Virus – Haken

Quasiment deux ans après la sortie de leur dernier album Vector, les anglais de Haken reviennent avec la suite directe de ce dernier, en nous proposant Virus (attention, comme le précise notre frontman Ross Jennings, absolument aucun lien avec la situation actuelle !). Cet album sortira le 5 Juin 2020 prochain sous le label InsideOut Music.

Aaaaaah Haken ! J’ai découvert ce groupe il y a environ un an, en achetant un billet pour le concert de Devin Townsend de Novembre 2019 à la salle Pleyel, où ils ont eu l’honneur de jouer en première partie. Et autant vous dire que j’ai rapidement été conquis par le groupe.

Haken est un groupe anglais de métal progressif, dans le même style que les Caligula’s Horse pour ne citer qu’eux. Ce groupe, actif depuis 2007, en est déjà à son sixième album ! Entre le tout premier album Aquarius et celui-ci, je mettrais un accent en particulier sur l’album The Mountain, sorti en 2013, qui selon moi est le meilleur de ce que le groupe peut nous offrir. Le meilleur donc. Jusqu’à maintenant ?

Prenons le temps de parler très rapidement de The Mountain, ou en particulier d’une chanson de cet album. Cockroach King. En effet, il est important de partir de là, car l’arc que constituent Vector puis Virus tente de répondre à cette question : Qui est donc ce Cockroach King ? Le groupe nous explique que Vector posait les bases de l’histoire, tandis que Virus nous raconte directement l’ascension au pouvoir. Ecoutons donc ceci !

L’album commence par Prosthetic. La chanson est définie par le groupe comme une transition entre les deux albums, qui démarre le déploiement d’un virus qui affectera tous les aspects d’une vie. On sait d’ores et déjà avec cette chanson que l’album sera différent des autres. En effet, si Haken réussissait dans ses albums précédents à nous transporter par des mélodies bien construites et assez « spirituelles » – j’entends par là généralement lentes, assez calmes, avec une cohésion et une harmonie entre les différents instruments (voix comprise) – cet album semble déjà nous proposer quelque chose de plus violent, plus brut. On peut d’ailleurs jouir d’un excellent rythme binaire nous donnant envie d’une petit headbang à la fin de la chanson, et ce type de rythme, c’est rare chez Haken ! Voyez par vous même, vous pouvez déjà écouter ce premier titre qui est disponible dès maintenant sur Youtube !

 

Si dans cette première partie, j’ai pu estimer que certaines chansons pouvaient être anecdotiques comparées à ce qui allait venir, j’aimerais juste parler quelques instants de Carousel, selon moi le meilleur morceau de cette première partie. Cette chanson longue (10min29 !) se rapproche d’un métal progressif nous faisant nous rappeler les premiers Opeth (la voix saturée en moins), et permet donc de poser ce qui, selon moi, fait l’essence du métal progressif. On a une mélodie maître qui est présente, et qui refait surface de temps en temps dans la chanson, avec des apparitions assez éloignées pour pouvoir oublier la dernière fois qu’on l’a entendue, mais assez proche pour bien se rendre compte que l’on est toujours sur la même piste. On a des passages violents, des passages extrêmement calmes, et le tout est parfaitement cohérent. Chaque apparition de la mélodie fil-rouge est un peu plus intense que la précédente, et la chanson finit sur une intensité sans précédent.

Après quelques titres, qui sont bons, mais pas aussi marquants que les autres (quoi qu’intéressantes : allez voir le clip de Canary Yellow sur Youtube, si la musique est un peu moins ma tasse de thé, l’interprétation que l’on a en vidéo semble très profonde), nous arrivons dans le cœur de l’album, LE moment que l’on retiendra, à savoir la série des Messiah Complex. Je ne sais pas si j’ai tout compris, il se peut que je me trompe, mais c’est toute la magie de l’art, il y a autant d’interprétations que d’auditeurs, je vais donc vous raconter la mienne.

Selon moi, cette série de chanson est la raison de la création de cet album. A savoir, comme ce qui était précisé dans l’introduction de cette chronique : Qui est le Cockroach King ? (« le Roi Cafard », petite traduction qui aura son importance). En effet, cette série semble raconter l’ascension au pouvoir de ce roi, chaque titre racontant un passage de l’histoire.

