Voilà deux ans que John Williams a dit adieu à Star Wars. Il lui avait dit une première fois au revoir en 2005, lors de la sortie de l’ultime opus de la prélogie. Plus de quinze ans après la sortie de cet épisode III, que reste-t-il de la Revanche des Sith ?

Si l’on peut s’interroger sur l’héritage de cette prélogie tant décriée – il y aurait beaucoup à débattre, il y a un élément central qui ne peut être discuté : l’incroyable partition du compositeur John Williams. Il nous y livre une partition épique et shakespearienne, où les grands élans choraux répondent aux drames servis par de majestueux élans de cordes. Dans la démesure, Williams n’a pas son pareil.

Pourtant, la sortie de L’Attaque des Clones avait confirmé, à l’époque, un éloignement des standards utilisés dans les épisodes IV, V, VI par John Williams : moins de thématique, un travail sur l’ambiance plus prononcé, et un remontage assassin de la bataille finale sur Geonosis avaient marqué un changement de style, à peine perceptible pour La Menace Fantôme. Ce dernier est, au final, le plus proche de ce que l’on avait pu entendre dans la Trilogie Originale et avait opéré une réelle transition dans le style du compositeur. L’Episode III offre ici une double conclusion musicale à la saga des « 6 premiers » : en plus de lier brillamment La Revanche des Sith avec son aîné Un Nouvel Espoir, il affirme pleinement la personnalité propre à la Prélogie, qui s’exprime pleinement sur cet album.

 

Sombre, dramatique, tragique, épique, tant de qualificatifs pourraient convenir à ce CD. Star Wars & Revenge of the Sith donne le ton. Le Main Title, classique, bifurque immédiatement sur une piste d’action majeure, où s’illustre le thème de la Force. Ultra-présent tout au long de l’album, il connait ici une déclinaison martiale forte à propos lors de la bataille de Coruscant. Les cuivres et percussions, omniprésentes, assurent un rythme enlevé et très prélogique dans leur exécution. L’apparition du thème du harry-potterien du Général Grievous marque une pause, où les violons prennent le relais pour faire monter la tension, progressivement, jusqu’à la fin de la piste. A n’en pas douter, un premier morceau de haute volée qui affiche immédiatement la couleur.

 

On attaque alors un autre nouveau thème, star de ce nouvel opus, j’ai nommé Battle of the Heroes. Référence dans sa partition au Dies Irae (Mozart), introduit par les cordes, le duo choral/cuivres exhorte la puissance dramatique de la piste. S’enchaine ensuite le thème de la Force soutenu par les chœurs alors que Anakin et Obi-Wan s’affrontent, avant de reprendre sa marche dramatique en avant. Les heurts de la fin de la piste font beaucoup penser à la trilogie originale, il en découle une certaine inéluctabilité. Le débat ne sera sans doute pas de comparer ce morceau et Duel of The Fates, surtout qu’ils se complètent idéalement à l’écran dans ce dernier opus. Le ton n’est pas le même, le contenu également. Battle of the Heroes apporte une magnifique conclusion épico-dramatique au duo, tout en gagnant en puissance à chaque écoute.

Cela se confirme avec Anakin vs Obi-Wan, à mes yeux la meilleure piste de l’album. John Williams y croise Battle of the Heroes et la Marche Impériale dans sa déclinaison de Clash of The Lightsabers (Episode V – L’Empire Contre-Attaque). Contrairement à ce que l’on pourrait croire de prime abord, ce n’en est pas la copie exacte : le tempo est plus rapide, la ré-orchestration palpable, surtout sur la fin de la Marche. Les sauts d’un thème à l’autre se font avec justesse, la déclinaison finale de BotH amenant une charge émotionnelle supérieure par son intensité, la grandiloquence des chœurs sur le thème de la Force et l’orgue.

 

Aux élans guerriers répondent les moments les plus dramatiques de la partition, qui se dévoilent petit à petit à mesure de l’écoute. Anakin’s Dream expose le love thème Across the Stars dans des teintes graves, oppressantes ainsi que le thème de la Force presque susurré par les instruments.

La musique est plus grave, plus sombre comme en témoignent par exemple Palpatine’s Teaching, Padme’s Ruminations (à l’accent oriental), The Birth of the Twins and Padme’s Destiny qui reprend le thème du deuil de la Menace Fantôme. Les chœurs sont très présents avec des accents très divers, que ce soit des solistes, des chœurs masculins qui ruminent, des enfants qui s’alarment.

Anakin’s Betrayal tranche par sa noirceur contemplative comme l’illustre avec sa voix planante qui marque le début de la fin pour le personnage principal du film. C’est une piste superbe car parfaitement figurative de l’ambiance globale du score, emplie de désespoir. La deuxième partie de l’album illustre musicalement la chute sans issue d’Anakin dans des accents shakespeariens. Ce sentiment ressort de plusieurs pistes, Anakin Dark Deeds, Enter Lord Vader, Immolation Scene, qui nous conduisent dans les tréfonds de la galaxie, l’obscurité la plus complète pour le héros. Anakin Dark Deeds en témoigne particulièrement, introduite par sa chorale enfantine avant de laisser la place à un motif semblant illustrer la descente aux enfers du héros que Williams répète à plusieurs reprises.

 

Bien entendu, les morceaux classiques de la saga ne sont pas oubliés. On l’a vu à plusieurs reprises dans la chronique, le thème de la Force est extrêmement présent dans cet épisode III. Elle joue son rôle dans ces destins et le thème semble personnifier son action. La reprise du Leia’s Theme, de la Marche Impériale, du Binary Sunset ou du Throne Room (sur A New Hope & End Credits), clin d’œil appuyé pour les fans, permet de lier la fin du film avec Un Nouvel Espoir.

Dans cet équilibre se répondent certains des grands thèmes de la prélogie. La synthèse donne un sentiment de maîtrise, d’accomplissement, de feu d’artifice final. Car cette prélogie aura su développer son univers tout en assurant la continuité de l’ensemble de la saga. Fini les grands moments tout orchestraux et héroïque de la Trilogie Originale. On joue plus sur l’ambiance, la psychologie, l’apparition un peu plus erratique des grands thèmes, liés aux scénarios et aux films eux-mêmes. C’est moins épique à la base, mais la prélogie est plus grave, plus sombre, plus mature je dirais-même dans son approche. Le style de Williams a aussi changé, ce qui est à prendre en compte. Jamais, toutefois, on ne doute d’écouter du Star Wars. C’est là la grande force du compositeur.

Quoi qu’on en dise, La Revanche des Sith offre un magnifique final à cette série de films : pas de facilités, de réutilisations abusives de morceaux déjà crées, mais bien un parallélisme fort entre les épisodes de la saga. John Williams propose un drame shakespearien en diable, plein de force et de démesure. C’est une conclusion impressionnante, sombre pour les six premiers épisodes d’une saga musicale dont c’est l’un des points d’orgue, alors qu’elle compte près de vingt heures de composition de John Williams.

Le compositeur aura l’occasion de revenir à la saga avec la postlogie, et de dire une dernière fois adieu avec la partition de L’Ascension de Skywalker.

Kevin

Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Écologies Étrangères), Malpertuis (Malpertuis VI, Malpertuis X) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy historique, Entre la Louve et l'Olympe, est disponible.

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