
Bonjour Vincent, et merci de prendre le temps de me répondre. Pourrais-tu tout d’abord te présenter et nous expliquer comment d’auteur tu es devenu directeur de la collection Nocturne ?
Bonjour ! Je m’appelle donc Vincent Mondiot, et la chose principale à savoir me concernant, c’est que je suis écrivain depuis maintenant une vingtaine d’années.
Si j’ai un peu publié à droite à gauche, dans divers genres, j’ai eu mes plus gros succès (je pense notamment à un roman qui s’appelle Les Derniers des branleurs et à ma série Le Gang du CDI) chez Actes Sud Jeunesse. C’est une maison qui m’a toujours soutenu et accompagné, même dans des projets parfois pas faciles à vendre… Avec le temps, on a appris à se connaître, eux et moi, et à se faire confiance.
Et, par exemple, ils ont appris à savoir que j’étais un énorme fan d’horreur.
C’est pour ça que, lorsqu’ils ont eu en tête de créer une collection dédiée à ce genre, il y a un peu plus de deux ans, ils ont pensé à moi pour la diriger.
J’y ai vu l’occasion de passer de l’autre côté de la barrière éditoriale, et de vivre une nouvelle expérience artistique ; j’ai donc dit oui très rapidement. C’était une proposition qui arrivait à point nommé pour me permettre de me réinventer un peu, dans mon rapport à l’écriture.
Et justement, c’est quoi cette collection Nocturne ?
C’est donc une collection de romans d’horreur dédiés à un public young adult. Je crois que ça vaut le coup de s’attarder un tout petit peu là-dessus, parce qu’il y a souvent une confusion… Nocturne ne propose pas des romans « jeunesse » au sens où on l’entend généralement : les romans que l’on publie sont très, très au-dessus du niveau d’un Chair de Poule, par exemple.
La catégorisation young adult fait s’arracher les cheveux à pas mal de libraires et d’éditeurs, depuis des années, mais c’est vraiment à prendre au pied de la lettre : ce sont des livres qui s’adressent à un public de jeunes adultes, de lectrices et de lecteurs qui ont encore un pied dans l’adolescence, et l’autre déjà dans l’étape d’après.

La vraie caractéristique un peu objective de la catégorie young adult, c’est surtout que les protagonistes des romans ont en général entre 15 et 20 ans… Mais si on y réfléchit, c’est aussi le cas dans énormément de films d’horreur que personne n’aurait l’idée de classer comme « films jeunesse ».
De fait, avec Nocturne, on veut se permettre d’aller loin dans les ténèbres, dans le gore parfois, dans la peur, dans le malaise… On veut offrir de l’horreur, réellement, à ceux qui en cherchent.
Et je crois qu’ils sont nombreux. C’est mon rôle, en tant que directeur de la collection, de les prendre au sérieux, et de répondre à leurs attentes.
Pour l’instant trois titres sont sortis, écrits par des Français, sur trois thématiques bien différentes de l’horreur. Comment choisis-tu tes textes ? Est-ce toi qui va chercher tes auteurices ou eux qui te proposent leurs manuscrits ?
Ça dépend des titres ! Les deux cas de figures se sont produits… Je suis en tout cas ouvert aux envois de manuscrits spontanés. Je lis tout, et suis en permanence à la recherche de récits qui me donneront envie de les publier.
Quant à savoir ce que je cherche dans un roman, c’est difficile de te répondre, moi-même je l’ignore ! Je veux justement continuer à aborder les manuscrits avec le moins d’attentes possibles, tu vois ? Ne surtout pas plaquer sur les textes des auteurs mes propres envies. Je veux être surpris, je veux lire des récits que je n’aurais pas l’impression de déjà connaître, je veux sentir que l’autrice ou l’auteur est réellement en train de raconter une histoire qui lui est propre, et qu’elle ou il ne se contente pas de cocher les cases du « roman d’horreur ».
De fait, moi-même, je veux en avoir le moins possible en tête, de ces cases.
J’ajoute qu’effectivement, comme tu l’as remarqué, jusqu’ici, on a changé de figure horrifique à chaque roman : on a eu du mutant, du fantôme, du vampire, on va bientôt avoir de la possession démoniaque… Le bestiaire et l’imaginaire de l’horreur sont assez riches pour que j’essaie qu’on ne se répète pas tout de suite !

