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Aethra – Gorod

Tous les goûts sont dans la nature, et plus encore dans un univers musical aussi vaste et riche que le metal. Il est assez peu courant, il faut bien l’admettre, de trouver des amateurs de gros riffs qui n’aient pas d’opinions très tranchées quant à un style ou un groupe qu’ils affectionnent, ou a contrario qu’ils détestent copieusement, quelles qu’en soient les justifications. Après tout, le metal est une musique de passionnés ; et même si l’ère actuelle est au respect des goûts de chacun, il est logique de voir les fans monter aux créneaux lorsque quelqu’un parle négativement d’un groupe ou d’un style envers lequel ils ont un fort attachement émotionnel. C’est pourquoi il est à peu près certain que cette chronique provoquera quelques hérissements de poils, alors que je m’attaque aujourd’hui à la dernière production des Français de Gorod.

Autant le dire d’entrée de jeu : le death technique n’est pas ma tasse de thé. Bien que je reconnaisse sans peine le talent des musiciens, mon cerveau fait un blocage quand la virtuosité prend le dessus sur la brutalité du death metal, ce qui m’empêche d’apprécier à sa juste valeur une formation comme Gojira (blasphème !) qui pourtant parvient à maintenir un équilibre entre technicité et violence. D’aucuns pourraient donc se dire que je ne suis pas le mieux placé pour juger de la qualité d’Aethra. Ce fut aussi ma première impression après une première écoute de l’album. Qui plus est, il serait extrêmement tentant – et un peu facile – de comparer la musique des Bordelais à celle de leurs illustres confrères, tauliers du genre dans l’Hexagone. Mais les artistes veulent avant tout être jugés pour ce qu’ils font, pas être comparés aux autres sur des similitudes réelles ou imaginaires. Un peu de challenge n’ayant jamais fait de mal, je vais donc m’atteler, après une seconde écoute, à rendre ici ma perception de l’album, avec l’honnêteté d’un non-fan.

La question est donc : est-ce que Gorod, avec cet Aethra, peut convaincre un auditeur lambda non réceptif à ce registre musical ? Le premier titre Wolfsmond le laisse penser : le groove est présent, les riffs suffisamment entraînants pour pousser à secouer la nuque d’avant en arrière, et les touches techniques assez discrètes pour ne pas noyer l’ensemble. Les choses se gâtent pourtant dès le morceau suivant, Bekhten’s Curse, avec ce déluge de notes tout au long de la chanson, et des cassures dans le rythme de la batterie, typique du death technique. À partir du troisième titre, l’éponyme Aethra, l’album embrasse ses influences jazz, et la voix de Julien Deyrez alterne entre hurlements et chant clair. C’est hélas le point à partir duquel l’album perd mon attention. Car si l’on retrouve bien les growls et la vitesse du death metal (And The Moon Turned Black), les passages calmes et les riffs de guitares intriqués viennent trop souvent au premier plan (Hina, Chandra And The Maiden), exigeant l’attention de l’auditeur qui, pour la peine, se doit de délaisser momentanément les joies du headbang pour constater, encore et encore, la virtuosité des musiciens. Mais l’exigence n’est-elle pas justement l’une des qualités du death technique ? Tout juste retrouvé-je un peu d’intérêt sur la dernière piste, A Light Unseen, aux accents Gojir-esques bien marqués.

Sans doute possible, les amateurs de technicité seront donc servis avec Aethra et confirmeront Gorod parmi les meilleurs groupes français du moment – un titre déjà décerné par le prestigieux magazine britannique Metal Hammer, il y a deux ans. Mention particulière pour la production, très propre et qui permet de bien discerner chaque instrument, une obligation pour un album aussi riche et dense. On devine que l’expérience de Daniel Bergstrand n’y est pas étrangère, l’homme ayant déjà œuvré pour Meshuggah, Decapitated et In Flames. Pour les autres qui, comme moi, cherchent des sensations plus brutes et primitives, Aethra ne les réconciliera pas avec le genre. Peut-être est-ce pour le mieux, après tout, et assurera à Gorod un public réceptif, plutôt que de chercher à plaire à la masse en optant pour la facilité et les compos grand-public. À ce titre, le groupe a tout mon respect.

Aethra
Gorod
Overpowered Records
2018

Eldricht Tales

A propos de Wolflord

Infatigable arpenteur des plans de l’imaginaire, je me réincarne au fil de mes voyages. De Gotham City à R’lyeh, du sanctuaire d’Athéna aux terres de Rokugan, je parcours les mondes en quête de nouveaux défis à relever et d’histoires à raconter. Et sans jamais oublier de prêcher la bonne parole du dieu Metal.

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