Un Cerf en automne – Eric Lysøe

Un cerf en automne [500x500]Un compositeur fait  en bordure de forêt, une étrange rencontre : alors que les lieux l’inspirent, et qu’une partition entre ses mains s’écrit comme d’elle-même, un cerf vient poser la tête sur son manuscrit. Mais, si le destin a pourvu ce compositeur d’un don, si les hasards de la vie lui ont permis de rencontrer une jeune femme qu’il aime à la folie, un drame inattendu viendra foudroyer un bonheur qui semblait parfait.

On connaît Eric Lysøe, entre autres, pour la très belle anthologie la Belgique terre de l’étrange (Éditions Espace Nord) qui correspond à son domaine de prédilection. L’influence de cette prose classique, on la ressent dès les premières pages, avec l’impression de feuilleter un des ces ouvrages de la défunte collection Marabout qui ont fait la gloire du fantastique belge, mais aussi d’auteurs français à la prose éminemment respectable tels que Marcel Brion et Marcel Béalu.

L’ouvrage est scindé en cinq  chapitres composant autour de la partie centrale – le monologue du dieu-cerf Cernunnos –  une élégante symétrie. Comme entame et comme fin, le destin du compositeur ; comme parties intermédiaires, à la fin du dix-septième siècle, les éléments en rapport avec le procès d’un arpenteur, avec ce qu’il découvrit, et avec ce que d’autres avant lui découvrirent.

Arpenteur, oui, car la forêt bordant la demeure du compositeur est depuis toujours sans qu’il en ait jamais conscience, une forêt magique. Elle est, au sens littéral du terme, incommensurable. À la manière des lieux de fable ou plus récemment de la Forêt des Mythagos de Robert Holdstock ou de la Maison des Feuilles de Mark Z Danielevski, elle échappe à toute mesure. On peut tenter de la circonscrire, mais on ne peut entièrement l’explorer. Les relevés que l’on en fait, les plans que l’on essaie d’en dresser jamais ne concordent. Les angles ne se complètement pas, les surfaces mesurées diffèrent.

Nous n’en dirons pas plus sur l’intrigue, dans la mesure où il s’agit d’un court roman de tout juste cent pages et où nous nous garderons bien d’en trop révéler au lecteur, si ce n’est qu’elle repose en partie sur la mythologie celtique. Il y est question notamment de Cernunnos, ancien dieu gaulois dont on sait peu de choses sinon qu’il était sans doute dieu de la fécondité terrienne et des forces naturelles, qu’il était cornu, pouvait avoir trois visages et être représenté assis à la manière boudhique. Il a été également figuré mi-homme mi-cervidé, représentation dont Eric Lysoe s’est inspiré pour ce récit.

Ce bref roman est publié dans la collection  « Mondes en VF », série d’œuvres littéraires contemporaines d’auteurs francophones à la destination de tous ceux qui apprennent le français, que ce soit dans l’hexagone, dans les départements et territoire d’outre-mer ou dans les autres pays de la francophonoie. A ce titre, les mots qui ne relèvent pas du vocabulaire le plus courant bénéficient de notes explicatives de bas de page. Ceci nous conduira au reproche de détail que l’on pourrait faire à cet ouvrage : au Togo, en Haïti, par exemple, ceux qui découvriront ce petit livre auront du mal à le comprendre sans savoir qui étaient les gaulois et qui étaient leurs dieux, Cernunnos, Lug, Épona, Taranis – une courte annexe didactique aurait été intéressante.

Mais c’est bien là le seul reproche que l’on pourrait faire à ce petit livre. Servi par une prose limpide, Eric Lysøe tisse une histoire de magie et de création, une récit d’amour à travers le temps et la frontière qui sépare les vivants et les morts, une histoire de sacrifice, de féerie, et de retrouvailles impossibles. Un très beau conte qui à une touche contemporaine mêle des éléments de contes de fées et  de récits folkloriques, une belle histoire également disponible en version audio, que l’on peut télécharger librement sur le site des éditions Didier

Un cerf en automne
Eric Lysøe
Editions Didier

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