imagesArtiste majeur élevé au rang de dieu vivant par ses compatriotes, Hayao Miyazaki est un magicien. Grâce à ses créations, son imagination et sa volonté, il a transcendé la réputation de l’animation japonaise, lui offrant une vitrine internationale de haute qualité graphique et scénaristique.
Né le 5 janvier 1941 à Tokyo, Hayao Miyazaki grandit dans un Japon en guerre, derrière l’ombre rassurante d’un père dont l’entreprise assure la fabrication des gouvernails pour les fameux modèles d’aviation Zero. Ce quotidien passé tout jeune auprès du monde de l’aviation marque son esprit et influera sur ses premières œuvres. En 1944, les Miyazaki quittent l’insécurité de la capitale pour un district plus éloigné des attaques aériennes ennemies. Entre la tragique fin de la Seconde Guerre mondiale pour le Japon et la maladie de sa mère, le jeune Hayao grandit très vite. Au cœur d’un parcours scolaire classique, il se découvre une passion pour l’animation et s’attache à développer son trait de crayon et de pinceau avec pour modèles des avions et les bateaux militaires amenés par la guerre. Influencé par le premier long métrage animé japonais sorti en 1958, La Légende du Serpent Blanc de Taiji Yabushita, Miyazaki sait qu’il veut devenir artiste. Il s’engage tout de même dans des études universitaires d’économie et décroche son diplôme qui lui sera peut-être utile au cas où. Pourtant, en 1963, il trouve son premier emploi chez l’une des plus grandes maisons de production d’animation, la future Toei Animation. Il est formé sur le tas à l’ensemble de la chaîne de fabrication d’un film ou d’une série TV animés, occupant successivement différents postes pour finir par la responsabilité de différents projets. Cette expérience et la connaissance de toutes les étapes de réalisation lui seront d’un grand secours lorsqu’il choisit l’indépendance en 1971.
Entre 1971 et 1983, Miyazaki, marié et père, oscille entre voyages d’études de paysages européens et américains pour ses projets artistiques personnels, missions sur divers projets tels que les séries Heidi ou Lupin III, la réalisation de son premier long-métrage d’animation, Le Château de Cagliostro et des périodes d’inactivité. Ce chômage est le coup de fouet qui le pousse à s’investir dans un nouveau projet, dessiner le manga Kaze no Tani no Nausicäa – Nausicäa de la Vallée du Vent. La version papier remporte un succès suffisant pour envisager son adaptation animée. Miyazaki est choisi comme réalisateur par le studio acquéreur des droits et le succès est immédiat. La machine est lancée. Grâce aux fonds recueillis, Miyazaki tient les moyens de son ambition.

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En 1985 il créé le Studio Ghibli avec son complice de toujours, rencontré à la Toei, Isao Takahata et les films s’enchaînent : Le Château dans le Ciel, Mon Voisin Totoro, Kiki La Petite Sorcière, Princesse Mononoké, Le Voyage de Chihiro, Ponyo sur la Falaise, Arrietty le Petit Monde des Chapardeurs…  Sans oublier la poursuite son travail de dessinateur de mangas.

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Entre ces activités de création en totale indépendance, Miyazaki continue de mettre son talent et son savoir-faire au service d’autres productions, réalisant ici et là quelques épisodes d’une série, un documentaire en version animée.
Depuis quelques années, il délègue de plus en plus les tâches à ses collaborateurs plus jeunes, formés au sein du Studio Ghibli, gardant essentiellement les rôles de superviseur et de scénariste.

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Miyazaki reste attaché au travail traditionnel et n’a cédé à l’ajout partiel de l’infographie que depuis le film Princesse Mononoké, histoire de rester dans l’air du temps et d’optimiser au maximum l’accord des réalisations avec son public. Il privilégie le travail du trait à la main sur cellulos qui sont ensuite colorisés à l’aquarelle, un sacré boulot quand on sait que Nausicäa de la Vallée du Vent comptait pas moins de 25 000 cellulos, 1 620 plans et Princesse Mononoké 144 000 cellulos (dont 80 000 dessinés par Miyazaki lui-même).

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Quand on s’attache à la personnalité d’Hayao Miyazaki, on remarque combien ses œuvres sont un melting-pot d’influences universelles, alliant un fantastique oriental et occidental : Kiki et d’autres sorcières plus ou moins charmantes, Totoro, un mot inventé par Miyazaki d’après la prononciation japonaise « tororu » pour Troll, le bus chat issu de la légende japonaise contant qu’un chat âgé peut changer de forme selon son gré, des machines volantes qui rappellent évidemment l’art de Möebius tout comme de réels avions, la forêt magique de Princesse Mononoké, des animaux géants, des malédictions divines, des villages hantés, des fantômes, des créatures incarnant les esprits de la Nature, une enfant élevée par des loups…

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Film Title:  Le Château Ambulant.

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Aucun folklore ni aucun code n’échappe à l’imagination de Miyazaki qui, non content de les connaître et de les revendiquer, sait les glisser dans des histoires inédites qui s’adressent d’autant plus facilement à un large public qu’elles touchent toutes les cultures et donc tous les cœurs. Thématique récurrente, l’amour de la Nature, la préservation de celle-ci, l’affirmation que si l’on n’y prend pas garde, cette Nature, possédée ou non par des esprits, finira par nous priver de sa bienveillance. Et distillée dans ces contes mi-fantastiques mi-réalistes, les liens humains mis en exergue par des héros enfants ou adolescents, nul doute ceux qui sont le plus à même de comprendre l’importance du message et des aventures fondatrices d’un esprit éveillé qui n’oublie rien de son innocence.

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Un grand merci au site francophone dédié au maître pour toutes les informations que j’ai pu y trouver pour la rédaction de cette chronique : http://www.buta-connection.net/accueil/