Une excellente duologie de dark fantasy française : prenante, intense, magnifiquement écrite… Ce premier tome est un début des plus impressionnants.
« Jusqu’où peut-on tordre une allégeance sans perdre sa place au banquet du Dieu Maigre ? »
À la chute des Anciens rois, tyrans cruels à la puissance colossale, les vainqueurs qui les avaient défaits s’arrogèrent leurs terres et élevèrent un nouveau culte, celui du Lion Solaire, Asthor. Mais cette ère de félicité retrouvée ne pouvait être éternelle… Déchirés par un conflit religieux aussi meurtrier qu’impitoyable, les baronnies hyrdrianes sont sur le point de sombrer dans le chaos d’une guerre fratricide.
Pris dans les intrigues d’une vengeance absolue et aveugle, Umbrod, jeune moine aux capacités magiques enfouies et mystérieuses, semble porter en lui la flamme ténue d’un espoir de paix.
Dans ce monde sur le point d’être englouti par la haine et la colère, parviendra-t-il à faire entendre sa voix ?
Un univers de medieval-fantasy
L’univers proposé par Benjamin Lupu est à la fois classique et extrêmement travaillé. Le lecteur va évoluer dans de la medieval fantasy assez classique au premier abord, mais dans lequel l’aspect religieux est des plus travaillé. En effet la religion est omniprésente dans ce monde, et la manière dont l’auteur nous amène ses éléments fonctionne particulièrement bien. La magie va aussi faire une apparition, mais elle va rester étrange, peu compréhensible à ce stade, et surtout inconnue de la plupart. La conception de cet univers est vraiment intéressante car elle est à la fois simple et travaillée, permettant une immersion complète une fois passés les écueils de la complexité initiale inhérente à tout worldbuilding complexe.
Une histoire passionnante
Le scénario que l’auteur nous propose est tout bonnement passionnant. Nous allons suivre plusieurs personnages, d’un capitaine à un jeune moine copiste en passant par une farouche guerrière, chacun amenant sa pierre à un édifice littéraire des plus réussis. Cette quête des veuvards et de leur camp pour libérer la Dame va les amener chacun à des alliances, des compromissions, tout un ensemble de petites actions faisant à la fois avancer leur histoire mais aussi le grand dessein de l’auteur. Et très clairement ce qui est amorcé dans ce premier opus promet beaucoup pour le tome 2, sorti cette année et que je suis en train de dévorer, Les Voix de Canaé.
Des personnages auxquels on s’attache
La galerie de personnages est très large, avec tout d’abord Umbrod, ce jeune moine qui va rencontrer un destin étonnant. Même si ce premier tome ne nous donne qu’une vision parcellaire de ce qu’il promet de devenir, il promet énormément. Balcère est aussi attachant comme moine qui redevient guerrier, mais Heskérias est mon préféré de la bande. A la fois honorable et prêt à tout pour accomplir sa mission il va faire tout ce qu’il peut pour sauver ses camarades et sa vie. Et vient ensuite Tériane mais elle m’a moins séduit, bien qu’elle soit des plus convaincantes.
Une plume acérée
La plume de Benjamin Lupu, connu pour Le Grand jeu, sorti en 2021 chez Bragelonne, est des plus précises. Chaque mot a son sens, tout est à sa place, il n’y a pas une faute de syntaxe. Le travail éditorial sur son texte a dû être la fois un plaisir et un enfer tant tout semble ciselé dans les moindres détails.
Avec Sœurs de haine Benjamin Lupu propose le démarrage d’une duologie de grande qualité. Un univers de dark fantasy médiéval intriguant et puissant, des personnages forts et attachants, ainsi qu’une histoire passionnante sont les clefs de la réussite de ce début ! Et la suite est au moins tout aussi impressionnante, je vous le dit !
