Un excellent roman de fantastique, classé young-adult mais qui ne déparerait pas dans toute bibliothèque de fan de fantastique, qu’il soit adulte ou plus jeune…
Paris, 1919. Dans une ville brisée par la Grande Guerre et la grippe espagnole, Adèle, une jeune arnaqueuse, est prête à tout pour survivre et aider son frère, revenu traumatisé du front.
Lorsqu’elle libère par accident un vampire des catacombes, à la suite d’un vol raté, sa vie bascule. Après le déni et la terreur, Adèle y voit finalement son intérêt. Et si elle parvenait à l’utiliser à ses propres fins ? Mais jouer avec un mort-vivant aliéné à la soif et hanté par la solitude peut engendrer de terribles conséquences… Entre escroqueries et descente aux enfers, Adèle s’enfonce dans ses propres contradictions morales.
Jusqu’où ira-t-elle pour s’arracher à sa condition sociale ? Et si le véritable vampire n’était pas celui que l’on croit ?
Un roman de fantastique historique
Noires sont les âmes perdues est un roman qui mêle intelligemment fantastique et historique. En plaçant son histoire au sortir de la Première guerre mondiale l’autrice fait en sorte à la fois d’explorer une période mal traitée en littérature de l’imaginaire, mais aussi particulièrement propice aux débordements fantastiques. L’un des récents exemples situés dans cette époque que j’ai lu est la Trilogie de La Main Noire de Tarn Richardson autour des lycanthropes cette fois. Mais cessons cette digression pour revenir au sujet principal de cette chronique. Le livre de Oriane Dardres nous plonge donc dans un univers à la fois inquiétant, mais aussi empli de cette mélancolie d’après-guerre, où les hommes reviennent du front traumatisés, blessés… Et de ce point de vue je dois dire qu’elle a fait un travail d’orfèvre tant sur les détails historiques que sur la psychologie de ses protagonistes.
Un scénario travaillé et des personnages forts
Le scénario, bien construit, est lui aussi une belle œuvre d’art. Il met en place une histoire d’arnaqueuse qui va se retrouver face à l’impensable et va chercher à sauver son frère, à gagner suffisamment d’argent pour les mettre tous deux à l’abri. Les quatre protagonistes principaux de ce roman (Adèle, Isaac, Simon et Theodora) sont parfaits de bout en bout. Leur psychologie, la manière dont ils interagissent entre eux et avec le monde permet de s’attacher à eux très rapidement. La fin est elle aussi très réussie et a su me surprendre en partie, ce qui est un excellent point…
Un fantastique très présent
La notion de fantastique va très vite entrer dans la vie d’Adèle dans le roman, à travers Isaac le vampire. Mais pas seulement. Tout va se mettre en place peu à peu et le lecteur va se retrouver face à de la nécromancie, du vampirisme non seulement physique mais aussi psychique… Et l’autrice parvient même à nous offrir quelques particularité concernant son vampire qui fonctionne particulièrement bien et lui donnent un aspect victime de lui-même assez intéressant.
Une plume délicieuse
Avec ce roman je découvre la plume d’Oriane Dardres et je dois dire que je suis séduit. Les descriptions, les dialogues, tout se met en place avec douceur, avec une poésie qui n’a pas été sans me rappeler certains auteurs classiques du fantastique. Et c’est particulièrement agréable de se plonger dans un récit aussi bien écrit !
Avec ce roman Oriane Dardres nous propose un texte puissant, parfaitement maîtrisé. Il oscille entre, si je devais le comparer, la plume de Vincent Tassy et l’horrifique vampirique de Morgane Caussarieu. Une alchimie parfaite entre roman historique et fantastique, une psychologie crédible et prenante, une histoire finalement assez intemporelle. Une très très belle découverte de 2026 et un coup de cœur pour moi !
