Black Out – Blitz T1 – Connie Willis

Montage noir et blanc avec mise en valeur du dôme de la cathédrale Saint-Paul de Londres, monument emblématique, s’il en est, du Londres qui résista aux bombardements allemands durant le Blitz. Saint-Paul est le symbole de ce peuple londonien qui survécu au pilonnement nocturne puis permanent avec l’arrivée des sinistres V1 puis des redoutables V2. Même sous les bombes incendiaires, même si aucun de ses vitraux ne sortit indemne de la guerre, c’est l’édifice qui est resté debout et qui symbolise le mieux le courage des Londoniens. C’est ce symbole qui nous est proposé sur la couverture de ce premier volume du dyptique Blitz de Connie Willis et qui s’intitule Black-out. Pour bien nous resituer l’époque, des bombardiers survolent l’édifice en délivrant leur cargaison mortelle. C’est dans cette ambiance si particulière du Blitz que nous allons découvrir les héros de cette série de science-fiction. Pour en savoir plus, je vous propose déjà de prendre connaissance de la quatrième de couverture :

Oxford, futur proche. L’université est définitivement dépoussiérée : historien est devenu un métier à haut risque. Car désormais, pour étudier le passé, il faut le vivre. Littéralement.
Michael Davies se prépare pour Pearl Harbor, Merope Ward est aux prises avec une volée d’enfants évacués en 1940, Polly Churchill sera vendeuse en plein coeur du Blitz, et le jeune Colin Templer irait n’importe où, n’importe quand, pour Polly…
Ils seront aux premières loges pour les épisodes les plus fascinants de la Seconde Guerre mondiale. Une aubaine pour des historiens, sauf que les bombes qui tombent sont bien réelles et une mort soudaine les guette à tout moment. Sans parler de ce sentiment grandissant que l’Histoire elle-même est en train de dérailler.
Et si, finalement, il était possible de changer le passé ?

Nous avons plus ou moins tous lu de la science-fiction avec un voyage temporel au cœur de l’intrigue. Ici, ce n’est pas pour sauver l’humanité ou éviter un paradoxe temporel qu’on a recours à des voyageurs temporels. C’est pour l’étude des temps passés. Les voyageurs sont des étudiants d’histoire qui utilisent cette avancée technologique pour explorer la période qu’ils vont traiter dans leur thèse de doctorat.

Les sujets vont de l’observation des comportements qui transforment des individus parfaitement ordinaires en héros, à l’adaptation des Londoniens aux bombardements, voire à l’étude des enfants que leurs parents ont envoyés dans le nord de la Grande-Bretagne afin de les éloigner des dangers qui menaçaient la capitale britannique.

Tous ces sujets d’étude ont en commun de se dérouler en Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale. Le lecteur remarquera bien vite que cette technique éprouvée du voyage dans le temps semble s’être déréglée pour les protagonistes de ce premier volume de Blitz. En effet, des retards et des changements de dernières minutes dans l’ordre des voyages affectent l’ensemble des étudiants. Ils réussissent pourtant à partir, mais plus ou moins près à la fois géographiquement et temporairement de leur objectif initial.

Deux choses m’ont gêné dans cette histoire. La première est que nos voyageurs ne sont pas des héros, car ils ne doivent pas risquer leur vie et que tout est fait pour que cela n’arrive pas. Sur ce point, comme l’histoire se met à dérailler un peu, j’ai été rassuré, même si j’étais alors bien avancé dans la lecture. La seconde gêne tenait au fait que nous avons affaire à des observateurs qui peuvent paraître inhumains, ne pas ressentir d’empathie par rapport à ces gens qui doivent vivre ou mourir pour que le futur soit tel qu’il est. Par exemple, je n’ai pas apprécié ce personnage qui compte les V1 et contrôle leur heure d’arrivée comme s’il s’était agi de vérifier un simple horaire de chemin de fer.

Pour le reste, et comme pour ses ouvrages précédents, Connie Willis a fait un extraordinaire travail de recherche historique qui se retrouve dans tous ces petits détails de la vie ordinaire qu’elle nous a si bien restitués. Le récit est fluide et, même si certains chapitres peuvent sembler n’être que des anecdotes, ils ont toute leur place dans la suite du récit. Le style est homogène et rien ne choque dans la traduction, hormis quelques formulations étranges, certainement conformes à l’époque mise en valeur. Cette traduction de qualité a été réalisée par Joëlle Wintrebert, dont j’ai déjà lu de nombreux textes, et dont je ne connaissais pas les talents de traductrice. Le lecteur bénéficie d’un glossaire culturel en fin de volume qui devrait combler sa curiosité. Un premier volume passionnant pour les lecteurs qui s’intéressent à l’histoire avec un ressenti plus mitigé quant à l’aspect science-fiction largement compensé par l’aventure humaine et la grandiose restitution de Londres et de ses habitants sous les bombes. La suite – intitulée All Clear en version originale – devrait sortir en avril 2013, toujours chez Bragelonne. Elle nous permettra certainement de mettre un nom sur ce mystérieux voyageur qui apparaît dans le dernier chapitre.

Black-out – Blitz T1
Connie Willis
Traduction par Joëlle Wintrebert
Bragelonne
Numérique au format ePub
2012

12,99 €

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