Un beau roman social et imaginaire.
Au cœur de l’espace, la Flotte vole éternellement, à la recherche des précieuses ressources minières qui lui permettent de survivre.
Enchaîné comme des milliers d’autres au plus profond de la Cale d’un de ses Vaisseaux, un garçon dessine et reçoit les enseignements d’un vieil homme. Jusqu’au jour où, son talent ayant été remarqué par les habitants des étages supérieurs, il est amené auprès d’une femme qui lui annonce qu’il ne fait plus partie des enchaînés. Il a désormais la chance de pouvoir étudier à l’université du Vaisseau, aux côtés de l’élite.
Ensemble, ils apprendront à comprendre la nature des chaînes qui les entravent tous deux et à libérer les esprits de ce monde.
Un roman social plus que fictif
L’intrigue de ce court roman s’inscrit dans un immense vaisseau mère. La science-fiction n’est ici pourtant qu’un décor, un prétexte à l’aspect social de l’histoire. Nous aurons finalement bien peu d’informations sur l’univers du récit, qui reste cloisonné à ce vaisseau démesuré, porteur du reste de l’humanité. Et ça n’a pas grande importance, car le message est ailleurs. C’est la chronique sociale qui se détache avant tout dans ce roman. La dénonciation des inégalités humaines, figurée par l’esclavage de la Cale et les privilèges des plus aisés, constitue un enjeu majeur du récit. Dans ce huis-clos où survit ce qui reste de l’humanité, les problématiques sont finalement les mêmes que celles qui nous animent aujourd’hui : sous couvert d’ordre et de sécurité, le capitalisme impose ses règles et sa loi, sur notre Terre comme dans l’espace. Cet aspect politique m’a parlé.
Des personnages anonymes
L’enfant et la femme : ainsi dont désignés les deux protagonistes principaux. Anonymes au sein de cette foule humaine, ils pourraient être n’importe qui.
J’ai beaucoup apprécié le traitement psychologique de l’enfant, ce personnage arraché à l’enfer de la Cale pour étudier au sein des étages supérieurs. La facilité aurait voulu qu’il s’en sente flatté, et découvre avec émerveillement cet univers si luxueux au regard de son passé. Mais l’autrice déjoue habilement ce piège, et nous décrit avec beaucoup de justesse la difficulté de l’enfant à s’adapter. Lui qui n’a connu que l’obscurité de la cale ne parvient jamais vraiment à s’intégrer aux étages supérieurs. C’est la force de ce lien avec son passé qui lui permettra d’accomplir son destin.
Il sera accompagné de la femme, qui se distingue elle aussi par sa nuance. Elle qui n’a toujours vécu que parmi les privilégiée est en réalité fille d’un enfant de la Cale. Ce statut particulier la poussera, coûte que coûte, à réunir cette humanité qui semble irréconciliable.
L’importance du message
Ce qui se détache tout au long de l’œuvre, c’est avant tout le message que porte ce récit. Un message d’équité et de réconciliation, qui puise sa force dans les liens insécables entre les êtres humains. Pour que cette humanité divisée ne devienne plus qu’une seule, portant l’espoir de jours meilleurs et plus justes. Ce message n’est pas nouveau, mais il est toujours agréable à entendre.
Sous ses airs de fiction, La pratique l’horizon et la chaîne est en réalité un récit psychologique et social, qui pose les bonnes questions au bon moment.
