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Live in Prague – Hans Zimmer

 

Depuis 2015, le compositeur de musiques de films Hans Zimmer s’est produit en concert dans le monde entier. Il est notamment passé en Europe (dont la France) en 2016 et 2017. Lors de la tournée 2016, une captation live a été réalisé à l’O2 Arena de Prague, dont cet album est la première parution. Un Bluray a également été édité pour l’occasion.

 

Il ne faut pas oublier que ce concert n’est pas le premier du compositeur à être diffusé largement : en 2005 déjà, le double CD The Wings of the film, qui revenait sur le concert de Gand, proposait des reprises scolaires (et malheureusement assez étouffées) des principales compositions du Zimmer de l’époque (Gladiator, le Roi Lion, un excellent Mission Impossible 2) ou une compilation agréable de travaux plus obscurs (Nine months, True Romance). De nombreux bootlegs ont circulé, car du matériel de qualité avait été écarté. Cette fois, nous aurons tout !

 

C’est une suite qui débute l’album : d’abord une ouverture détendue sur Driving Miss Daisy, qui se prête particulièrement  au concert avant un enchainement dynamique sur Discombobulate, le thème des films Sherlock Holmes. On finit sur le thème de Madagascar, l’occasion de révéler l’orchestre symphonique et le chœur. La tonalité est immédiatement donnée : des solistes sont successivement mis en avant, particulièrement le piano (Zimmer), le violoncelle (Tina Guo) ou bien entendu la guitare électrique (Johnny Marr de The Smiths et consorts).

L’album met directement en avant un mixage très proche de celui d’un groupe de rock/metal, qui accentue notamment basses et guitares. Résultat, certains moments sont excellemment mis en avant, à l’image du solo de batterie de la suite USS Alabama (Roll tide)/Anges et Démons (I60BPM) qui arrive juste après, où Satnam Ramgotra montre tout son talent. Les deux parties de ce morceau fonctionnent très bien et mettent bien en avant la chorale, même si on peut s’interroger sur l’intérêt de lier les deux films ensemble.

 

On entre alors dans ces films qui ont directement inscrit la BO dans mes goûts de prédilections. L’opening de Gladiator ne souffre pas trop de l’absence de Lisa Gerrard, l’enchainement direct sur le début de The Battle pousse le curseur émotion plus loin. J’aime ce thème, la noblesse qui s’en dégage. Quand je ferme les yeux, je revois Russell Crowe à cheval, la revue des troupes, l’attente avant la bataille. Le film m’a sans doute décidé à me lancer dans des études en histoire. Mais la musique, quant à elle, m’a toujours transportée.

The Battle en version tronquée met en avant, dans cette version, la guitare sèche, déjà présente sur le morceau original – Hans Zimmer a présenté cela comme une version « aventureuse ». Le medley passe directement du thème des Saxons à la charge de la cavalerie romaine, moment épique et intense. Honor Him assure la transition jusqu’à Now we are free, incontournable, mais c’est là où la voix de la chanteuse de Dead Can Dance manque le plus.

 

Sans transition, Lebo M lance l’ouverture du le Roi Lion. On passe en revue les classiques de The circle of Life à Lea Halalela. Cette version chantée du thème principal du film est un habitué des concerts zimmerien, on peut notamment en trouver une version en duo sur le CD Wings of a film. La version Hans Zimmer Live est plus pêchue, grâce au binôme du chanteur (Zoe Mythiyane) au coffre impressionnant. Suit une version orchestrale de ce thème que j’adore – particulièrement la version solennelle que l’on entend quand Simba évoque son père dans le film. Le medley se conclue sur King of the pride rock au crescendo final toujours aussi impressionnant.

S’ensuit un intermède plus calme avec le Da Vinci Code. La musique de ce film se prête au concert de par son ton calme, aux chœurs présents. Mais pourquoi ne pas avoir lié ce passage à Anges & Démons ? Mystère. C’est donc Chevaliers de Sangreal qui commence. La version concert met en avant le violon, en solo, comme sur Election by adoration (Anges & Démons justement !). Ensuite, on glisse vers une version plus classique avec les chœurs.

 

Arrive ensuite un incontournable : Pirates des Caraïbes. Je considère que Le Secret du Coffre Maudit et Jusqu’au bout du monde font partie de ses meilleures BO, mises ensemble. Il y a une profusion de thèmes, une énergie, un drama qui n’a jamais été aussi bien synthétisé dans sa musique. Je pouvais donc craindre la sélection des morceaux, entre passages obligés et regrets par avance.

La suite s’ouvre sur le thème de Jack Sparrow, qui met en avant le violoncelle de Tina Guo – qui assure, comme en témoigne le bluray. Transition vers le love theme de Pirates 3, où l’orchestre commence tout simplement à jouer Marry Me ! Vous allez me dire, quoi de spécial ? Cette piste, qui est une synthèse autour du love theme, n’est disponible que sur un obscur CD Bonus. Autant dire la retrouver sur ce live est une belle surprise. Surtout que la bande à Zimmer va me faire un énorme plaisir en jouant la scène du parachute, déclinaison bouleversante (vers 7:00 sur la suite), envolée qui fait partie à mon avis des meilleurs morceaux du monsieur. Transition sur Up is Down puis le classique He’s a pirate.

