Automne_Le_Demi_Monde_tome_4 Difficile d’aborder « Automne », dernier tome d’une quadrilogie totalisant plus de deux mille pages, sans avoir au moins une idée de ce que racontaient « Printemps », « Été » et « Hiver ». L’armée américaine a mis au point le demi-monde, un univers virtuel densément peuplé et animé par des personnalités malfaisantes (Heydrich, artisan de la solution finale, Lucrèce Borgia ou Béria, pour n’en citer que quelques-uns) afin d’y exercer ses troupes. Mais tous ne reviennent pas de ce monde virtuel, et la fille du président des Etats-Unis s’y retrouve elle-même coincée. Est alors envoyée en renfort une jeune fille, Ella Thomas, dont on comprend que si elle se révèle bien plus capable qu’on ne le pensait, c’est en fait parce que ceux qui l’ont choisie pensaient la voir échouer. Pire encore, l’on comprend que le transfert peut se faire dans les deux sens : bientôt c’est une personnalité de l’univers virtuel, la fille d’Heydrich, qui prend place dans le réel, dans le corps de la fille du Président et commence à y œuvrer de manière perfide. Enfin, ce qui jusqu’à présent ne faisait que se laisser deviner apparaît en pleine lumière : le monde réel n’est pas tout à fait le nôtre, mais une sorte de présent parallèle dans lequel s’affrontent, en arrière plan, un race infiniment anciennes, les Homo perfectus, également nommés Lilithi, et deux sous races, les Homo insensibilis ou Grigori, et les Charismatiques Noirs, qui sont précisément les personnalités malfaisantes dont se sont inspirés les concepteurs du monde virtuel. Il existe peut-être une autre espèce encore pouvant êtres révélée par le Flagellum hominum, sorte d’obélisque pour laquelle s’affrontent les factions du demi-monde. Un demi-monde dont on comprend qu’il n’a sans doute été créé que pour permettre à certaines entités d’acquérir une pleine emprise sur l’humanité.

Le résumé ci-dessus ne rend pas pleinement hommage à la densité et à la profusion des péripéties vécues par les protagonistes et les avatars de bien des personnages du réel, qu’ils soient des savants, des aventuriers, des artistes ou autres personnages historiques célèbres, à travers des territoires intriqués au gré de conflits et de politiques particulièrement complexes. Une démarche littéraire empruntant à la fois au cyberpunk et au steampunk qui se poursuit pleinement dans « Automne ». On y rencontre ainsi des personnages connus comme Percy Bysse Shelley, Edgar Allan Poe, Joséphine Baker ou Jean de Gischala, et l’on y retrouve les principaux protagonistes des volumes précédents, Ella Thomas, Norma Williams, Trixie Dashwood, Burlesque Bandstand, et Vaka Maykov.

L’intrigue s’y déroule sur plusieurs plans différents. Au centre du Demi-Monde tout d’abord, la fameuse Terror Incognita, ou Trixie Dashwood et son père tiennent tête aux nazis venus, en compagnie d’Aleister Crowley, tenter d’ériger la colonne de mantélite (la fameuse colonne de Loki, ou Flagellum hominum  qui a déjà donné bien du fil à retordre aux protagonistes dans le volume précédent) au sommet de la pyramide – tâche titanesque devant conférer à ceux qui l’accompliront la suprématie dans le Demi-Monde. Dans le même temps et dans la partie « Noirville » du demi-monde, Norma Williams s’est réfugiée dans un bunker où se trouve le lieu de passage vers le monde réel. Un bunker tenu par une poignée de soldats américains, tandis qu’autour la guerre fait rage entre d’une part les Njulus, réfugiés dans l’enclave du District Autonome Njulu, assiégé de concert par Saladin et par les nazis. Enfin, dans le même temps mais aussi un peu plus tard, et surtout dans le monde réel, un scientifique du nom de Vetsch, dont on a déjà rencontré un avatar dans le Demi-Monde, plusieurs des personnages sus-cités, les membres de l’ordre secret des Grigori et des protagonistes inattendus s’affronteront pour décider du sort du monde réel.

Après quelques centaines de pages de bruit et de fureur, des complots, d’alliances et de trahisons, Rod Rees emmène ses lecteurs, une fois de plus, vers des directions inattendues. Car l’affrontement final, contrairement à ce que l’on a cru comprendre, ne fait pas que commencer. De  manière cryptique, feutrée, insidieuse, il a débuté il y a bien longtemps déjà, et c’est grâce à des subtilités inattendues que l’intrigue non seulement se dénouera, mais s’ouvrira sur des perspectives nouvelles. Lorsque Rod Rees, très brièvement, évoque le fameux Démon de Laplace, on croit voir se profiler une fin semblable à celle de « La parallèle Vertov » de Frédéric Delmeulle. Mais les choses ne sont pas si univoques, et Rod Rees, au terme d’une saga de plus de deux mille pages – qui, en sus de ses aspects trépidants, a abordé toute une série de problématiques historiques, raciales, religieuses et politiques – donne pour finir une idée de l’évolution possible de l’humanité. Une fin à la hauteur de cette quadrilogie très dense qui brasse un bon nombre de concepts et d’idées, et qui donne l’envie de continuer à suivre l’auteur à travers ses romans futurs.

Automne (Le Demi-Monde, tome IV)
Rod Rees
Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Florence Dolisi

Editions J’ai Lu

Rod Rees sur eMaginarock :

Hiver, le Demi-Monde tome I chroniqué par Thomas Riquet :
http://www.emaginarock.fr/hiver-le-demi-monde-t1-rod-rees/

Hiver, le Demi-Monde tome I chroniqué par Frieda M :
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Printemps, le Demi-Monde tome 2 :
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