
Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions.
Il est assez rare en France de voir sortir des romans mettant en avant la culture viking, alors qu’elle est particulièrement répandue chez nous. Pourquoi avoir choisi de partir sur un récit quasi-mythologique de type nordique ? Est-ce une culture qui t’a beaucoup imprégné ? Et quel volume de recherches t’a été demandé pour l’écriture de ce roman ?
Depuis toujours, je suis un grand lecteur de livres d’histoire. Je me suis d’abord intéressé aux pays nordiques à travers de la musique, mais c’est véritablement la découverte des livres de Régis Boyer qui m’a poussé à explorer en profondeur l’univers médiéval norrois. J’ai eu l’occasion de voyager en Suède et en Norvège, puis j’ai réalisé un échange de six mois en Finlande, expériences qui ont achevé d’ancrer en moi cette fascination pour les confins septentrionaux.
Quelques années plus tard, à un moment où je me cherchais en tant qu’auteur de fiction, la lecture des sagas islandaises a constitué un nouveau déclic. J’ai tout de suite perçu dans ce format narratif court, percutant et rythmé, un alliage idéal entre roman historique et fiction, teinté de touches mythologiques et fantastiques. C’est ainsi que je me suis lancé dans l’écriture de Thorvald au Fil d’Or, avec l’idée de faire mienne la vigueur des sagas d’antan.
Naturellement, ce livre a exigé un vrai effort de documentation. En la matière, les livres de Régis Boyer et les versions annotées des sagas islandaises qu’il a traduites se sont révélés des trésors. Toutefois, j’ai souhaité prendre quelques libertés par rapport au cadre historique strict, afin de donner ce souffle épique et mythologique qui fait la patte du récit. Il faut également saluer tout le travail de vérification qui a été fait par l’équipe d’Argyll pour donner au texte le plus de véracité possible.
Comment as-tu conçu Thorvald ? Quel a été le travail autour de ton héros pour lui donner les traits nécessaires à prendre vie de manière aussi mythique.
Dans la droite ligne des sagas, j’ai avant tout souhaité représenter Thorvald comme un homme soumis aux vents du destin. D’où cette fatalité qui émane du personnage, souvent malmené mais droit dans les épreuves. J’ai également souhaité faire de Thorvald un homme simple, aux aspirations tranquilles, appelé à assumer les premiers rôles bien malgré lui. J’avais notamment à cœur de ne pas tomber dans la représentation facile du héros surpuissant, omnipotent et triomphateur, ce viking invincible très (trop) présent dans l’imaginaire collectif.

Le défi a été de donner à Thorvald une vraie profondeur à travers la succession d’épreuves qu’il traverse, et de préciser ses buts. Un travail dans lequel l’apport de mon éditeur (Simon Pinel) a été déterminant, et qui a permis d’en faire un personnage plus attachant qu’il ne l’était originellement. Au bout du compte, je suis très heureux que nous ayons réussi à façonner un protagoniste aux motivations complexes, sans tomber dans une dualité toute manichéenne. Un héros finalement très humain, traversé de doutes et capable d’un grand courage quand il s’agit d’œuvrer pour des buts qui souvent le dépassent.
Tu as adopté un style littéraire proche de celui de l’Edda poétique, ce qui rend ton récit d’autant plus crédible. Comment as-tu travaillé particulièrement cet aspect ? Est-ce ton style d’écriture normal ou bien un véritable emprunt ?
Effectivement, j’ai vraiment eu cœur de rendre hommage à ceux qui nous ont légué ces textes d’exception que sont les sagas, en m’inspirant le plus possible de ce qui fait leur singularité : la vie qu’elles renferment, leur intensité dramatique, cette fatalité pleine d’héroïsme qu’elles dégagent, leur rythme aussi. De prime abord, cela peut être un peu désarçonnant pour le lecteur, mais je pense que l’on s’y fait assez vite.
Pour travailler cet aspect singulier de mon roman, j’ai continué à lire des sagas tout au long de l’écriture de Thorvald au Fil d’Or, ce qui m’a permis de puiser en continu dans ce répertoire d’œuvres à nul autre pareil. Néanmoins, il s’agit plus d’un emprunt que de mon véritable style d’écriture, même si je pense que ma plume sera durablement influencée par mon affection pour les sagas d’époque.
Question subsidiaire : vas-tu rester dans ce type d’univers liés à la mythologie nordique, ou bien rêves-tu déjà d’ailleurs ? Des projets en cours que tu peux évoquer ?
Je réfléchis actuellement à donner une suite à Thorvald au Fil d’Or. Je trouverais par exemple intéressant de développer la saga de personnages qui me tiennent à cœur, tels que Sturla, Astrid ou Silla-Bjarni. Ma décision dépendra sans doute de la manière dont sera reçu mon roman. Cependant, je suis par nature un lecteur éclectique, donc je ne ferme pas la porte à l’exploration d’autres types de littérature.
