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NM1 – Nature Morte

Les amateurs de metal extrême l’ont sûrement remarqué depuis quelques temps : le black metal évolue, n’en déplaise aux puristes. S’éloignant de ses racines scandinaves et anti-religieuses, il a trouvé de nouvelles terres d’accueil principalement européennes, et adopte un certain goût, si ce n’est un goût certain, pour la contemplation, l’introspection et la mélancolie. Loin est le temps où le black metal encore jeune se complaisait dans la crasse des caves norvégiennes, blasphémant à outrance comme son ancêtre punk ; il a découvert le monde extérieur, la vraie noirceur de la vie, et rumine sa solitude dans de vastes forêts baignées de brume. En un sens, il a gagné en maturité. La France, terre respectée des amateurs de black en tout genre, voit elle aussi de nombreuses formations tenter une approche différente du mouvement, explorant des sonorités plus rock et créant une flopée de nouvelles étiquettes dont on se gardera bien de juger la pertinence : blackgaze, post-black, doom atmosphérique… Guère étonnant, quand la plupart des « experts » créditent Neige, leader d’Alcest et du défunt projet Amesoeurs, comme l’homme à l’origine de ce mouvement. Depuis, d’autres ont suivi, chacun avec leurs propres univers et leurs propres codes, mais toujours avec un grand sens de la composition et ces longs riffs hypnotiques qui en sont la marque de fabrique : Regarde Les Hommes Tomber, The Great Old Ones et les Discrets n’en sont que quelques exemples. En cette fin d’année 2018, il apparaît qu’il faudra désormais compter sur Nature Morte.

Formé en 2015 à Paris, le trio derrière Nature Morte entretient le mystère sur l’identité de ses membres, pour se concentrer sur sa musique. Car, comme le souligne leur présentation sur les réseaux sociaux, est-il important de savoir qui ils sont ? À l’heure où il est si simple de s’exposer au monde entier, parfois contre son gré, les Parisiens ont fait le choix de ne se livrer qu’à travers leur art ; un choix qu’on ne peut que saluer et qui accentue la curiosité de l’auditoire à la découverte de ce premier album, sobrement intitulé NM1.

Sorti fin novembre, une période propice à apprécier de telles sonorités, NM1 a pour seul défaut d’être trop court : tout juste 35 minutes et quatre pistes. Recommander un titre serait donc impossible, et qui plus est hors de propos, car l’album est à considérer dans son intégralité. Cela comprend la couverture, en couleur, ce qui est déjà une étrangeté dans le black metal. On y voit de la végétation aux allures de jungle, mais dans des tons verts défraîchis, et dont le contraste accentue l’obscurité projetée par les ombres. Le logo du groupe participe également à l’identité visuelle de Nature Morte, tout en style et en verticalité. Vient ensuite le moment de découvrir la musique – car plus que de metal, il s’agit bien ici de musique -, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle envoûte. Je me permets ici de donner un petit aperçu de ma propre expérience : écoutant à plusieurs reprises l’album de bout en bout afin d’écrire cette chronique, je me suis surpris plusieurs fois à perdre le fil du temps, comme si j’étais projeté dans une longue rêverie quelque part en pleine… nature. Le rythme long et lent des percussions, associé aux riffs lourds et pourtant aériens, et les cris lointains qu’on peine à comprendre tout en ressentant l’émotion qu’ils projettent, plongent l’auditeur dans une captivante expérience, une quête vers l’inconnu au terme de laquelle on réalise que, comme le disait (paraît-il) Robert Louis Stevenson, l’important n’est pas la destination mais le voyage. Bien sûr, une même musique donnera à chacun des sensations différentes ; il n’empêche que, quel que soit le chemin parcouru, NM1 est un excellent moyen de se libérer un instant de ses limites physiques et laisser son esprit errer dans d’étranges contrées. Jusqu’à ce que finalement, quelques notes de basses très Robert Smith-iennes nous rappellent à notre corps, mettant fin à ce petit rituel intérieur, et nous laissant avides d’y retourner.

Il va sans dire que Nature Morte signe avec ce NM1 un très, très bon premier album. On espère donc l’arrivée prochaine d’un NM2 dans les années à venir, tout en accueillant le trio parisien parmi les groupes français à suivre de près.

NM1
Nature Morte
Argonauta Records
2018

Eldricht Tales

A propos de Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

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