S’il est un groupe qui mérite le terme « extrême », c’est bien Anaal Nathrakh. Vingt ans que le duo formé par Dave « V.I.T.R.I.O.L. » Hunt et Mick « Irrumator » Kenney détruit nos tympans de son necro metal nihiliste. Il y a deux ans, la sortie de The Whole Of The Law laissait les fans satisfaits mais avides de plus, comme un gâteau sans la cerise sur le dessus. Ce dixième album, dont le titre A New Kind Of Horror laisse entendre que le groupe se renouvelle, est-t-il cette cerise ?

Voyons déjà ce que déclarait le groupe en mai dernier lors de l’annonce de cet album : « Ce n’est pas un album joyeux, il est amer, vengeur, sarcastique, sardonique, violent, terrifié et horrifié, terrifiant et horrifiant à parts égales. Par-dessus tout, il est humain, avec tout ce que cela entraîne. Il est aussi sincère que nous pouvions le faire. » Évoquant la Première Guerre Mondiale et le climat politique actuel comme sources d’inspiration, Anaal Nathrakh s’est donc accordé dix morceaux (neuf sans l’intro) et une grosse demie-heure à peine pour prouver à ceux qui en douteraient encore de sa capacité à nous ensevelir sous un mur de blasts haineux.

Pour ce qui est de la violence, aucune inquiétude, elle est bien présente. À défaut de saisir les paroles, hurlées à pleins poumons par un Dave Hunt possédé, la musique à elle seule suffit à se sentir projeté dans l’horreur des tranchées de la « der des ders ». La recette hybride de grind-black-death- industriel sauvage n’offre guère de surprise pour qui est habitué aux productions précédentes des Anglais. On retrouve donc ce qui fait l’identité d’Anaal Nathrakh depuis quelques années : des guitares hallucinées, une batterie martelée avec la régularité d’un marteau-piqueur, et cette ambiance de bande-son de l’Apocalypse entre Emperor, Strapping Young Lad et Septicflesh. Dévoilé trois mois avant la sortie officielle de l’album, le morceau Forward! n’a pas manqué de faire réagir les fans à tous les niveaux ; certains applaudissent un peu de nouveauté avec ces incorporations electro accompagnées du rythme frénétique d’une mitrailleuse, les autres déplorant un tournant metal-step qui ne sied guère au groupe. New Bethlehem/Mass Death Futures et The Reek Of Fear ne manqueront pas de rappeler King Diamond pour les aigus de VI.T.R.I.O.L. – qui apparemment a aussi canalisé son Ihsahn intérieur – tandis que Mother Of Satan, du délicat surnom du peroxyde d’acétone donné par les terroristes djihadistes, s’inscrit dans la continuité des morceaux les plus classiques du binôme… sans les dépasser, la faute à un mixage un peu trop propre.

A New Kind Of Horror fait donc l’effet d’une grenade offensive : beaucoup de souffle et de bruit mais sans projeter de fragments. On peut regretter qu’Anaal Nathrakh n’ait pas à proposer quelque chose de plus long et plus chiadé, car il manque sur cet album des compositions aussi ravageuses que furent en leur temps Do Not Speak, The Final Absolution et autres Between Shit And Piss We Are Born, qui nous laissaient pantelants, rincés par tant de haine malsaine et de crasse putride. Ne boudons pas notre plaisir pour autant : à défaut de nous achever au sol comme jadis, Anaal Nathrakh a encore les moyens de nous faire mal. Et on en redemande.