Après un grand cataclysme sur la planète Terre, les draags, des géants bleus aux yeux rouges, ont capturé les hommes qui avaient survécu et sont repartis sur leur planète avec eux. Les prisonniers deviennent alors des esclaves : des oms, une version dégénérée de ce qu’ils étaient sur la planète bleue. Mais Terr, un petit om, est bien décidé à ne pas se laisser faire. Pour lui, l’om doit reconquérir sa liberté et son autonomie. Ses camarades d’infortune sauront-ils l’écouter pour se rebeller et affirmer leur humanité face aux draags ?

L’un des dessins animés les plus marquants de mon enfance s’intitule La planète sauvage. Il relate l’histoire d’un petit homme traité comme un animal de compagnie dans un univers où l’humanité, asservie par de puissants géants pacifiques, se retrouve à la place que nous imposons aujourd’hui aux animaux. Déjà sensible à la cause animale, le sort de ces êtres humains me paraissait tout aussi horrifiant que bien mérité. C’est peut-être pour ça que, des années plus tard, quand je suis tombée par hasard sur le roman Oms en série dont est tiré le film, j’ai immédiatement voulu le lire.

Oms en série est un roman de science-fiction qui reste extrêmement original et novateur malgré le temps qui passe.

Je ne sais pas quel message voulait faire passer l’auteur au moment où il l’a écrit, mais il est bien difficile de ne pas voir un parallèle entre la terrifiante condition des oms et celle des animaux qui nous entourent. Pourtant ces oms restent très bien traités par rapport à ce que nous faisons subir aux non-humains : considérés comme des bêtes de compagnie, ils sont logés, nourris et très convenablement pris en charge malgré leur restriction de liberté. Les draags, géants geôliers des humains, justifient leur domination par une supériorité intellectuelle et physique, un raisonnement que nous tenons tout autant aujourd’hui. Ce parallèle entre nous et les draags, adversaires de notre espèce dans le roman, est particulièrement troublant et pose beaucoup de questions.

Le rapport qu’entretien Terr avec l’éducation est également très intéressant. Sa rencontre avec des oms incultes et ignorants lui permettra de réaliser que pour être libre, il faut savoir, et que la connaissance est la meilleure des armes pour conquérir sa place dans le monde. Ce message positif m’a beaucoup plu.

L’histoire est courte et se lit très facilement, peut-être un peu trop vite : le roman compte moins de deux cents pages, alors qu’il soulève des thèmes extrêmement pertinents.

J’ai trouvé que certains points auraient peut-être pu être exploités davantage, comme justement cette relation de domination entre les oms et les draags et la légitimité qu’il peut y avoir à soumettre une espèce simplement parce qu’elle n’est pas comme nous. Mais il est vrai aussi que Oms en série tire sa force de sa petite taille : il frappe d’autant plus qu’il ne se perd pas dans les détails, et un roman plus long aurait peut-être été moins marquant.

Ni les personnages ni le style ne sont particulièrement recherchés, mais je n’ai eu aucun mal à passer par dessus car l’intérêt de cette histoire est ailleurs. Il tient dans cette idée extrêmement originale et terrible qui consiste à renverser les rôles, à nous imaginer victimes lorsque nous nous pensons tout puissants.

Ce point de départ et le combat pour la liberté qui s’en suit tracent la trame d’un récit de science-fiction extrêmement intéressant, dont les idées qui se dégagent n’ont à ma connaissance, malgré le temps qui passe, toujours pas été développées à la mesure des questions qu’elles posent.

Et si Oms en série ne porte pas la poésie de La planète sauvage, il m’aura presque autant marqué que le film qui s’en est inspiré.

Oms en série
Stefan Wul,
illustré par Yann Tisseron
Éditions Castelmore