 

On termine le premier CD de l’album avec True Romance (You’re so cool), sympatoche comme tout, enchaîné sur Rain Man, deux thèmes plus légers et gais de Hans Zimmer écrits dans la première partie de sa carrière. On notera que la deuxième partie de la version Rain Man en concert est légèrement plus agressive, mettant en avant la guitare électrique pour une version plus rock dans l’esprit – qui me va bien, cela évite de trop dater le synthé.

 

Après un CD plus «généraliste» dans son approche, la seconde partie va se consacrer à ses travaux plus récents sur les super-héros et sa collaboration avec Christopher Nolan. Lorsqu’on change de galette, Man of Steel s’ouvre sur du piano, citation touchante du thème avant de basculer sans transition sur le final de l’album. Cela correspond basiquement à la piste What are you going to do when you are not saving the world ? et c’est une petite déception. D’abord l’enchainement est bref, ensuite il y avait de la place pour plus de variété dans la sélection. On touche de toute façon à la limite de l’exercice d’une synthèse qui aurait pu durer, en fonction de chacun, deux heures de plus.

La transition est assurée par le culte Journey to the line de la Ligne Rouge, autre morceau classique de Hans Zimmer. Interprétation sobre tout en puissance avec l’orchestre qui monte pas à pas grâce à la progression dramatique du morceau. Un autre excellent moment de ce concert.

 

On retrouve aux super-héros et arrive le seul miscast de cette setlist, Electro de Amazing Spiderman 2. Qu’on ne se méprenne pas, j’aime cette piste et le jeu entre la chorale, le hautbois de Richard Harvey puis l’orchestre est dynamique. Mais le mixage ne peut sauver cette espèce de mur bruyant qui s’impose à l’auditeur.

 

On passe ensuite à la trilogie Dark Knight et après l’ouverture sur les sonorités électro du Caped Crusader, on remet ça avec une version rock très intense du thème du Joker. L’anarchie musicale bouscule l’auditeur mais l’enchainement avec l’imposant Electro m’a semblé trop gourmand.

Le medley se poursuit par Like a dog chasing cars, piste d’action qui me plait beaucoup habituellement et que l’orchestre réalise avec panache, avant de revenir au thème du Batman puis d’enchainer sur celui de Bane tiré de The Dark Knight Rises.

C’est l’occasion d’entendre Hans Zimmer en détail. Lui qui a été assez bavard pendant les concerts ne se fait entendre sur l’album que sur Aurora, morceau écrit au moment de la fusillade dans cette ville en 2012. Il y évoque les disparus, mais aussi Heath Ledger.

 

Arrive alors Interstellar. Cette BO est un magnifique condensé d’émotion bien mis en valeur par la progression du medley qui fonctionne du tonnerre, allant de Day One à No time for Caution avant de se conclure sur une reprise de STAY doublée à la guitare électrique, bonne idée, très intense et émouvante.

Pour le final – qui était le rappel du concert, le groupe revient donc et ouvre sur les premières mesures de Half remembered dream (Inception) puis bascule sur un épique Dream is Collapsing, morceau emblématique où le guitariste Johnny Marr affiche toute sa maîtrise. L’enchainement est parfait sur Mombasa, plus nerveux. La conclusion est apportée par Time, attendu certes, mais terriblement bien choisi pour finir un tel concert. C’est un morceau assez lent, élégiaque comme Zimmer les écrit, où il peut finir tranquillement au piano accompagné d’une seule violoniste. Un dernier beau moment pour graver l’image du concert dans les esprits.

Conclusion

Hans Zimmer – Live in Prague est un live calibré comme celui d’un concert de groupe de rock. Chaque musicien a son grand moment et Zimmer se comporte en véritable chef d’orchestre de ce groupe atypique. Le double album est un excellent best of de sa carrière, même si on trouvera toujours quelque chose de manquant, et peut permettre de découvrir plus clairement l’approche rock du compositeur, à travers différentes réinterprétations de certains de ses grands classiques.

 

Hans Zimmer – Live in Prague

Eagle Rock

2017

Disponible en CD, Bluray et sur Netflix

Eldricht Tales

A propos de Kevin

Passionné d'imaginaire, Kevin lit, voit et assiste à pas mal de choses. Il partage ses découvertes et aime repartir vers le passé, le temps d'une chronique ou d'un article. Depuis 2008, il joue aussi les scribouilleurs amateurs chez Rivière Blanche (Dimension Ecologies Etrangères), Malpertuis (Malpertuis VI) ou les éditions Mots & Légendes où son premier roman de Fantasy débarque en Mars 2018.

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