Submergée – Arula Ratnakar

« Confrontée à d’incontrôlables épidémies nées du dérèglement climatique, l’humanité a cherché dans les fonds marins une solution miracle à ses maux, exploitant la faune comme la flore, quitte à provoquer un désastre environnemental plus grave encore.

Après la mort dans des circonstances tragiques d’une brillante scientifique, Nithya enquête sur ses travaux. À l’aide d’une technologie mémorielle, elle revit tous les moments importants de la vie de sa consœur, de la recherche d’un remède à ses préoccupations les plus intimes.

Mais à mesure que Nithya plonge dans ces souvenirs, elle découvre de dangereux secrets et se laisse peu à peu submerger par la psyché de l’autre femme. Jusqu’à ce que les limites entre elles s’estompent. » (Présentation de l’éditeur)

Dans un futur proche, le monde ne va pas au mieux. Entre réchauffement climatique et pandémies, l’humanité essaie tant bien que mal de survivre. Confrontés à de nouvelles maladies, les scientifiques vont chercher dans les fonds marins, immenses réservoirs d’espèces et de biomolécules, de nouvelles substances, de nouveaux remèdes.

C’est dans ce contexte que survient le décès inexpliqué de Noor, une scientifique investie dans ces recherches. Nythia, qui fait partie de l’équipe d’investigation, se porte volontaire pour avoir recours à de nouvelles techniques. De son vivant, Noor avait laissé la porte ouverte à une extraction de sa mémoire organique. Dans ce futur proche imaginé par Arula Ratnakar, le développement des techniques optogénétiques, basées sur l’intégration, dans les membranes cellulaires des neurones, de canaux ioniques activables par la lumière, ranes cellulaires de neurones, de echniques optogénétoiques a en effet atteint des sommets a en effet atteint des sommets. Il est devenu possible d’activer l’ensemble des neurones selon des séquences précédemment vécues : en clair, on peut faire revivre les souvenirs ; mieux même, on peut les faire revivre dans le cerveau d’une autre personne ayant elle-même accepté cette modification génétique.

Nul hasard si l’on trouve dès les premières pages de cette novella mention du champignon Ophiocordyceps – loin d’être imaginaire et depuis longtemps connu comme l’un des parasites les plus effrayants et les plus étranges du monde réel – capable de détourner de manière aussi spectaculaire que fatale le comportement des fourmis à son propre avantage. Car il sera ici question de contagion, de contamination, d’infection, d’invasion, de mort et de métamorphose. Au sens organique du terme, à travers les étranges éponges sous-marines étudiées par la biotech de Noor ; au sens biotechnologique du terme, par les augmentations et dispositifs neuronaux acceptés par Nythia ; au sens mental du terme, enfin, par la lente contamination de la personnalité et de la pensée de Nythia par celle de Noor.

En effet, la frontière entre le réel et les souvenirs tels qu’ils sont transmis de Noor à Nythia –  un passé subjectif, considéré à travers les sens, que l’on pourrait qualifier d’hétéro-remémoration – peu à peu se floute, se trouble, et menace de s’abolir entièrement. En revivant à travers l’artifice biotechnologique les exacts et entiers souvenirs de Noor, Nythia ne se contente pas de découvrir des éléments passés comme elle pourrait les découvrir à travers des éléments objectifs – dossiers, images, documents vidéo – mais elle le vit à travers la personnalité de la défunte. Complets, ces souvenirs s’intègrent aux siens, et si l’on admet que la composante essentielle de notre personne est avant tout déterminée par notre expérience et notre mémoire,  alors la personnalité de Nythia inexorablement s’altère, devient mixte, duale, composite, s’altère ou s’enrichit de la personnalité de Noor, de ses élans, de son passé, de ses goûts, de ses préférences, de ses sentiments.

On trouvera donc, dans cette déclinaison nouvelle, bien des thèmes classiques de la science-fiction, du fantastique ou même de l’horreur. Mais ce Submergée, sous un nom joliment trouvé (le titre en langue originale, Submergence, apparaît un soupçon moins informatif), qui  à sa manière appartient au registre du techno-thriller ou du thriller biopunk, est aussi une histoire d’amour et de mensonge, de musique et de mathématique, de rapports entre enfants et adultes, avec une belle idée de cryptage, une part des éléments essentiels n’étant pas cachée dans la mémoire de la défunte mais sur un support à la fois aussi visible et aussi bien dissimulé que la fameuse Lettre volée d’Edgar Allan Poe.

Arula Ratnakar, étudiante en neurosciences, dispose du vocabulaire pour donner un aspect hard science à l’ensemble, même si son développement mémoriel audacieux laisse suffisamment de zones d’ombres pour susciter le doute et pousser à s’interroger sur sa vraisemblance. Riche et dense, ce Submergée est peut-être un soupçon trop court, trop rapide, pour que l’émotion, qui demande toujours une certaine progressivité, puisse y prendre une juste puissance. Mais on ne pourra qu’apprécier le fait qu’en un peu moins de cent pages, Ratnakar fasse feu de tout bois et amasse des idées et un matériau avec lesquels bien des auteurs auraient bâti un épais roman.

Titre : Submergée
Série :
N° du tome :
Auteur(s) : Arula Ratnakar
Illustrateur(s) : Anouck Faure
Traducteur(s) : Jean-Daniel Brèque
Format : Poche
Editeur : Argyll
Collection : RéciFs
Année de parution : 2026
Nombre de pages : 94
Type d'ouvrage : Roman

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