’écrire sur un être immortel, c’était ça le point de départ. Le sujet de la mortalité, du sens qu’elle a ou non, est probablement le sujet qui me fascine le plus. Il me fallait donc trouver un système de magie qui justifie d’obtenir cette immortalité. Une idée évidente, c’était de prolonger sa vie en volant celle des autres, mais je n’avais pas envie de faire de mes sorciers des êtres tous malveillants. C’est de ce paradoxe qu’est née l’idée de nécromanciens qui utilisent leur magie pour prendre soin des mourants et recueillent leurs âmes en échange. À partir de là, j’ai voulu explorer toutes les conséquences que l’existence de tels êtres pouvait avoir sur la société ou la construction du monde en général, et tout le reste de La Voie des Immortels découle de là.

Le monde que tu décris est particulièrement riche, avec un passé foisonnant, un avenir que l’on connaît dans les grandes lignes dès le début etc… Comment t’y es-tu pris pour le concevoir ? As-tu enchaîné les cahiers de notes ou bien les choses sont-elles apparues plus ou moins naturellement ?

Un peu des deux ! Par défaut, je me montre assez économique pour ce qui est du worldbuilding : je pars d’abord de la trame et des thématiques que j’ai envie de traiter et je construis l’environnement pour leur répondre. Mais en essayant d’en faire suffisamment pour que le lecteur ait une impression de richesse et d’altérité. Ça ne veut pas dire que je construis tout au fil de l’eau. J’ai quand même une base, mais elle est très générale et me laisse assez de liberté pour adapter l’univers aux futures péripéties.

Cela étant dit, j’ai aussi fait l’exercice inverse en quelques occasions : parfois quand je n’arrive pas à trouver une intrigue satisfaisante pour un arc ou un passage, je fais uniquement le worldbuilding d’une région ou d’une ville sans bien savoir ce qui s’y passera. Quelle est l’organisation politique, quelles sont les forces en présence, quelle est la culture locale, les conflits avec les voisins etc. Et souvent, ça fait émerger de nouvelles idées. Puisque les protagonistes traversent cet endroit avec ces spécificités, alors ils seront confrontés à tels problèmes ou situations, et je cherche ensuite comment ça peut résonner avec leurs thématiques.

J’ai donc des pans de l’univers encore vierges et d’autres très précis dans un tas de cahiers de notes.

Lanig est un personnage qui prend le lecteur aux tripes de par sa nature. Comment as-tu conçu précisément ce jeune homme ? Quelles parts de toi as-tu mises dans sa conception ?

Comme je le disais, le thème qui m’a poussé à écrire tout ça, c’est vraiment le rapport qu’on peut avoir à sa propre mortalité. À l’idée vertigineuse qu’un jour notre esprit n’existera peut-être plus du tout. Qu’on reviendra au même état de conscience qu’avant notre naissance, en somme. C’est une idée qui m’obsède. Et Lanig, comme d’autres personnages comme Ida, a été conçu spécifiquement pour être confronté à cette idée et aux moyens de s’en dépêtrer. C’est pour ça que les immortels existent, et c’est aussi pour ça que Lanig a une espérance de vie très courte au tout début de son histoire. De là découle ce qui fait, selon moi, le cœur de sa personnalité : son insatiable désir de vie et l’égoïsme qui en résulte. Un égoïsme qu’il peut facilement justifier par l’injustice de la maladie qui l’afflige. Une bonne base pour explorer jusqu’où il est vraiment prêt à aller pour prolonger sa vie et les dilemmes moraux qui en découlent.

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