Abimagique – Lucius Shepard

Ayant découvert Lucius Shepard à travers ce roman bien connu, Le Dragon Griaule, je me suis penché sur cette novella proposée par Le Bélial dans leur collection Une heure lumière. Sobrement intitulé Abimagique, du nom de la protagoniste principale que nous rencontreront, l’auteur va nous propose un texte surprenant à plus d’un titre. Petite plongée dans cet imaginaire étonnant !

« C’EST LA FILLE coiffée style Halloween. Coupe Morticia Addams, teinture noir de jais, mèches orangées asymétriques. Elle a vingt-quatre ou vingt-cinq ans. Une femme-enfant, songes-tu, qui dévore des biographies d’empoisonneurs célèbres et s’est affublée des piercings les plus douloureux du marché. De la chair à goth typique. Pourtant, une fois passé les cheveux, les robes vintage, la bague-araignée au ventre de perle, les tatouages sur les mains (un crâne de vampire, un cœur humain) et le maquillage outrancier, tu remarques que son visage est empreint d’une douceur et d’une sensualité maternelles qui semblent trop vulnérables pour participer de ce monde moderne… »

Elle a pour nom Abi — diminutif d’Abimagique. Elle est volupté, sensualité, violence aussi, parfois. Le monde court à sa perte, elle en est convaincue, mais elle dit avoir le pouvoir de sauver ce qui peut l’être… Elle est impénétrable. Possible qu’elle soit Cybèle, Magna Mater, femme sorcière tellurique. Possible aussi que le temps soit venu ; celui du sacrifice…

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Abimagique est un livre surprenant. Une centaine de pages pas plus, une magnifique couverture d’Aurélien Police mettant en avant Abi et ses rondeurs callipyges, une histoire qui m’a surpris à plus d’un titre. Tout débute par une simple rencontre, rien de bien surprenant, l’ordinaire. Et pourtant le destin de notre héros, de nous, puisque l’on incarne ce personnage, va s’éloigner de tout ce qui était prévu. Car Abi n’est pas vraiment ce qu’elle paraît être et nous allons vite nous rendre compte de toute l’étendue de ce qu’elle est, de ce qu’elle peut faire. Scénaristiquement il n’y a rien à redire : Lucius Shepard nous propose une histoire impeccable de bout en bout : le rythme est bon, laissant la place à la psychologie des personnages, tout en nous invitant à nous creuser la cervelle pour comprendre là où il veut en venir. Et oui son histoire est tortueuse à souhaits, vous aurez compris, je suis fan.

Par contre stylistiquement j’ai eu énormément de mal à débuter l’histoire, à me sentir happé. Le mode de narration choisi où l’auteur s’adresse à nous d’un « tu » surprenant mets du temps à faire son chemin et cela fut assez compliqué pour moi de m’intégrer dans l’histoire. Mais une fois cet écueil passé (environ une vingtaine de pages), je me suis retrouvé dans un cocon tant le talent de Lucius Shepard réside dans la manière dont il nous conte son histoire est aussi grand que l’histoire elle-même.

Très clairement avec cette novella Lucius Shepard démontre qu’il est un des maîtres de l’imaginaire de manière totalement incontestable. Partant d’un point de départ anodin il nous emmène à travers une histoire rocambolesque mais qu’il parvient à rendre crédible au fil des pages, nous rendant avides d’en connaître la finalité. Une découverte franchement exceptionnelle que je ne peux que conseiller.

Abimagique
Lucius Shepard
Une heure lumière
Le Bélial

2019

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *