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Entretien avec Jim de Dagara

Dagara, groupe parisien, vient de sortir un tout nouvel album, Réminiscence, dont je vais vous parler très bientôt, et nous ne pouvions donc pas passer à côté de l’occasion de leur poser quelques questions.

Bonjour, et merci de prendre quelques minutes pour répondre à mes questions. Pourrais-tu tout d’abord vous présenter et nous expliquer ce qu’est Dagara exactement comme groupe ?

Jim – Salut ! Alors Dagara, c’est un groupe qui existe depuis la fin de l’année 2007. Le line-up actuel a six ans et se compose de Camille à la batterie, Gaël à la basse, Gwenn et Alex aux guitares, Max aux percussions et au chant, et quant à moi, je suis au chant également. On se définit comme un groupe de metal au sens large, parce que nous piochons dans tout un tas de styles différents. Nous n’accordons pas beaucoup d’importance aux étiquettes. L’important, ça a toujours été de trouver le consensus sur chaque morceau. Et de le défendre ensuite avec un maximum d’énergie sur scène. Au niveau de la discographie, nous avons sorti deux Ep, et nous sommes actuellement en pleine promotion de notre deuxième album, « Réminiscence », qui est sorti en novembre dernier. Nous avons, au cours de ces dix dernières années, eu l’occasion de défendre nos couleurs sur environ 250/300 concerts que ce soit en France ou dans de nombreux autres pays.

Comment en es-tu venu à la musique, et plus particulièrement au rock et au metal ?

J’ai toujours écouté beaucoup de musique. Mais la pratique est venue plus tardivement, vers 18, 19 ans, à l’époque où j’ai commencé à passer beaucoup de mes week-ends dans les petites salles de concert parisienne. Ça m’a donné envie de m’y mettre également. Alors, un jour, je me suis acheté une guitare, j’ai commencé à gratter quelques accords, à écrire des chansons. C’était vraiment très mauvais, mais c’est comme ça que tout a un peu débuté. Quand j’en ai eu marre de jouer dans ma piaule, je me suis dit que monter un groupe pouvait être sympa. J’ai vite abandonné l’idée d’être guitariste pour me concentrer sur les paroles et sur le chant. Je n’y connaissais rien du tout, mais j’ai passé des annonces sur Internet et petit à petit un groupe s’est formé tant bien que mal. Le metal, c’était une évidence. Non pas que je sois enfermé dans la culture metal, qui est pour moi un univers que je connais finalement assez peu, mais plutôt pour tout ce que cette musique dégage en termes de puissance et d’énergie. Le metal est un véritable exutoire.

Réminiscence est le tout dernier album du groupe. Comment s’est passée sa réalisation ? Qui a écrit la musique et qui s’est penché sur les paroles ?

Nous avons pris beaucoup de temps pour réaliser ce deuxième album. Il y a eu un énorme travail sur la composition, où aucun détail n’a été laissé au hasard. Avant de passer en studio, nous avons enregistré deux maquettes espacées de plusieurs mois pour avoir une oreille extérieure nous permettant de corriger ou améliorer certains passages. Une fois satisfaits, nous sommes entrés en studio. Les deux compositeurs principaux sont Gwenn et Alex. Après, Camille va évidemment apporter sa patte sur les parties de batterie, Max compose ses parties de percussions, et Gaël va parfois trouver quelques arrangements concernant son instrument. Quant aux paroles et aux placements des voix, c’est ma part du boulot.

Le titre de l’album a-t-il un lien avec le fait que le groupe fait aujourd’hui un retour sur son passé ? Ou bien est-ce une manière de se projeter vers l’avant en prenant en compte son passé ?

Réminiscence a été pensé comme les prémices de la Route du Chaos, notre précédent album. La volonté était surtout de mettre l’accent sur l’importance du passé dans le présent. Sur La Route du Chaos, il y a l’idée d’une descente permanente vers cette route, qui n’est, en somme, rien d’autre qu’une métaphore de l’infini chemin vers soi-même. Réminiscence aborde lui l’importance et le poids du passé dans les choix et les actes du présent. Chaque morceau raconte une histoire, une expérience. L’album aborde notamment des thèmes comme la violence, la rupture au sens large, la difficulté dans le rapport à soi et à autrui qui en résulte. Il y a la volonté d’illustrer le sentiment de vide, de mélancolie, de néant qui peut finir par gangrener un peu l’esprit lorsque nous sommes amenés à nous plonger dans tous ces souvenirs.

Comment faites-vous pour adapter un univers pareil en musique ? N’est-ce pas risqué de s’attaquer à une trop grande œuvre, même si ici le pari est réussi ?

Je pense que c’est un tout. La musique inspire ce genre d’ambiance et l’univers qui en découle s’adapte finalement assez naturellement en musique par la suite. Sans doute que les paroles y sont pour quelque chose aussi. Ce sont elles qui donnent un nom et une identité à un morceau. Le choix du français et les tournures de phrases assez poétiques permettent certainement de bien adapter cet univers mélancolique et sombre en musique. Après, je ne sais pas ce que tu entends par une trop grande œuvre, mais effectivement, il y a toujours un risque dès lors que l’on crée quelque chose. Créer c’est donner une partie de soi, c’est quelque chose d’intense. A partir du moment où cette création est offerte à l’extérieur, elle est inévitablement exposée au jugement, il y a forcément des risques. Celui de ne pas plaire, de blesser, etc…

L’artwork de cet album est finalement assez étonnant avec cette peinture. Comment s’est passé le travail dessus ? Et finalement pourquoi ce choix ?

Nous avions unanimement la volonté d’utiliser une vraie toile pour la pochette de cet album. Parce que c’est quelque chose que l’on rencontre finalement assez peu dans le metal et surtout parce qu’une peinture dégage quelque chose de vraiment singulier, d’unique. Nous avons travaillé avec l’excellent Jeff Grimal pour ce projet. Nous lui avons fait part de nos souhaits concernant notre commande et son immense talent a fait le reste.

Dagara en est où niveau clips ? Des prochaines sorties à caler dans l’agenda ?

Nous avons sorti trois clips sur ce nouvel album, Nil Admirari, Folie Ordinaire, et Par cet Hommage. D’autres vont venir, mais aucune date n’est encore définie.

Quel est ton morceau préféré de l’album et pourquoi ?

Si j’avais droit à un joker, je l’aurais utilisé pour cette question ! J’aime beaucoup Réminiscence et Par cet hommage par rapport aux textes. Mais un Folie Ordinaire, musicalement va aussi pas mal me faire vibrer… Franchement, comme l’album est encore tout frais, je n’ai pas vraiment de morceau résolument préféré.

Comment se passe la promo de l’album ? Les premiers retours sont bons ?

La promo se passe pas mal du tout. Nous avons beaucoup joué de novembre à mars, dans pas mal de villes françaises et pas mal d’autres dates sont encore à venir. L’accueil du public est vraiment très positif sur ce nouvel album. Ceux qui nous connaissent déjà voit une très grande évolution. Et ceux qui nous découvrent sont agréablement surpris. Nous avons eu la chance également d’avoir quelques chroniques et interview très sympathiques.

Pourrais-tu, en cinq mots, donner envie à nos lecteurs de se pencher sur votre musique ?

Salade. Tomate. Oignon. Supplément. Fromage.

Quel est ton pire souvenir sur scène, en tant que musicien ?

Mon pire souvenir en tant que musicien, c’était une date dans une boîte de strip-tease au trou du cul de la Russie il y a plusieurs années. On s’était tapé presque quinze ou vingt heures de route, après une vilaine cuite la veille. On a commencé le concert et après deux ou trois morceaux, ma voix s’est éteinte d’un seul coup. J’ai ressenti comme un truc qui se pétait dans ma gorge et j’ai dû forcer comme un dingue pour sortir quelques sons pour le restant du concert. Le public n’y a vu que dalle mais je savais que la dernière date de la tournée qu’il restait ensuite était flinguée pour moi. J’ai été aphone pendant une bonne semaine, et je n’ai pas pu reprendre le micro avant un bon mois. C’était mon pire souvenir de scène, mais finalement j’en ai tiré quelques apprentissages.

Quels sont les prochains concerts du groupe ?

Le prochain concert est le 5 mai, au Potomak à Brie-Comte-Robert avec Atlantis Chronicles, nous avons aussi le 9 juin au Gibus à Paris, le Napalm Fest le 29 septembre. Plus d’autres dans les tuyaux, pour le moment rien d’officiel.

Mêler ses activités professionnelles et personnelles tout en étant musicien est généralement compliqué. Comment faites-vous, tous, pour gérer ces aspects de votre vie ?

Comme tu dis, c’est très compliqué. La musique demande beaucoup de sacrifices au quotidien. C’est parfois mettre sa vie de famille au second plan, consacrer ses vacances pour partir en tournée, c’est parfois choisir un boulot alimentaire pour consacrer un maximum de temps à la musique…etc. Ma réponse va te paraître basique, mais la seule façon de bien gérer tous ces aspects, c’est de faire des choix et de les assumer.

Que répondriez-vous aux gens qui disent qu’à l’heure actuelle il y un trop grand nombre de groupes sur les scènes rock et métal et comment vois-tu le marché musical actuel ?

Je répondrais que ce n’est pas tant le trop grand nombre de groupes qui pose problème, d’après moi, mais plutôt le trop petit nombre de salles où se produire. Au contraire, si la pratique musicale se démocratise autant, c’est plutôt une bonne chose, c’est une richesse, en somme. La musique, qu’importe le style qu’on adopte, est un moyen d’expression et de création intense. Mais force est de constater qu’il y a un très grand déséquilibre entre le nombre de groupes et le nombre de lieux décents où se produire. Pour prendre l’exemple de Paris, c’est une catastrophe. Les locations des salles intéressantes sont souvent inabordables pour bien des groupes. Les petits bars ferment les uns après les autres, et ceux qui restent ouvert offrent régulièrement des conditions merdiques aux groupes. Je ne te parle même pas de cachet ou de défraiement, mais il existe encore des bars qui ne filent même pas un gobelet de flotte aux musiciens. Il y a très grand nombre de groupes sur les scènes rock et metal, certainement parce que le marché musical concernant ces styles-là se porte plutôt bien. Ça fonctionne, ça plaît sans doute de plus en plus. Après, ce marché musical, je le vois comme un monde de requin, en tant que musicien. Les places sont très chères et la reconnaissance ne se fait pas toujours par le talent mais parfois par l’oseille. Je trouve que ça fausse un peu la donne. Des groupes vont tout s’acheter, des vues, des fans virtuels, vont lâcher 10000 balles pour s’offrir une première partie de renom. Ça rend le marché un peu déloyal, je trouve, mais sans doute que ceux qui pratiquent ça ont des arguments qui s’entendent également, je n’en sais rien. Voilà, je ne sais pas si c’était vraiment le sens de ta question, mais c’était ma réponse !

Merci pour tes réponses et à très bientôt au détour d’un concert !

Merci à toi pour la qualité de tes questions ainsi qu’à toute l’équipe d’eMaginarock pour votre super boulot !

Eldricht Tales

A propos de Thomas Riquet

Passionné de littératures de l'imaginaire il cherche à faire partager sa passion au plus grand nombre à travers ses chroniques et le site. Depuis 2011 il est également anthologiste et directeur de la collection Reflets d'Ailleurs (Fantasy) des Editions Asgard, sous son vrai nom. Ce faisant il assure également la direction littéraire d'anthologie lorsque tous ses boulots lui en laissent le temps, ce qui arrive trop rarement à son goût..

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