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The Great Depression – As it is

L’année 2018 est décidément pleine de surprises. La dernière en date, cette nouvelle ère du groupe anglais As it is. Bien partis pour être des dignes successeurs des groupes phares de pop punk, avec un chanteur blondinet et des chansons tout en accords majeurs, ce nouvel album change la donne.

Rarement le terme de « nouvelle ère » aura aussi bien porté son nom lorsque l’on parle d’un groupe de musique. D’habitude cela signifie habituellement « on va mettre un peu plus de synthés » ou un changement de membre. Ici, c’est toute l’imagerie d’As it is qui change. Exit le chanteur blond et innocent : welcome le cosplay de Gérard Way pré-Black Parade, avec cheveux corbeau et eye-liner, assorti à un visuel bien plus « dark ».

La référence à The Black Parade n’est ici pas galvaudée. En plus de la ressemblance visuelle et musicale évidente, les deux sont des albums concepts, c’est-à-dire des albums formant une histoire, chaque chanson suivant un fil rouge. Tout comme The Black Parade suivait le personnage de The Patient, atteint d’un cancer, nous suivons dans The Great Depression le parcours de The Poet, qui se bat contre nul autre personnage que The Death.

L’album est séparé en 4 parties, correspondant à 4 des 5 étapes théoriques du deuil : le déni, la colère, le marchandage et enfin l’acceptation. Avec chacune des chansons commencant par « The », tels des chapitres, et représentatives des parties : The hurt, the hope, par exemple, illustre l’acceptation avec un narrateur répétant tel un mantra « It’s got to get better ».

Si vous avez bien suivi, vous remarquerez qu’il manque une étape du deuil. Et pour cause : il s’agit de celle de la dépression. Si elle n’a pas sa propre partie, c’est bien parce qu’elle est au cœur de l’album. Le titre de l’album fait référence à la fois à la Grande Dépression, crise économique des années 1930, et à la dépression telle que nous l’entendons. As It Is interroge dans cet album la représentation et plus particulièrement la glamorisation de la dépression dans notre société. On peut penser aux débats autour de la série 13 reasons why, mais aussi aux suicides récents de Chris Cornell ou Chester Bennington, qui ont eu une forte influence sur l’album.

The Great Depression s’interroge sur notre société, sur laquelle le narrateur constate très vite « We’re all to blame for the wounded world ». La Grande Dépression n’est plus seulement économique : elle est sociétale. Nous ne sommes plus que des consommateurs, comme l’affirme The Poet dès le titre d’ouverture, nous gratifiant froidement d’un « hello consumer ». Le deuxième single de l’album, The stigma (boys don’t cry) parle lui de la masculinité toxique et des expectatives liées au genre (thématique qui n’a hélas pas changé depuis le tube homonyme de 1984 de The Cure !). As it is soulève des nombreuses thématiques au cours des 12 morceaux composant l’album.

Il est cliché de parler d’album de la maturité. Et pourtant, c’est ce qu’il convient de dire sur The Great Depression. Il y a en effet des thèmes plus adultes, plus « durs », mais la musique en elle-même est plus tournée vers le punk plus hard et le post-hardcore. Le frontman Patty Walters n’hésite pas à crier (jusqu’à manquer de perdre sa voix lors des sessions d’enregistrement) et s’entoure même d’Aaron Gillespie, batteur/chanteur du groupe metalcore Underoath, sur le morceau The Reaper.
Un groupe de pop punk existant depuis plusieurs années se retrouve souvent face à un choix : aller encore plus dans le côté pop (comme l’a fait All Time Low par exemple) ou s’intéresser à une musique plus emo, plus dure. As It Is semble avoir choisi cette voie-là, comme The Wonder Years avant eux.

En un mot comme en mille, ce nouvel opus d’As it is est une réussite. On pourrait reprocher un opportunisme, à l’heure où la santé mentale est un sujet fort, particulièrement dans la sphère pop punk/emo. Je préfère penser qu’il s’agit d’une démarche honnête de la part d’un groupe qui s’est beaucoup renseigné en amont auprès d’associations. Nous tenons notre Black Parade des années fin 2010. Cet album est à mettre entre les mains des nostalgiques de l’emo des années 2000 et de celles et ceux qui voudraient avoir un aperçu de la scène contemporaine. Et à propos de scène, As it is sera sur celle de la Boule Noire le Vendredi 23 Novembre 2018.

The Great Depression
As it is
Fearless Records
2018

Eldricht Tales

A propos de Nono

Touche à tout et électron libre passée par des expériences en théâtre et en télévision, Nono finit par se poser pour son plus grand amour, la musique, en travaillant comme assistante de production. Elle vit cependant une double vie avec moins de tableaux Excel, mais faite de concerts transpirants, de pop punk, rock alternatif et emo. Et comme les choses sont bien faites, elle aime bien parler de cette double vie avec plein de mots et d'enthousiasme.

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