John HoweQuoi de plus naturel après avoir évoqué le talent d’Alan Lee que de poursuivre ce mois-ci l’exploration des maîtres illustrateurs de l’œuvre de Tolkien avec une autre figure indispensable : John Howe.

Canadien né à Vancouver en 1957, John Howe semble venu au monde avec un crayon dans les mains. Influencé par les travaux de jeunesse de sa grand-mère, il a très vite pris conscience qu’il aimait dessiner. Ce fut à tel point que cette activité enfantine de prime abord devient sa principale occupation et presque une obsession. Soutenu dans ses efforts par sa mère, John Howe persiste à apprendre seul malgré toutes les difficultés que cela représente. L’école est donc plus que secondaire, ce qui l’envoie rapidement dans une filière voie de garage pour son imagination grandissante, j’ai nommé l’atelier mécanique… Peu à peu, le jeune John se fait la main, notamment en cours de biologie, alors qu’il s’escrime sur de rapides esquisses d’organismes ou de coupes anatomiques qu’il revend ensuite. Son éveil au monde de la fantasy est porté par le travail d’illustrateurs de romans, surtout du dieu Frank Frazetta qu’il tente de copier avec ses pastels. Livres d’occasion, livres de poche fatigués, rien n’échappe à l’œil déjà aguerri de l’illustrateur en devenir. Viennent les comics contant les aventures de Conan par Barry Smith et d’un certain Swamp Thing par Bemi Wrighton. Un détour par la bibliothèque municipale est source de la rencontre décisive : John Howe met la main sur Le Seigneur des Anneaux, dans le désordre puisqu’il lit d’abord Les Deux Tours puis Le Retour du Roi avant de pouvoir enfin emprunter La Communauté de l’Anneau. Mais le « mal » est fait, accentué par les premiers calendriers présentant des illustrations de ce monde fantastique si riche, preuve pour lui que la chose est possible. Enthousiaste, John Howe travaille dès lors sur ses premières versions visuelles du monde de Tolkien.
Amusant d’apprendre que John Howe termine ses études en France afin d’intégrer l’Ecole des Arts Décoratifs de Strasbourg. Trois années à ingurgiter des notions abstraites qui sont plutôt indigestes pour lui, même s’il reconnaît avec le recul qu’il en a retiré quelque chose de positif et d‘utile notamment grâce à un professeur d’illustration. Au moins a-t-il profité de son séjour pour explorer l’art européen sous toutes ses formes et on ne peut s’empêcher de remarquer cette influence dans ses travaux traitant d’architecture et de sculpture. Les châteaux, les paysages de cités baignées de soleil ou ravagées par les flammes de la guerre, tous affichent une insolente marque des arts antique, médiéval et gothique, portée par une minutieuse représentation de flèches élancées, d’entrelacs sculptés et richement ornementés. Ce qu’il nomme lui-même du réalisme fantastique est inscrit dans son style au point de le définir comme sien propre même aux yeux de celui qui sera son complice et ami sur le tournage de la trilogie adaptant les romans, Alan Lee.

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Perfectionniste, John Howe ne garde rien ou presque de ces années d’esquisses et de mises en couleurs, insatisfait et persuadé qu’il ne peut que faire mieux, il ne lui manque que l’argent nécessaire au règlement des frais de l’année à venir et qu’il rentre gagner au Canada pendant l’été.

Installé en freelance, il accepte des commandes de tous genres et sue sang et eau dessus, caricatures politiques, couvertures pour des magazines, des bandes dessinées, des dessins animés, des campagnes de pub… Tout paraît lui demander un travail épuisant pour des résultats loin de le satisfaire tant ils ne reflètent plus rien de son style personnel pour coller au mieux aux exigences des commanditaires. Mais cela paie les factures.

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Quelques années et des centaines d’insultes envers le métier qu’il exerce, Dieu seul sait pourquoi, plus tard, John Howe parvient finalement à travailler sur ce qu’il aime à la suite d’une commande de Gallimard pour une couverture de La Guerre du Feu de J-H Rosny (1982). Son nom résonne aux oreilles d’autres éditeurs francophones tels que Bayard et Casterman, suivis d’autres éditeurs anglophones cette fois et l’aventure prend une tournure créative plus libre.

un livre dont vous etes le heros

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La production d’images illustrant l’œuvre de Tolkien se fraie un chemin de plus en plus important dans l’art de John Howe qui se met à créer sa vision de la Comté, du Mordor et de la longue traversée de la Communauté en dehors des commandes d’éditeurs. A force d’expositions et de participation à divers types d’éditions valorisant les récits de la Terre du Milieu, il attire l’attention de nombre de professionnels, de passionnés et même d’un certain Peter Jackson qui l’intégre à l’équipe de production de son titanesque film aux côtés d’Alan Lee.

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De par sa formation et sa marque de fabrique très réaliste et médiévale, John Howe est rapidement aux commandes de l’imaginaire stylistique des costumes et surtout des armes de l’ensemble des peuples et personnages du Seigneur des Anneaux. De même, tandis qu’Alan Lee se focalise sur la mise en image du Rohan, de Galaborn et autres territoires des hommes et des elfes, John Howe donne corps au petit monde dynamique de la Comté, au mystère sombre de l’Isengard et à l’obscurité farouche du Mordor. Les influences médiévales et gothiques qui hantent l’art de John Howe l’ont naturellement désigné dans cette répartition.

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Crayons, fusains, huile, pastel, acrylique… Rien n’échappe à la maîtrise de John Howe et chaque matériau contribue à mettre en image sa vision du fantastique. Le dynamisme de ses personnages, la mise en scène du “moment” souligne son désir de saisir l’instant qui importe, celui qui change l’histoire et ses héros, le réalisme ancre les mondes fantastiques dans une perception commune à tous les esprits, même les plus hermétiques car il fait écho à quelque chose de connu, de tangible, des références qui donnent corps à l’imaginaire. Une quête perpétuelle de perfection qui n’a pour enjeu qu’une meilleure communion avec le public.

Poursuivant son aventure dans le monde de Tolkien, John Howe reste aujourd’hui un conseiller de marque pour Peter Jackson et ses ambitions fantastique, mais surtout, il œuvre à son tour pour affirmer une empreinte toujours plus grande au monde de la fantasy dans le cœur du public.

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Sources : site officiel de John Howe