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L’histoire se déroule dans un futur pas si éloigné que ça.

Roger Camden, homme d’affaire implacable, a décidé que sa fille serait parfaite. Alors que sa femme est enceinte, il prend rendez-vous à la clinique et demande les modifications génétiques de base : un physique de rêve, blonde, mince, belle, intelligente, etc… Mais ce n’est pas tout, car Mr Camden arrive également avec une exigence un peu particulière : sa fille n’aura pas besoin de dormir. Les heures précieuses qu’elle gagnera lui serviront à étudier, à réfléchir, à modeler un esprit déjà extraordinaire pour lui permettre de devenir une femme un petit peu plus qu’humaine.

Mais quelques mois avant l’accouchement, un imprévu vient troubler ses désirs : sa femme est enceinte… de jumelles. Si l’une d’entre elles restera insensible au sommeil, l’autre sera tout à fait normale.

C’est l’histoire de Leïsha, cette fille qui ne rêve pas, que l’auteur nous raconte.

Très vite, son père la considère comme sa véritable progéniture au dépends de sa sœur Alice, bien trop banale à son goût. Sa mère, quand à elle, n’a jamais voulu de cette enfant hors du commun et noie ses désillusions dans l’alcool.

Leïsha grandit dans ce contexte compliqué, sans pour autant se départir d’un optimisme à toute épreuve. Au fur et à mesure des années, elle essaye de trouver sa place, de comprendre qui elle peut-être au sein de cette société qui l’envie et l’accepte si mal, de faire comprendre à Alice, agacée par les attentions constantes dont on entoure sa sœur, que leurs différences ne changent rien à l’amour qu’elle lui porte.

Les années passant, Leïsha découvrira d’autres gens comme elle, des “non dormeurs” brillants, parfaits, au delà de toute humanité. Elle affrontera la dure réalité d’un monde qui n’est pas encore prêt à les accueillir, la jalousie de ses camarades et la cruauté de la société, mais aussi la solidarité, les premiers amours, les espoirs pour un monde meilleur.

Tout au long de l’histoire, l’auteur décrit Leïsha dans ses relations avec les autres, la difficulté à être aimée simplement pour ce qu’elle est, sans être admirée ni jalousée. Elle nous raconte ses liens compliqués avec sa sœur et la société et les réactions des non dormeurs, ceux qui souhaitent se replier sur leur petite communauté et ceux qui, au contraire, pensent que l’avenir ne se dessine qu’avec le reste des hommes.

Ces perspectives sont intéressantes, et à travers cette œuvre, Nancy Kress a réellement essayé de se demander quelles pourraient être les conséquences d’un tel changement génétique, tant sur le plan sociétal que psychologique.

J’ai malheureusement trouvé que le roman était trop court, et n’explorait pas assez certaines pistes. Le livre finit quand l’histoire commence, quand les enjeux se dévoilent au lecteur et j’aurais vraiment voulu savoir quelle évolution l’auteur imaginait pour son personnage, ses camarades et d’une manière générale le reste de la société. Au lieu de quoi je suis restée sur ma faim, avec l’impression que certaines questions très pertinentes étaient simplement effleurées alors qu’elles auraient pu être approfondies.

J’ai aussi trouvé agaçante la tendance à penser que des individus sur adaptés sur le plan scolaire soient considérés comme des êtres parfaitement intelligents. Car en définitive, Leïsha et les siens ne sont pas fondamentalement différents des autres : ils ne sont ni plus ni moins que l’incarnation parfaite d’un être idéal imaginé par une société formatée. Je ne pense pas, pour ma part, que la perfection puisse être unique. Il existe de multiples formes d’intelligence, de perceptions du monde, et c’est dans la différence qu’on se complète. Cet aspect là n’est pas du tout abordé, Leïsha restant d’un bout à l’autre un stéréotype de perfection, et c’est un peu dommage.