Ivory Tower marque le début de cette ascension. Une Tour d’Ivoire représente un lieu où les gens sont coupés du monde réel et ne savent pas ce qui se passe dans ce dernier. Musicalement, on a affaire à quelque chose de très calme, comme si l’on pouvait sentir l’union dans la musique, mais tout en ayant quelque chose de dérangeant, les tonalités choisies permettent tout de même de garder cette tension en suspens, pour enfin arriver sur un passage à la double pédale, qui donne toujours l’impression d’union, mais de plus en plus violente. On sent le fait qu’il s’agit d’une transition, comme si quelque chose de mal s’était passé, sans que les résultats de cette action ne soient encore visibles. Et la seconde chanson semble confirmer cela. A Glutton for Punishment démarre avec un passage beaucoup plus énervé, un peu plus « core » rythmiquement parlant. De plus, ce morceau marque le début des liens entre les albums : on peut clairement entendre une partie du refrain de Puzzle box (de Vector) dans la chanson. Celle-ci se termine sur un excellent riff à la double pédale une fois de plus et permet d’enchaîner sur le troisième titre de cette série : Marigold.

Ce titre très court semble marquer une transition dans l’histoire, et donner les effets de la première partie. Marigold (l’œillet d’Inde) est une fleur représentant la cruauté, le chagrin et la jalousie. On ressent dans la rythmique des refrains quelque chose d’un peu plus militaire, la voix nous faisant penser à un discours, on a envie de suivre cette voix. De plus, le tout est entouré, entre les refrains, par des passages un peu plus déstructurés : on a envie de suivre cette voix, mais on sait aussi que ce ne sont pas pour les bonnes raisons. La fin marque une ascension vers une suite, et sans aucune transition, nous arrivons au titre suivant, The Sect, tout aussi court, mais extrêmement riche en informations. Après un rythme à deux temps, on reprends ici un passage a cappella, où le célèbre riff de Cockroach King fait son apparition, mais d’une façon totalement différente de ce que l’on a pu entendre dans The Mountain, ce passage est au milieu d’une ambiance très pesante. Cette chanson est étrange, elle part dans tous les sens, offrant le chaos et le désordre le plus cohérent de l’histoire. On a l’utilisation de saxophone qui semble déchirer les notes, l’utilisation de sons 8 Bits, et on a même droit au passage plus plus violent jamais entendu dans l’histoire de Haken, un énorme riff aux sonorités Black Metal accompagnés de son superbe blast (oui oui, du blast chez Haken !).

Ce morceau, bourré de références au titre de The Mountain, s’enchaine une fois de plus parfaitement avec la chanson suivante : Ectobius Rex. Ectobius étant un type de blatte, Rex signifiant Roi, on sait très bien de qui l’on parle ici. D’ailleurs, on ressent clairement la puissance, le règne dans ce titre. Le passage A Cappella de Cockroach King est totalement modifiée pour être soutenue par dessus un rythme presque Djent (mais en très lent), donnant cette impression de grandeur. Plus on avance dans la chanson, plus on sait que l’on est sur la fin, l’ensemble des Messiah Complex est tellement cohérent que l’on est capable de ressentir ce genre de choses.

 

Tracklist :

Prosthetic
Invasion
Carousel
The Strain
Canary Yellow
Messiah Complex : Ivory Tower / A Glutton for Punishment / Marigold / The Sect / Ectobius Rex
Only Stars

 

Cet album aura eu d’excellentes chansons dans la première partie (Prosthetic et Carousel en particulier), mais, aussi qualitatives soient ces chansons, elles ne resteront qu’anecdotiques à côté du coeur de l’album, le plus intéressant, toute la partie des Messiah complex. Le fait d’avoir tout un ensemble de chansons se suivant parfaitement, et racontant une histoire, avec des ambiances et émotions différentes d’une chanson à l’autre, est un exercice très difficile, mais parfaitement réussi !

Selon moi, Virus constitue ce que Haken a à nous offrir de mieux. Je me permets donc de répondre à la question que je me suis posée au début de cet article : The Mountain, le meilleur, jusqu’à maintenant ? La réponse est oui ! Peut-être est-ce le fait d’ajouter une histoire à « juste » de la musique, le fait d’avoir compris une partie des références aux autres albums du groupe, le fait d’avoir CLAIREMENT pu entendre quelque chose de plus violent dans cet album, mais ce qui est sûr, c’est que je suis totalement conquis ! Je ne peux donc que vous conseiller ceci : foncez !

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