Un roman de fantasy conçu par celui que je considère comme l’un des paroliers les plus doués de la scène metal française, je ne pouvais que succomber !
Dans le village d’Esnoth, chaque soir, la Garde allume de hauts feux pour repousser des araignées monstrueuses. Mais lorsqu’un bébé est enlevé par d’inquiétants sorciers, une troupe improbable se (re)met en ordre de marche : le capitaine Rondin, vétéran bourru ; le mage municipal Grisedent, plus municipal que mage ; et la jeune recrue Batistan Furet, dont l’enthousiasme pourrait bien les sauver du péril… d’une retraite assommante.
Au cours de leur aventure, ils croiseront une sorcière en exil, une jeune fille combative, un mercenaire au grand cœur… et même un rocher (dendritique) qui parle (mal). Sans compter des ennemis redoutables, dotés de zéro à huit pattes. Mais écoutez plutôt :
« Au commencement des Âges, il n’y avait rien d’autre que la Ténèbre silencieuse. Puis la Magie première heurta… »
– Allez Manu, quoi ! C’était vendeur jusque-là. Tu peux nous épargner tes envolées mystiques ?
– Mais c’est du contexte ! Et puis je fais comme je veux. Je suis l’auteur. On croit rêver…
Un univers étonnant mais cohérent
L’univers proposé par Emmanuel est des plus surprenant, avec ce village ayant connu une attaque énorme d’arachnides vingt ans avant notre histoire, et qui vit dans la terreur de ce qui pourrait advenir. Une magie existe mais la seule occurrence ou presque que l’on en voit c’est Grisedent, dont je parlerai plus tard. On sait qu’il existe d’autres villes, loin d’Esnoth et de la forêt des araignées mais c’est tout. Ce fonctionnement en huis clos a de quoi étonner et pourtant il apporte beaucoup au récit, le centrant sur les protagonistes et sur l’action sans se perdre dans un univers trop vaste.
Un scénario qui fonctionne parfaitement
L’histoire qui nous est proposée est en elle-même assez simple. Une femme est tuée, un enfant semble avoir disparu dans la forêt donc une équipe de héros se lance pour le sauver. En soi c’est assez classique mais ce type d’histoire fonctionne toujours. Si l’on rajoute Greef le mercenaire à l’équation, ainsi que quelques bras cassés, combinés à un humour très bien amené de l’auteur on se retrouve avec une petite pépite. Entre fantasy sombre, humour acide et aventure trépidante ce roman est juste parfaitement conçu.
Des personnages forts
La galerie de personnages est un autre des points forts de ce livre. On s’attache à chacun d’eux et je dois avouer avoir un petit coup de cœur pour Grisedent, ce mage dont les pouvoir ne fonctionnent que quand il est soumis à la peur. Les autres sont très bons aussi mais chaque lecteur trouvera son content et s’identifiera aisément à l’un d’eux. Parmi ces protagonistes particulièrement humains j’ai aussi beaucoup accroché à Greef, vous comprendrez pourquoi en lisant ce roman…
Un style particulièrement délicieux
Je connais Emmanuel depuis son groupe de musique, Wormfood, où déjà à l’époque j’avais été fan de sa plume très littéraire. L’Envers fait partie de ces albums que j’écoute encore dix ans après. Et j’ai retrouvé les mêmes qualités stylistiques dans son roman où chaque mot est choisi, mais aussi où l’humour et les traits acides sont toujours pertinents. Cela vient se combiner avec toutes les autres qualités de ce livre pour créer un véritable coup de cœur.
Je me suis laissé tenter par le nom de l’auteur avant tout, n’étant pas hyper fan de l’humour en fantasy. Mais Aranen m’a totalement séduit. Le récit sait se faire sombre, inquiétant, et le lecteur se prend au jeu des aventures des personnages. La couverture de Théa Magerand fonctionne parfaitement avec l’histoire proposée tandis que le travail de l’éditeur sur l’objet est impeccable. Un coup de cœur indéniable de cette année !