Ta collection a une vraie identité forte visuellement avec ces couvertures en carton coloré aux illustrations d’un rouge à la fois brillant et vaporeux. Comment t’est venue l’idée de cette esthétique particulière, qui dénote vraiment sur les étals des librairies ?
Merci beaucoup pour ton compliment, mais il faut rendre à César ce qui lui appartient : la conception de ces couvertures a été un travail collégial, principalement effectué avec François Martin, mon éditeur historique et l’un des principaux dirigeants d’Actes Sud Jeunesse, et avec Anne-Laure Exbrayat, qui est justement l’artiste derrière lesdites couvertures.
On en est nous-mêmes très fiers, et on a conscience de l’effet qu’elles font en librairies… Et de la difficulté, en revanche, qu’elles présentent pour être bien photographiées sur les réseaux sociaux !
Mais oui, notre but était vraiment de créer des romans qui soient à la limite du livre-objet, qui donnent immédiatement envie de les prendre en main quand on croise leur route. Je crois qu’on y a réussi.
Que peux-tu nous dire du reste du programme 2026 de ta collection ? Des pépites à venir prochainement alors que Baron Cimetière vient de sortir ?

Après Baron Cimetière de Morgane Caussarieu, qui vient juste de sortir début mars, on enchaîne fin avril avec Creep, de Taï-Marc Le Thanh.
Taï-Marc est déjà bien connu des amateurs de littérature young adult, mais c’est la première fois qu’il officie dans le genre horrifique, et pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. J’ai vraiment adoré son roman, qui est une histoire, donc, de possession démoniaque se déroulant sur plusieurs décennies, et lui permettant d’aborder énormément de sujets liés à la famille, à la transmission, à l’éducation, à l’adolescence…
C’est un très beau roman, qui n’oublie pas d’être également terrifiant et choquant lorsqu’il doit l’être. Il contient une scène impliquant des outils de jardin qui est l’un des trucs les plus brutaux que j’aie lus dernièrement !
Et pour la suite, je préfère ne pas être trop précis, rien n’étant encore tout à fait gravé dans le marbre, mais il est fort possible que Nocturne s’ouvre à la littérature étrangère, notamment avec un roman australien qui n’a jamais été traduit en France, et qui a eu une grande importance dans mon propre parcours de fan d’horreur… Plus d’informations, j’espère, d’ici quelques mois !
As-tu stoppé ta carrière d’auteur, ou bien as-tu déjà des projets en route ?
Ma carrière d’auteur continue, même si, pour être honnête, le travail sur Nocturne l’a effectivement ralentie l’année dernière… Cela dit, paradoxalement, 2025 est l’année où j’ai sorti le plus de livres de ma vie, avec je crois cinq sorties sur l’année ! Mais le calendrier éditorial fonctionne avec un décalage, et c’est plutôt en 2026, en fait, que mon actualité propre sera calme… Mais en acceptant de diriger Nocturne, j’avais parfaitement conscience que ce serait le cas, et je ne le regrette aucunement. À mes yeux, mon travail d’auteur et mon travail d’éditeur forment un même continuum.
Là, je sortirai quand même un roman jeunesse illustré chez Flammarion, en fin d’année, et je viens également de terminer l’écriture d’un roman de science-fiction d’action pour adultes.
Et puis, bon, il est très probable qu’un jour ou l’autre, j’écrive moi-même un roman pour Nocturne…
Merci pour toutes tes réponses et à bientôt au détour d’un salon ou d’une dédicace !
